XXIX
MUSÉE DES ENSEIGNES
Il y a longtemps qu’un autre a dit avant moi: «S’il était possible de réunir les plus belles enseignes qui ont été peintes par de grands maîtres et de bons artistes, pour les marchands de Paris, on aurait une des collections de peinture les plus intéressantes et les plus curieuses: ce qu’on appelle le Salon de la rue deviendrait alors le Musée des Enseignes.» C’est un coin de ce musée que nous allons décrire par ordre chronologique, sans avoir sous les yeux, malheureusement, tous les originaux qui sont aujourd’hui égarés, ou perdus, ou détruits.
Jean Lepautre (né à Paris en 1617 et mort en 1682), qui fut dessinateur et graveur plutôt que peintre, avait peint l’enseigne d’un armurier ou d’un fourbisseur, lequel demeurait sur le pont au Change. Cette enseigne, A la Valeur, représentait un combat à l’arme blanche très mouvementé et très finement dessiné. Ce joli tableau fut acheté par un riche financier. Nous n’en possédons plus que la gravure. Jean Lepautre avait gravé aussi son adresse, qui pouvait
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bien être l’enseigne de sa boutique ou de son atelier. Les graveurs marchands d’estampes avaient tous des enseignes peintes. Nous en avons vu une, très curieuse en ce genre, chez notre vieil ami Paul Lacroix: elle représente un portrait d’homme, sans doute celui de l’artiste, attaché aux quatre coins sur un carton, comme pour servir de modèle à la gravure; d’un côté, un médaillon de Louis XV jeune; de l’autre, plumes, crayons et tous les attributs du graveur, avec une inscription à moitié oblitérée, sur laquelle on ne peut lire que les mots: MARCHAND D’ESTAMPLES (sic).
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La superbe enseigne due au talent de Ant. Watteau et faite pour Gersaint, son ami, a figuré longtemps à l’entrée de la boutique de ce marchand de tableaux et d’objets d’art, sur le pont de Notre-Dame. Par la suite, elle fut achetée par M. de Julienne, qui lui donna une place honorable dans sa galerie, après l’avoir fait réparer, et qui la fit plus tard graver par P. Adeline. On a cru longtemps que cette charmante peinture, qui représentait l’intérieur de la boutique de Gersaint, toute garnie de tableaux et remplie d’amateurs des deux sexes, regardant et achetant des objets d’art, était absolument perdue, mais elle n’était qu’égarée. M. Edmond de Goncourt découvrit qu’une partie de la toile qui composait ce grand tableau, haut de cinq pieds sur neuf, avait passé dans le cabinet d’un abbé Guillaume, à la mort duquel ce fragment de l’original avait été acquis par la Prusse, en 1769. «J’écrivais alors en Allemagne, dit M. Edmond de Goncourt[294], et j’apprenais que ce morceau de l’enseigne n’était pas perdu, mais qu’il avait été complété par l’achat du second fragment, fait je ne sais à quelle époque et dans quelle vente; en sorte que l’enseigne, tout entière, mais encadrée dans deux cadres, est aujourd’hui dans le vieux palais de Berlin (chambre d’Élisabeth, chambre rouge).» Voilà une enseigne qui a eu des aventures, avant de se compléter et de trouver un asile définitif dans un musée impérial! On suppose que le second fragment, séparé du premier pendant un siècle et demi, s’était retrouvé par hasard dans l’atelier d’un peintre, nommé Auguste, élève d’Ingres, et premier prix de Rome, lequel mourut à Paris vers 1848. M. Edmond de Goncourt avait vu ce fragment d’enseigne chez le baron de Schwiter, mais, selon lui, c’était «une peinture bien grosse et ne donnant aucune idée d’un travail où Watteau avait mis sa dernière fièvre».
