‹ Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le ConquérantChapitre 49 sur 187 · CHAPITRE III.

CHAPITRE III.

Comment Louis, aveuglé par les présens d’Arnoul, menaça le jeune Richard, duc de Normandie, de lui brûler les jarrets.

LA première agitation ainsi calmée, le roi conservant sa colère, et portant dans le fond de son cœur le ressentiment de l’insulte que lui avaient faite [p. 81] les Normands, retourna en France emmenant avec lui le jeune Richard, comme pour se préparer à venger par les armes la mort de son père sur Arnoul de Flandre. Celui-ci cependant, craignant que le roi Louis ne marchât contre lui avec une armée, et voulant se justifier d’une accusation de trahison, envoya des députés avec dix livres d’or, et soutint devant le roi qu’il était innocent de la mort de Guillaume. Il promit même de chasser de son pays les assassins de ce prince, si le roi le lui ordonnait. Il ajouta cependant que le roi devait se souvenir des insultes et des affronts que son père et lui-même avaient reçus durant si long-temps de la part des Normands, disant encore que pour mettre un terme à ces inimitiés, ce que le roi aurait de mieux à faire serait de faire brûler les jarrets au jeune Richard, de le tenir rigoureusement enfermé, et d’accabler la race normande sous le poids des plus lourds impôts, jusqu’à ce qu’enfin, cédant à la nécessité, elle s’en retournât dans ce Danemarck, d’où elle avait fait son irruption. Le roi, aveuglé par les présens et par les paroles artificieuses de ce traître, pardonna son crime à celui qui eût été digne de la potence, et tourna sa colère contre l’enfant innocent, suivant l’exemple de Pilate, qui relâcha l’homicide et condamna le Christ au supplice de la croix. En conséquence, et tandis qu’il demeurait à Laon, comme le jeune Richard revenait une fois de la chasse aux oiseaux, le roi l’ayant accablé des plus cruelles injures, l’appela fils de courtisane, d’une femme qui avait enlevé un homme qui ne lui appartenait point, et le menaça, s’il ne renonçait à ses prétentions, de lui [p. 82] faire brûler les genoux et de le dépouiller de tous ses honneurs. Ayant ensuite désigné d’autres gardiens, afin que le jeune homme ne pût s’échapper, le roi donna ordre d’exercer sur lui la plus sévère surveillance.

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