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III

LE CHARGEMENT DES BOULES DE VERRE

«Car il n'y a rien de caché qui ne se découvre, ni rien de secret qui ne se révèle: aussi ce que vous avez dit dans les ténèbres sera répété au grand jour.»

ÉVANGILE SELON SAINT LUC, XII, 2 ET 8.

Voici (condensé dans le moins obscur français qu'il nous est possible d'écrire) le texte des instructions précisées par les ingénieurs anarchistes, dans les Cours d'explosifs qui se tiennent, en ce moment, à Paris et ailleurs.

Nous supposons, logiquement, que ces instructions continuent cette même circulaire que nous avons interrompue.

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«Remplis d'eau l'une des carafes;--jette dans l'autre toute la cuivrerie du sachet et verse dessus le litre d'eau-forte.

«Les ayant posées, l'une contre l'autre, sur la table, et bouchées, enfonce doucement, par les angles--et bien d'ensemble--dans le trou central de chaque bouchon, les deux bouts du tube de verre, jusqu'à ce qu'ils plongent chacun d'eux en son liquide.

«Bientôt des vapeurs brun rouge circulent à l'intérieur de la triple ligne transparente du tube; elles viennent pénétrer et foncer l'eau de la première carafe: en moins d'une heure cette eau, saturée de ces vapeurs, est devenue couleur d'ocre.

«Alors tu enlèves bouchons et tube, et les déposes, ainsi que la carafe d'eau-forte, au fond de ton seau d'étain.

«Là, tu les immerges d'eau fraîche; puis, ayant bien ajusté le couvercle sur le seau, tu le relègues dans un coin.

«L'autre carafe, pleine de l'eau brunie, est demeurée sur la table.

«Il s'agit, maintenant, de remplir de ce liquide soixante (c'est-à-dire la moitié) de tes boules de verre.

«Écoute le seul parfait moyen d'y arriver vite, pour le mieux et sans l'ombre d'un danger: mais dis-toi bien qu'il te suffirait d'en omettre ou transposer un détail pour encourir une catastrophe dont tu ne saurais te faire MÊME UNE IDÉE,--et dont la terrible durée n'excéderait cependant pas celle d'un clin d'oeil.

«Tout d'abord: qu'au moment où, pour procéder à l'opération susdite, tu t'assois devant la table, les objets suivants--que tu as chez toi--s'y trouvent disposés dans l'ordre que voici:

«1º Devant toi, une assiette creuse et un verre;--auprès du verre la carafe d'eau brunie.

«2º À ta droite, à côté de l'assiette, l'un des compte-gouttes, puis l'une des boîtes de pâte-forte.

«3º À ta gauche, les deux premiers carrés de carton contenant chacun trente boules.

«4º Sur une chaise, à côté de la tienne, aussi à gauche, tu as placé tout bonnement ta cuvette à moitié pleine d'eau.

«Tu t'assois donc. Tu commences par verser de l'eau brunie dans le verre jusqu'aux trois quarts. Cela fait, tu saisis une première boule entre deux doigts de ta main gauche et la tiens au-dessus de l'assiette.

«Tu prends, de la main droite, le compte-gouttes et en trempes la pointe dans le verre. Elle y aspire (d'une pression de ton pouce sur la capuce de caoutchouc du compte-gouttes) juste la quantité de liquide nécessaire pour remplir la bille. Tu introduis donc la fine extrémité de cet instrument dans le trou capillaire de la bille,--et voici que, d'une seconde pression, graduée à cause de l'air qui se trouve dans cette bille, celle-ci s'est remplie.

«Tu reposes le compte-gouttes à sa place, et prends le couteau: du bout de la lame tu enlèves une très petite parcelle de pâte-forte, dont tu enduis et bouches l'ouverture de la bille. Cela fait, tu plonges celle-ci dans la cuvette, auprès de toi, ce qui durcit, à l'instant même, l'enduit. Vérifie le bon bouchage avant que soit ainsi lavé l'extérieur de la bille, au cas où quelque goutte aurait débordé.

«Ainsi de suite, jusqu'à la trentième.

«Alors tu retires, l'une après l'autre, de l'eau, les trente petites boules pleines, et tu les poses, au fur et à mesure, chacune en un casier de son carré, dont la ouate suffit à les sécher assez vite.

«Puis, tu attaques le second carré de billes vides,--les trente autres--et tu recommences.--Celui-ci, rempli à son tour, tu te lèves et vas déposer, sur une planche libre de ton placard, ces deux boîtes de boules brunes.

«Il s'agit, à présent, de faire disparaître d'autour de toi toute trace d'eau-forte.

«Tu regardes, sur ton palier, s'il ne circule personne:--tu jettes toute ta verrerie, pêle-mêle, dans le seau--et, l'ayant porté sous la fontaine, tu laisses couler le jet, bien à toute force, là-dessus durant cinq minutes,--Au bout de ce temps, le tout est redevenu clair. Tu rentres, tu essuies, tu places tout cela dans ton panier à provisions et le poses n'importe où.

«Attention!... La table une fois bien essuyée, et aussi tes mains, il te reste, pour toute besogne, à remplir les soixante dernières boules de verre, mais, cette fois, avec ton litre de pétrole léger. Pour cela, tu procèdes exactement comme tu viens de le faire, mais en n'employant, pour cette seconde opération, AUCUN des objets qui ont servi pour la première: c'est pourquoi tu en as le double.

«Cette fois, tu ne dois remplir les boules qu'aux deux tiers à peu près.

«Là: c'est fait.--Va placer tes deux nouveaux carrés de billes blondes dans l'endroit le plus éloigné des brunes. Étends, dans le panier, sur les deux essuie-mains, le reste des objets qui t'ont servi, moins l'une des boîtes de pâte: et repose-le dans son coin.

«Le soir est venu. Tu peux allumer ta lampe--et dîner paisiblement.

«Après le repas, et pour charmer tes loisirs, ôte, doucement, les six cannes de verre de leurs annelets de cuir et dispose-les, avec précaution, l'une contre l'autre, sur ton lit resté défait. Tu peux, à présent, briser le frêle bois blanc de la longue boîte ouatée et la brûler par petites flambées.

«La voilà disparue. Bien. Neuf heures sonnent. Éteins le feu: c'est utile. Ouvre, tout grand, le vasistas de ta mansarde: il faut qu'il fasse froid chez toi.--Quelle brume, quel brouillard, au dehors! Les journaux d'hier l'avaient prédit, à l'article Température probable. Cependant, tu entends, au loin, sur la place de l'Hôtel de Ville, en face de ta maison, des voitures, des murmures de foule,--car c'est une nuit de bal et de fête!

«Mais neuf heures et demie sonnent: on gratte sept fois à la porte. Tu ouvres. C'est notre envoyé.»

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