Gersaint ne s’était pas contenté d’une enseigne peinte par Watteau; il avait fait, en outre, dessiner son adresse par Boucher, et cette adresse, dont il n’existe qu’une seule épreuve à la Bibliothèque nationale, aurait été gravée par le comte de Caylus, en 1740. Elle représente un Chinois ou un Japonais, la tête et les épaules couvertes d’une épaisse fourrure, tenant une pagode à la main, assis sur un cabinet de vernis de la Chine, et qui semble contempler, au-dessous de lui, tous les objets qu’un marchand de curiosités entassait alors dans son magasin. Il serait très possible que le dessin de Boucher eût fourni le modèle d’une enseigne peinte, que Gersaint avait fait exécuter, après avoir cédé sa première enseigne à M. de Julienne. Les amateurs ne dédaignaient pas, comme on le voit, de chercher, parmi les enseignes, quelques bons tableaux pour leur galerie. L’enseigne du Petit Dunkerque, à la descente du Pont-Neuf, entre la rue de Nevers et la rue Dauphine, qui datait de 1767, représentait le port de Dunkerque avec l’arrivage des vaisseaux, qui apportaient de l’Inde et de la Chine la plupart des curiosités qu’on recherchait avec passion pour l’ornement des appartements et que vendait là Granchez, l’heureux propriétaire du célèbre magasin[295]. Cette enseigne, longtemps admirée, était de Joseph Vernet, selon les uns; de La Croix, de Marseille, selon les autres: elle fut acquise enfin, aux approches de la Révolution, et remplacée par un simple vaisseau en fer assez finement forgé, qui sert aujourd’hui d’enseigne à un marchand de vin, mais qui rappelle au moins l’ancienne marine qui l’avait précédé.
Une bonne peinture d’enseigne avait été souvent le coup d’essai d’un jeune peintre. Siméon Chardin, élève de Coypel, dut à une enseigne son premier succès. Cette ovation de l’enseigne est ainsi racontée par Haillet de Courenne dans son Éloge de Chardin[296]: «Un chirurgien, ami de son père, demanda au jeune homme de lui faire un plafond ou enseigne pour mettre au-dessus de sa boutique; il y voulait des instruments de son art: bistouris, trépans et autres. Ce n’était pas ce que Chardin se proposait: il peignit une nombreuse composition de figures. Le sujet était un homme, blessé d’un coup d’épée, qu’on avait apporté dans la boutique d’un chirurgien qui visitait sa plaie pour le panser. Le commissaire, le guet, des femmes et autres figures remplissaient la scène: tout y était plein de feu, de remuement et d’intérêt. Le tableau n’était que heurté, mais traité avec goût. L’effet en était singulièrement piquant. Un jour, bien avant que personne fût levé dans la maison du chirurgien, il le fait poser en place. Le chirurgien voit de sa fenêtre la foule des passants qui s’arrêtaient devant sa porte, ce qui l’excite à demander de quoi il est question. Il voit ce plafond. Il fut tenté de se fâcher, n’y retrouvant plus rien des idées qu’il se souvenait d’avoir confiées à son peintre, mais les éloges du public pacifièrent un peu son humeur: il ne se plaignit que très modérément. On juge bien que le tableau fit du bruit; on s’empressa d’aller en juger. Toute l’Académie connut les talents du jeune Chardin.» Ce tableau, de neuf ou dix pieds de long, passa de la boutique du chirurgien dans la collection du graveur Lebas, mais on ne sait pas ce qu’il est devenu depuis.
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Si Chardin débuta par une enseigne, Greuze en fit une lorsqu’il était déjà en possession de toute sa renommée. Ce fut après la brillante réussite de l’opéra-comique du Huron, composé par Marmontel et mis en musique par Grétry. La représentation de cette pièce en deux actes, qui eut lieu à la Comédie italienne le 20 août 1769, fut un véritable triomphe pour le musicien et le point de départ de sa réputation musicale. Peu de jours après, Greuze, qui s’était pris d’amitié pour Grétry, alla le trouver et lui dit: «Viens avec moi; je veux te faire voir une peinture qui te fera grand plaisir.» Il le conduisit près de la Comédie italienne et lui indiqua du doigt une enseigne fraîchement peinte: Au Huron, Nicolle, marchand de tabac. Grétry entra tout ému dans la boutique et acheta une livre de tabac. «Quel bon tabac!» disait-il plus tard[297]. On ne sait ce qu’est devenue l’enseigne du Huron.
