CHAPITRE XXI.
De deux chevaliers du roi Chartes, que le duc fit punir.
CHARLES-LE-SIMPLE, fils de Louis, surnommé le Fainéant et beau-père de Rollon, envoya une certaine fois deux chevaliers à sa fille Gisèle. Celle-ci les fit demeurer long-temps et en secret auprès d’elle, ne voulant pas les présenter à Rollon. Mais celui-ci en ayant été informé, rempli de fureur et les prenant pour des espions, ordonna de les faire sortir, et, les ayant fait sortir, les fit mettre à mort sur la place du marché. Robert, duc des Francs, et parrain de Rollon, apprenant que la mort de ces deux chevaliers avait détruit et rompu les liens de paix qui unissaient le roi et Robert duc de Normandie, se révolta contre le roi, envahit le royaume de France, et reçut l’onction comme roi, le vingt-neuvième jour de juin. Mais avant la fin de l’année, Charles livra bataille, à Soissons, à celui qui avait usurpé son royaume, et l’ayant vaincu avec le secours de Dieu, il le fit périr. Tandis qu’il revenait vainqueur de cette guerre, le très-méchant comte Héribert se porta à sa rencontre; sous une fausse apparence de paix, il l’engagea à se détourner de son chemin et à se rendre au château de Péronne pour y loger; et l’ayant pris ainsi par artifice, il le retint captif en ce lieu jusqu’à sa mort. Le duc Robert avait pour femme la sœur d’Héribert, dont il avait un fils qui était Hugues-le-Grand. Or Charles, lorsqu’il eut été fait prisonnier, éleva au trône de France, de l’avis [p. 59] des grands, Raoul, noble fils de Richard, duc de Bourgogne, qu’il avait tenu sur les fonts de baptême. Ogive, femme de Charles et fille d’Elstan roi des Anglais, effrayée des malheurs de son époux, se réfugia en Angleterre auprès de son père, avec son fils Louis, redoutant excessivement l’inimitié de Héribert et de Hugues-le-Grand.