‹ Histoire des œuvres de BalzacChapitre 7 sur 28 · Première Partie. I. – La Comédie humaine · Scènes de la Vie de province · II

Première Partie. I. – La Comédie humaine · Scènes de la Vie de province · II

LE LIVRE DE JOB.

En la terre de Hus vivait un très-saint homme,
De la diphthongue Job l’Écriture le nomme.
Il s’écartait du mal par crainte du Seigneur,
Et n’allait point au vice, étant simple de cœur.
Pourtant il eut bientôt une grande famille ;
Trois fois madame Job accoucha d’une fille,
Mais Job, y prenant garde, eut après sept garçons.
Trois fois mille chameaux et sept mille moutons
Paissaient avec des bœufs, dont le millier indique
Que Job avait encore un nombreux domestique,
Dont par deux mots la Bible évite le détail,
Donnant, comme toujours, préséance au bétail.
Veuves de leurs époux, plus de cinq cents ânesses,
Par leur lait pectoral augmentaient ses richesses,
Ou le rendaient dispos pour peu qu’il en eût bu.

Tel est des biens de Job le fidèle inventaire,
Que l’Esprit-Saint a fait aussi bien qu’un notaire.
Si, par un grand malheur, l’Écriture a perdu
La carte du village où ce monde a vécu,
Toujours est-il que Job fut grand propriétaire
Admis dans les congrès chez les Orientaux,
Et de son double vote ôtant les libéraux.
Aussi, tous ses enfants, plongés dans la liesse,
L’un chez l’autre invités et couronnés de fleurs,
En fêtes, en festins, consumaient leur jeunesse,
Et, pour plus grand plaisir, à leurs trois jeunes sœur
Envoyaient les landaus qui roulaient en Judée ;
De leurs petits soupers l’ivresse était guidée
Par ces tendres beautés qui buvaient des liqueurs,
Et d’entremets friands savouraient les douceurs.
Quand le cercle trop court de ces belles journées,
Séparait par sa fin leurs troupes étonnées,
Soudain de ces repas Job narguant les effets,
Pour les purifier détachait ses valets ;
Et du lit conjugal se levant dès l’aurore,
Au nom de ses enfants qui sommeillaient encore,
D’un pieux holocauste il présentait l’encens ;
Car du sieur Azaïs Job ayant tout le sens,
Des compensations connaissait le système.
Et voici comme au texte il se parle à lui-même :

ROBERT LE DIABLE.

Au temps que l’on vivait dans une foi profonde,
En pleine Normandie, un enfant vint au monde ;
Rouen fut son berceau, Robert était son nom :
Mais, comme les Normands l’appelèrent le Diable,
Ci faut-il avant tout, en dire la raison,
Ce nom-là, mes enfants, étant épouvantable :
Alors, en la contrée un prince très-affable
Régnait avec honneur et craignant Dieu beaucoup,
Rendant justice à tous, aimant la chasse au loup ;
Et de ce grand Hubert les anciennes chroniques
Ont si bien célébré les vertus catholiques,

Qu’un poëme aujourd’hui ne dirait rien du tout,
Quand même on le ferait de stances romantiques.
II

Vers les bords enchanteurs où les murs de Vernon
Sont baignés par les eaux de la nymphe de Seine,
Hubert, au jour natal où la vierge sans peine
Offrit au monde un Dieu conçu sans trahison,
Tendit sa cour pleinière où le moindre baron
Vint parler politique en buvant du Surène.
C’était au bon vieux temps des états généraux.
Les barons en festins y mangeaient les impôts.
Aucun ne sachant lire, ils n’avaient pas la peine
D’écrire en bas normand de longs procès-verbaux.
Pour les relire encore en séance prochaine,
Et, sans flatter les serfs d’une espérance vaine,
Ils promulguaient leur joie en se riant des maux.

La deuxième partie, inédite aussi et datée des Jardies, décembre 1832 — Paris, mai 1839, parut avec une préface datée de Paris, avril 1839 (voir tome XXII, page 530), sous son titre actuel en deux volumes in-8, chez Souverain en juin 1839. Elle était alors divisée en chapitres dont voici les titres :

Deux de ces chapitres : Comment se font les petits journaux et le Souper, avaient paru avant la mise en vente de l’ouvrage, dans l’Estafette du 8 juin 1839. Il s’y trouvait alors un portrait du poëte Canalis tout autre que celui qui commence aujourd’hui ligne 22, page 285. Voici le portrait primitif où se devine aisément l’intention de peindre M. de Lamartine :

Le quatrième était M. de Canalis, un des plus illustres poëtes de cette époque, un jeune homme qui n’en était encore qu’à l’aube de sa gloire, et qui se contentait d’être un gentilhomme aimable et spirituel ; il essayait de se faire pardonner son génie. Mais on devinait dans ses formes un peu sèches, dans sa réserve, une immense ambition qui devait plus tard faire tort à la poésie et le lancer au milieu des orages politiques. Sa beauté froide et compassée, mais pleine de dignité, rappelait Camping.

On sait que les sonnets qui se trouvent cités dans l’ouvrage avaient été donnés à Balzac, la Marguerite par madame de Girardin, la Tulipe, par Théophile Gautier, et les autres par Lassailly. Nous donnons ici, comme curiosité, la première version du sonnet la Pâquerette (voir pages 345 et 346), par Lassailly, et les observations de Balzac, après lesquelles l’auteur le modifia tel qu’il est aujourd’hui :

LA PAQUERETTE.

