‹ Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le ConquérantChapitre 87 sur 187 · CHAPITRE IV.

CHAPITRE IV.

Comment le même duc Robert assiégea Guillaume de Belesme dans le château d’Alençon, et le força à se rendre.

AYANT enfin chassé loin de lui tous les instigateurs de discorde, et repris en son cœur généreux des sentimens de paix, le duc commença à prendre conseil des hommes sages, et s’éleva par sa bonne conduite au comble de la puissance et des honneurs; aussi les hommes de bien ne tardèrent pas d’exalter par leurs louanges ses vertus et sa conduite pacifique, tandis que [p. 139] quelques méchans l’imputèrent à lâcheté. Parmi ces derniers Guillaume de Belesme, fils d’Yves, qui tenait le château d’Alençon à titre de bénéfice, osant tenter le courage du duc, entreprit témérairement par voie de rébellion de soustraire sa tête imprudente au joug de son service. Empressé de réprimer promptement cet excès d’insolence, le duc accourut avec ses chevaliers, et assiégea Guillaume dans la forteresse qui favorisait son audacieuse révolte, jusqu’à ce qu’enfin Guillaume eût imploré sa clémence, et marchant pieds nus, portant une selle de cheval sur ses épaules, fût venu lui donner satisfaction. Après avoir reçu cette soumission de fausse apparence, le duc lui remit non seulement toutes ses fautes, mais en outre lui restitua son château, et se retira aussitôt après. Guillaume, conservant toujours en son cœur obstiné le cruel poison qui le dévorait, renonça quelque temps à manifester ses perfides intentions; mais bientôt après il recommença ouvertement à se montrer encore parjure; car il était infiniment cruel et ambitieux, et il avait quatre fils, nommés Guérin, Foulques, Robert et Guillaume, parfaitement semblables à lui. Après avoir, sans aucun motif, et par cruauté, fait trancher la tête à Gunhier de Belesme, brave et aimable chevalier, qui ne soupçonnait point le mal, mais qui plutôt était venu en souriant le féliciter comme un ami, Guérin fut bientôt saisi par le démon, et étranglé par lui, sous les yeux de ses compagnons qui l’entouraient. Guillaume, se parjurant de nouveau, en vint à un tel point d’inimitié contre le duc, que dans son audace il envoya ses deux fils Foulques et Robert avec un corps de chevaliers, afin qu’ils [p. 140] allassent piller et dévaster la Normandie: mais un grand nombre de serviteurs de la maison du duc s’étant réunis, se portèrent courageusement à leur rencontre, leur livrèrent une bataille sanglante dans la forêt de Blavon, et avec l’assistance de Dieu les battirent complètement. Dans ce combat, Foulques, fils du perfide Guillaume, fut tué, et presque tous les chevaliers perdirent la vie; Robert, frère de Foulques, fut blessé, et ne s’échappa qu’avec peine, suivi d’un petit nombre d’hommes. Guillaume leur père, qui déjà était sérieusement malade, ayant appris le malheur de ses fils, éprouva un grand serrement de cœur et rendit l’ame tout aussitôt. Les ennemis du duc ainsi dispersés, la rébellion qui s’était élevée en ces lieux se trouva entièrement comprimée.

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