CHAPITRE III.
Comment Robert succéda à son frère Richard. — De son caractère et des dissensions qui naquirent entre lui et l’archevêque Robert.
AINSI donc le duc Richard ayant quitté les dignités de la domination de ce monde, pour monter, à ce que nous croyons, dans le royaume des cieux, Robert son frère fut reconnu du consentement de tous prince de toute la monarchie. Quoiqu’il fût plus dur de cœur envers les rebelles, il se montra cependant doux et plein de bonté pour les hommes bienveillans, pieux et zélé pour le service de Dieu; aussi eût-il été digne [p. 138] de jouir des délices d’une longue paix, s’il n’eût choisi volontairement de suivre par fois les conseils des pervers. Dès le commencement de sa domination, il se déclara ennemi de l’archevêque Robert, et alla l’assiéger et l’investir dans la ville d’Evreux. Desirant échapper à ses efforts, l’archevêque s’enferma dans les murailles de la ville avec une troupe de chevaliers. Enfin, ayant engagé sa foi qu’il se retirerait, il se réfugia en exil, avec les siens, auprès de Robert, roi des Francs, et frappa la Normandie de son anathême pontifical. Cependant le duc Robert, ayant reconnu la malice des pervers, et considérant qu’il avait agi imprudemment en toute cette affaire, rappela l’archevêque de France, et le rétablit dans ses honneurs. Ensuite, se repentant du mal qu’il avait fait, il appela l’archevêque à ses conseils, selon qu’il était convenable pour un homme aussi important, et dans la suite il lui demeura toujours fidèle.