Pâquerettes des prés, vos couleurs assorties
Parlent à l’âme humaine en chacun de ses vœux.
Charmantes à la fois pour le cœur et les yeux,
D’où savez-vous ainsi toutes nos sympathies ?
Vos collerettes d’or et de perles serties
Luisent du double éclat que l’on aime le mieux.

Puis une veine rouge, au sens mystérieux,
Nous révèle en vos fleurs nos peines ressenties.
Vous renaissez au jour où, dehors du tombeau,
Jésus, ressuscité sur un monde plus beau,
Fit pleuvoir des trésors en secouant ses ailes.
L’automne vous retrouve, ô filles du printemps,
Sur ses gazons déserts, plus chères et fidèles ;
Mais, hélas ! l’homme tombe au premier choc des vents.

Au moment de l’apparition de ce livre, les journaux du temps prétendirent reconnaître M. Jules Janin dans le personnage d’Étienne Lousteau.

La troisième partie, après avoir commencé à paraître pour la première fois dans l’État du 9 au 19 juin 1843, fut continuée et achevée dans le Parisien-l’État du 27 juillet au 14 août 1843, sous le titre de : David Séchard, ou les Souffrances d’un inventeur ; elle fut publiée en 1844 sous le premier de ces deux titres en deux volumes in-8 chez Dumont, accompagnées d’une préface datée de mars 1844 (voir tome XXII, page 568), ceci après sa publication en 1843, dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de la Vie de province (première édition de la Comédie humaine, tome VIII). Elle y avait paru sous le titre d’Ève et David. La version publiée dans le journal, ainsi que celle de l’édition en deux volumes contient les divisions suivantes :

Cette version se terminait par le paragraphe suivant, enlevé aujourd’hui, ainsi que toutes les divisions de chapitres des trois parties :

Cerizet, condamné à trois ans de prison pour délits politiques, en 1827, fut obligé par le successeur de Petit-Claud de vendre son imprimerie d’Angoulême. Il a fait beaucoup parler de lui, car il fut un des enfants perdus du parti libéral. À la révolution de Juillet, il fut nommé sous-préfet, et ne put rester plus de deux mois dans sa sous-préfecture. Après avoir été gérant d’un journal dynastique, il contracta, dans la presse, des habitudes de luxe. Ses besoins incessants l’ont conduit à devenir prête-nom dans une affaire de mines en commandite, dont les faits et gestes, le prospectus et les dividendes anticipés lui ont mérité une condamnation à deux ans de prison en police correctionnelle. Il a fait paraître une justification dans laquelle il attribue ce résultat à des animosités politiques. Il se dit persécuté par les républicains.

Toute la partie qui remplace ce morceau et termine l’ouvrage est inédite.

Ces trois parties ont paru pour la première fois en 1843 réunies et augmentées de la dédicace et de la date actuelles, dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de la Vie de province (première édition de la Comédie humaine, tome VIII). Dans l’édition définitive, la troisième partie change encore une fois de titre et prend celui de : les Souffrances de l’inventeur. Il faut remarquer aussi que les différentes parties publiées séparément ne commencent ni ne finissent à la même place que dans la Comédie humaine. Ainsi, les Deux Poëtes, dans la première édition, finissent seulement à la ligne 28 de la page 299 du Grand Homme de province à Paris, qui lui-même ne finissait qu’au mot « paysage » de la ligne 17 de la page 558 des Souffrances de l’inventeur, dans le tome VII de l’édition qui nous occupe.

Première édition. Tomes V à VIII des Études de mœurs au xix siècle, 4 volumes in-8, chez madame veuve Ch. Béchet et chez Werdet, 1834-1837. (Les tomes I et II mis en vente en décembre 1833 (datés 1834) chez madame Béchet, et les tomes III et IV en février 1837, chez Werdet). Contenant : Tome I. Préface. Eugénie Grandet. — Tome II. Le Message. Les Célibataires (le curé de Tours). La Femme abandonnée. La Grenadière. L’Illustre Gaudissart. — Tome III. Les Trois Vengeances (la Grande Bretèche). La Vieille Fille. — Tome IV. Préface. Illusions perdues (première partie, les Deux Poëtes).

Deuxième édition. Deux volumes in-18, chez Charpentier, 1839. — Tome I. Les Célibataires (le Curé de Tours). La Femme abandonnée. Illusions perdues (première partie, les Deux Poëtes). — Tome II. La Vieille Fille. La Grenadière. Le Message. La Grande Bretèche ou les Trois Vengeances. L’Illustre Gaudissart. Il faut y ajouter Eugénie Grandet, un volume in-18, chez le même éditeur, 1839.

Troisième édition. Tomes V à VIII, de la première édition de la Comédie humaine. Quatre volumes in-8, chez Furne, Dubochet et Hetzel, 1843-1844. Contenant : — Tome I (1843). Ursule Mirouët. Eugénie Grandet. Les Célibataires, 1. Pierrette (Lorrain). — Tome II (1843). Les Célibataires, 2. Le Curé de Tours, 3. Un Ménage de garçon en province (les Deux Frères). Les Parisiens en province, 1. L’Illustre Gaudissart, 2. La Muse du département (Dinah Piédefer). — Tome III (1844). Les Rivalités, 1 : la Vieille Fille, 2 ; le Cabinet des Antiques (les Rivalités de province). Le Lys dans la vallée. — Tome IV (1843). Illusions perdues, 1 ; les Deux Poëtes, 2 ; un Grand Homme de province à Paris, 3 ; Ève et David (David Séchard).

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