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Nous serions en peine de dire à quelle époque l’hôtel de Villette, quai Voltaire, au coin de la rue de Beaune, fut décoré d’une enseigne en l’honneur de Voltaire, mort, le 30 mai 1778, au premier étage de cet hôtel, où il avait pris domicile lors de son arrivée de Ferney, trois mois auparavant. Il est probable que cette enseigne commémorative ne put être placée sur la maison mortuaire qu’à la suite de la révolution de 1789, car, antérieurement, le nom de Voltaire était à l’index, et ce n’est qu’en 1792 qu’on donna ce nom au quai des Théatins, sur lequel se trouvait l’hôtel du marquis de Villette. L’enseigne A Voltaire, la seule que le propriétaire de l’hôtel ait tolérée sur son immeuble, peut dater de la même époque. Mais elle a été remplacée, de nos jours, par une véritable peinture d’enseigne, un portrait forain plus prétentieux que réussi.
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Une autre enseigne, un peu moins ancienne, contemporaine de la fabrication du similor, qui prêta un brillant trompe-l’œil aux faux bijoux du Directoire, portait ce titre: A l’Impossible, et représentait un Merveilleux s’élançant dans les airs pour prendre la lune. C’était un très joli tableau, très bien exécuté, dans le genre de Boilly: le similor lui a survécu, et le tableau méritait de survivre au similor. On le retrouverait peut-être dans l’œuvre de Boilly.
L’Incroyable figure encore sur une enseigne de Gautier, chemisier, rue de Rivoli, vis-à-vis de la place Lobau; ce tableau, assez bien peint, a précédé les incroyables si populaires de la Fille de Madame Angot.
Carle Vernet, qui excellait dans la caricature, peignit plusieurs enseignes; on en a gravé une, dans le Musée des Familles, en 1866. Une enseigne peinte par un bon peintre ne reste pas longtemps l’ornement de la rue et va tôt ou tard figurer dans le cabinet d’un amateur. Cependant, nous avons vu celle du Bœuf à la Mode, qui date du Directoire, garder sa place jusqu’à présent, à l’entrée d’un restaurant fameux de la rue de Valois; elle n’a rien d’agréable, il est vrai, pour faire un tableau de cabinet, quoiqu’elle soit très bien peinte par Swagers. Il en existe d’ailleurs une bonne gravure par S.-C. Ruotte.
Le premier tableau de Prudhon avait été une enseigne, celle d’un chapelier, «ornée d’un bonhomme prodigieux», disait un journaliste, le 20 janvier 1874, en annonçant l’ouverture de l’exposition de toutes les œuvres de Prudhon, à l’École des beaux-arts.
De Géricault il y eut aussi une enseigne, qui annonçait encore, en 1841, la forge d’un maréchal ferrant, non pas à Paris, mais sur la route de Saint-Germain en Laye, au coin de la grande rue du village de Roquencourt. Plusieurs autres enseignes, représentant un cheval ou plusieurs chevaux, furent attribuées aussi, avec plus ou moins de probabilité, à Géricault, comme le célèbre Cheval blanc de l’auberge de Montmorency.
On attribuait également à Horace Vernet l’Hirondelle, assez bien peinte, qu’on voyait représentée volant à tire-d’aile sur le plafond du café de Foy, au Palais-Royal. On racontait qu’un ouvrier maladroit, chargé de repeindre ce plafond, y avait fait une tache qu’il essayait vainement de faire disparaître. Horace Vernet, âgé de vingt ans, aurait alors pris des mains de l’ouvrier le pinceau et la palette et, grimpant à l’échelle, se serait amusé à transformer la tache qui déshonorait le plafond en un charmant oiseau que le café de Foy a conservé jusqu’à la fin de son règne. Cette hirondelle n’était pas indigne du talent preste et vif d’Horace Vernet, mais ce grand artiste, qui ne rougissait pas d’avoir fait des caricatures plaisantes et satiriques, se montrait blessé de ce qu’on lui attribuât cette peinture anonyme.
