CHAPITRE II.
Comment Louis, roi des Francs, étant venu à Rouen, et emmenant frauduleusement le jeune Richard en France et avec lui, soumit le duché de Normandie à sa juridiction, en se disant tuteur de l’enfant.
QUELQUES-UNS d’entre eux cependant, complices de l’homicide même, et qui auparavant s’étaient dits faussement grands amis du duc de Normandie, découvrirent alors le fond de leur cœur, et montrèrent au grand jour le venin qu’ils avaient long-temps tenu caché. En effet le roi Louis, pensant que la porte des grands honneurs venait de lui être ouverte, et oubliant les bienfaits du duc et la fidélité qu’il lui avait toujours gardée, feignit de vouloir tenir conseil avec les Normands au sujet de la mort de ce prince, se mit aussitôt en marche, et arriva promptement à Rouen. Raoul, Bernard et Anslech, gardiens de tout le duché de Normandie, l’accueillirent avec des honneurs royaux, comme il était convenable à l’égard d’un si grand roi, se soumirent à son service pour acquitter la foi de leur petit seigneur. Or le roi ayant vu cette terre fertile, ces eaux si salubres, ces forêts si bien fournies, et séduit par sa cupidité, commença à leur promettre mensongèrement ce qu’il se préparait déjà à arranger d’une manière toute différente. Il leur envoya un message pour leur ordonner de présenter le jeune Richard devant ses yeux, et le voyant doué d’une belle [p. 80] figure, il déclara qu’il le ferait élever dans son palais avec des enfans de son âge. Cependant toute la ville fut ébranlée de la fâcheuse nouvelle que Richard, frustré de ses espérances, était indignement retenu captif par le roi. Bientôt les citoyens, se réunissant aux groupes des chevaliers, et traversant la ville le glaive nu, font irruption dans la cour du roi, et le cherchent dans les premiers transports de leur fureur pour le massacrer tout aussitôt. Instruit de tout ce tumulte et vivement effrayé, le roi, d’après les conseils de Bernard le Danois, prend l’enfant dans ses bras, le présente à la vue de ces hommes irrités, et parvient ainsi à apaiser leur premier emportement. Voulant calmer entièrement les esprits inquiets et agités des Normands, le roi, de l’avis de ses hommes, fit concession au jeune Richard de l’héritage de son père, en se réservant le serment de fidélité qu’il lui avait prêté. L’admettant ainsi à être un de ses fidèles, le roi promit aux Normands (tout en mentant à ses intentions) de rendre leur prince lorsqu’il aurait reçu, d’une manière digne de lui, l’éducation de son palais.