XXXI.]
[Note 247: _Lettres de l'Arétin_, t. Ier, p. 63, 120, 215.]
L'impératrice le récompensa sans doute de cet hommage; aussi, pour se montrer reconnaissant, l'Arétin engagea le Titien à lui envoyer un tableau de l'_Annonciation_, dont il fait une longue description et un grand éloge dans la lettre qu'il écrivit à l'artiste le 30 novembre 1537[248].
[Note 248: Bottari, t. III, p. 92, nº XXIV.]
Vers la même époque, le Titien peignit Francesco Maria della Rovère, duc d'Urbin, général des troupes de l'Église, de Florence et de Venise. A l'occasion de ce portrait, que Vasari appelle un merveilleux chef-d'oeuvre[249], l'Arétin écrivit la lettre suivante à Véronica Gambara[250], en lui envoyant les deux sonnets qu'il avait composés en l'honneur du peintre, du duc et de la duchesse d'Urbin.
[Note 249: Vasari, t. IX, p. 211.]
[Note 250: Voy. sur cette illustre dame l'article de Ginguené dans la _Biographie universelle_, t. XVI, p. 414.]
«Je vous envoie, noble dame, le sonnet que vous m'avez demandé et que j'ai composé d'inspiration, sur le pinceau du Titien: car, de même qu'il ne pouvait faire le portrait d'un plus grand prince, de même, aussi, je ne pouvais exercer mon esprit sur un portrait plus honoré. En le contemplant, j'appelai la nature elle-même en témoignage, et lui arrachai l'aveu que l'art s'était transformé en elle-même. Tout, dans ce portrait, la physionomie, la barbe et les cheveux, les signes du visage, atteste que c'est le duc d'Urbin; et les couleurs elles-mêmes qui ont servi à le peindre ne montrent pas seulement le teint de sa figure, mais découvrent la virilité de son âme. Dans le brillant de l'armure dont il est revêtu, on voit se réfléchir le vermillon du velours qui la double et l'encadre comme un ornement. Quel bel effet produisent les panaches de son casque! et comme ils sont répétés vivement dans les reflets de la cuirasse brillamment polie du grand prince!--Qui pourrait dire que les bâtons de commandement que lui donnent l'Église, Venise et Florence ne sont pas d'argent? Quelle haine doit porter la mort à l'immortel génie qui fait revivre par la peinture ceux qu'elle a frappés? César connaît bien tout le prix de cette vivante peinture, lui qui, la voyant à Bologne, se glorifia plus de cette oeuvre que des victoires et des triomphes qui lui assurent l'immortalité. Lisez donc ce sonnet, avec un autre, à la louange de la duchesse d'Urbin, et louez surtout ici le désir qui m'anime de célébrer ces grands personnages, plutôt que le style de mes faibles vers.
«Se 'L chiaro Apelle con la man dell' arte Rassémbro d'Alessandro il volto e 'l petto, Non fisse già di pellegrin subietto L'alto vigor che l'anima comparte; Ma Tizian che dal cielo ha maggior parte Fuor mostra ogni invisibile concetto: Però 'l gran duca nel dipinto aspetto Scuopre le palme entro al suo core sparte. Egli ha il terror fra l'uno e l' altro ciglio, L'animo in gli occhi e l' alterezza in fronte, Nel oui spazio l' onor siede e 'l consiglio. Nel busto armato e nelle braecia pronte Arde il valor che guarda dal periglio. Italia sacra a sue virtuti conte.
L'union de' colori, che lo stile Di Tiziano ha distesi, esprime fora La concordia che regge Lionora Le ministre del spirito gentile. Seco siede modestia in atti umile, Onesta nel suo abito dimora, Vergogna il petto e il crin le vela e onora, Le affigge amor il guardo signorile. Pudicizia e Beltà, nimiche eterne, Le spazian nel semblante, et fra le ciglia Il tuono delle grazie si discerne. Prudenza il valor suo guarda e consiglia Nel bel tacer; l'altri virtuti interne L'ornan la fronte d'ogni meraviglia[251].»
[Note 251: Bottari, t. Ier, p. 533, appendice, nº XXIX.]
Il est probable que ces sonnets valurent à leur auteur quelques-uns de ces présents qu'il ne dédaignait pas de solliciter, lorsqu'ils ne lui étaient pas offerts.
Plus d'une fois, l'Arétin servit d'intermédiaire entre le Titien et les amateurs qui désiraient obtenir quelque oeuvre de ce peintre; comme aussi, on le vit se servir des productions de son ami pour s'attirer les faveurs des grands personnages. Ainsi, c'est à sa recommandation, que le Titien termina pour Gian. Batista Torniello, architecte et gentilhomme fort riche, un tableau de la naissance de Jésus-Christ, qu'il attendait depuis longtemps[252]. D'un autre côté, nous voyons, par une lettre adressée, le 8 octobre 1531, au comte Maximilien Stampa, qu'il lui fit cadeau d'un tableau de son ami, représentant saint Jean tenant un agneau dans ses bras, tableau dont il vante la beauté[253].
[Note 252: _Id._, t. III, p. 108, nº XXX.]
[Note 253: _Id._, t. Ier, p. 532, appendice, nº