Au contraire, Abel de Pujol ne désavouait pas le moins du monde les enseignes qu’il avait faites, et il en gardait soigneusement les croquis dans ses cartons, lors même qu’il fut membre de l’Académie des beaux-arts. Ces croquis spirituels, on les vit parmi ses compositions, à la vente de ses dessins, en décembre 1861, et ils ne manquèrent pas d’amateurs. La Chronique des Arts, du 15 décembre, enregistrait le fait: «Les projets, les croquis se sont pieusement distribués entre quelques amis du mort. Nous citerons, comme curiosité, huit compositions d’enseignes, et particulièrement celle de Monsieur et Madame Denis s’offrant cette prise de tabac qui fit tant rire nos pères et tant rougir nos mères, et celle de la Fille mal gardée, magasin situé jadis dans la rue de la Monnaie. N’est-ce pas une note curieuse dans l’histoire d’un académicien?» Où sont-elles à présent, ces enseignes qui étaient de vrais tableaux décoratifs?
Il ne faut pas oublier un très bon tableau d’enseigne qui date du Directoire, ou plutôt du Consulat; le nom de l’artiste, qui peignait ce tableau vers 1801, n’est pas connu, mais la maison Corcellet, qui rivalise avec la maison Chevet, depuis près d’un siècle, pour la vente des comestibles, a toujours conservé son enseigne: Au Gourmand[298]. «Un bon gros vivant, costumé comme on l’était encore sous la Restauration: ailes de pigeon, queue de rat, culotte courte, bas chinés, souliers à boucles, est assis devant une table et travaille à faire envie à Gargantua. Il y a beaucoup d’esprit et une grande justesse de mouvement dans cette figure.» M. Poignant[299], à qui nous empruntons la description et l’éloge de cette plaisante enseigne, ne paraît pas avoir soupçonné que ce gourmand n’était autre que Grimod de la Reynière, peint d’après nature, à l’époque du Consulat, lorsqu’il allait publier son fameux Almanach des Gourmands, en tête duquel il est représenté tel qu’il l’était sur l’enseigne de Corcellet.
C’est M. Poignant qui nous fournit encore la description d’une autre enseigne gastronomique, dont l’auteur était aussi un assez bon peintre qui n’a pas signé son œuvre et ne s’est pas fait connaître: «Un autre tableau, également bien exécuté et reproduisant le même sujet: Au Gourmet, sert d’enseigne à un charcutier, place de l’Ecole. Celui-ci a joui un instant d’une notoriété publique, quand il fut mis en place, vers 1820. On voulut voir, dans ce personnage attablé, une ressemblance avec le roi Louis XVIII. Les passions politiques s’en mêlèrent. Les partis opposés se donnaient rendez-vous sur la petite place de l’Ecole; des rassemblements se formaient, des horions pleuvaient. Si l’on avait su quel était le peintre de l’enseigne, on lui aurait fait un mauvais parti.» C’était un fâcheux renom, pour un peintre d’histoire, que d’être cité comme peintre d’enseigne! Il y en eut plus d’un, cependant, qui fut peintre d’enseigne malgré lui. Un peintre, nommé Marcel, qui n’était pas sans talent, eut un grand tableau deux fois refusé au Salon, la première fois sous le titre de Passage de la Bérésina, et la seconde fois sous celui de Passage de la mer Rouge. Cette toile finit par être vendue comme enseigne à un marchand qui l’intitula: Au port de Marseille.
Gavarni, dont le coquet et gracieux talent s’essaya d’abord à dessiner des modes, n’était pas peintre, mais il était excellent dessinateur. Après avoir dessiné des cartes d’adresse de marchands, entre autres celles de Mesler, graveur sur métaux, il consentit, vers 1836, à peindre une enseigne: Aux deux Pierrots, au bas de la rue Saint-Jacques, et le succès de cette enseigne faillit le décider à faire de la peinture. «Combien d’enseignes valent mieux que des tableaux!» L’enseigne des Deux Pierrots avait été criblée de balles pendant l’insurrection de juin 1848; elle fut depuis restaurée, mais en même temps défigurée, puisqu’elle ne donne plus qu’une idée très imparfaite de ce qu’était l’œuvre primitive; au reste, Gavarni avait pris soin de la reproduire lui-même en lithographie[300].
Champmartin, dont les tableaux d’histoire et surtout les portraits avaient été fort remarqués aux Salons antérieurs à la révolution de Juillet, voulut prouver qu’il n’était pas un peintre incorrigiblement royaliste; il peignit, pour un magasin de la rue Saint-Nicaise, au coin de la rue de Rivoli, une enseigne qu’il aurait pu signer: Au Tambour de Juillet. Cette enseigne représentait un ouvrier en costume de travail, les bras nus, battant la charge sur une barricade, au milieu de la fumée des fusillades. Quelquefois un peintre en vogue ne dédaignait pas de vendre la copie d’un de ses tableaux pour en faire une enseigne, et cette copie était peinte dans son atelier par un de ses élèves. Telle était l’enseigne d’un cordonnier de la rue du Bac: A la Grâce de Dieu! Cette enseigne n’était autre qu’une copie fidèle d’un tableau que Steuben avait exposé en 1827: Pierre Iᵉʳ enfant, poursuivi par les Strélitz jusqu’aux pieds de la statue de la Vierge. «Le tableau n’était pas bien bon, dit M. Poignant; l’enseigne ressemble au tableau[301].»
Nous avons entendu dire que plus d’un peintre de l’école romantique s’était donné le plaisir de faire une enseigne et de chercher un succès populaire en dehors des concours et des académies. On nommait, parmi ces essayeurs du Salon de la rue, Eugène Delacroix, Poterlet, Jeanron et d’autres. Il faut se rappeler que les tableaux d’Eugène Delacroix, envoyés à l’Exposition de peinture, étaient alors refusés par le jury académique[302]. Quoi qu’il en soit, on pourrait citer quelques enseignes peintes par des jeunes gens qui, comme Nanteuil et Baron, suivaient avec passion les
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errements de l’école romantique. Il en est une surtout, A Maître Albert, au nº 56 du boulevard Saint-Germain, près de la rue de Bièvre, qu’on attribuait à Delacroix, et qui offre, en effet, des analogies avec la composition, le style et la couleur des ouvrages de ce grand peintre.
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Cette belle enseigne représente le célèbre philosophe Albert le Grand expliquant les livres d’Aristote aux écoliers de l’Université de Paris, en 1215. Une pareille enseigne est bien là à sa place, à deux pas de la vieille rue du Feurre ou du Fouarre, où se tenaient les écoles au moyen âge[303].
On admirait beaucoup, à l’angle de la rue de la Barillerie et du quai aux Fleurs, l’enseigne des Forges de Vulcain. Cette peinture, très éclatante en couleur, n’était pas sans mérite, comme le déclarait Eugène Delacroix, qui s’arrêtait toujours pour la regarder. On y voyait Vénus, entièrement nue, s’appuyant sur l’épaule de Vulcain.
En 1860, tout ce côté de la rue de la Barillerie disparut pour faire place au tribunal de commerce. Le magasin de quincaillerie, exproprié, transporta son matériel et son enseigne place du Châtelet, à l’entrée de la rue Saint-Denis, nº 3. Mais la vieille peinture ne parut plus digne des splendeurs du nouveau quartier, le propriétaire la fit reproduire, en faïence émaillée, par l’un de nos plus illustres peintres céramistes modernes, M. A. Jean. C’est une œuvre vraiment remarquable, la plus grande composition de ce genre qui existe à Paris. La reproduction du nu, d’une teinte uniforme, dans ces proportions qui exigent un grand nombre de carreaux de rapport, offrait une difficulté dont l’artiste n’a pu triompher qu’en donnant aux chairs un ton sensiblement jaune, qui traduit mal l’éclat de la blonde Vénus.