‹ Hortense a dit : « Je m’en fous ! »Chapitre 7 sur 11 · Scène VII

Scène VII

Les Mêmes, ADRIEN, LEBOUCQ, puis M. JEAN

Adrien. — Monsieur, il y a là un monsieur qui vient pour une fluxion.

Follbraguet. — Ah ! il m’embête !

Adrien, voyant Hortense qui remonte en pleurnichant. — Qu’est-ce que tu as ?

Hortense, le repoussant légèrement, mais avec humeur, tout en passant devant lui pour sortir. — Rien, laisse-moi !

Adrien. — Mais si, quoi ?

Voix d’Hortense. — Mais rien…

Follbraguet. — Oh ! oh ! oh ! (Il remonte jusqu’à la porte du fond dont le battant est resté ouvert.) Qu’est-ce que vous voulez, Monsieur ?

Leboucq, la figure entourée d’un bandeau. — Monsieur, je souffre… J’ai une fluxion !

Follbraguet, rageur. — Eh bien, oui, ça se voit !… Asseyez-vous là !… et enlevez votre bandeau…

Leboucq, obéissant. — Oui, monsieur ! (Il s’assied. Après un temps.) Je crois que j’ai attrapé ça hier au théâtre, il y avait un courant d’air.

Follbraguet. — Oui, monsieur, ça n’a aucun intérêt dans l’espèce.

Leboucq. — Ah !… bien !

Follbraguet, posant le verre sur le meuble qui est près du fauteuil. — Ouvrez la bouche ! (Rongeant son frein, tandis que Leboucq obéit.) Oh ! mais, en voilà assez ! Il faudra que ça cesse !

Leboucq. — Comment ?

Follbraguet. — Non ! rien ! Ouvrez la bouche !

Leboucq, indiquant sa dent. — C’est là !

Follbraguet. — Oui, eh bien, c’est une mauvaise dent !

Leboucq, avec angoisse. — Ah ! alors…

Follbraguet. — Il faut l’extirper.

Leboucq. — Vous ne voulez pas la conserver ?

Follbraguet. — Pourquoi ? Je n’en fais pas collection…

Leboucq. — Me la conserver à moi.

Follbraguet. — Oh ! si vous y tenez, vous n’avez qu’à la garder !

Leboucq. — Oh ! mais, comme vous êtes maussade !

Follbraguet, cherchant un instrument dans son meuble. — Ah ! bien si vous étiez à ma place !… Ouvrez la bouche !…

Leboucq. — Ah ! ah ! ah !

Follbraguet, tout en tirant. — Mais ne criez donc pas ! Je suis déjà assez énervé ! Aïe donc !

Leboucq. — Oh !

Follbraguet. — Oh, bien ! il est joli, votre chicot ! Je vous conseille d’y tenir.

Leboucq, haletant. — Oh ! nom d’un chien ! Oh ! nom d’un chien !

Follbraguet. — Tenez ! rincez-vous la bouche !

Leboucq, défaillant à moitié. — Ah !

Il avale le contenu du verre.

Follbraguet. — Mais c’est pas pour boire, voyons !

Leboucq, idem. — Ah ! laissez-moi… Ah ! laissez-moi !

Follbraguet. — Allons ! allons ! vous n’allez pas vous trouver mal ?

Leboucq. — Ah ! je sens que je m’en vais…

Follbraguet. — Ne vous laissez pas aller… Tenez, vous allez vous étendre un moment ! (Allant à la porte, deuxième plan droit.) Monsieur Jean ! Monsieur Jean !

M. Jean, paraissant. — Monsieur !

Follbraguet, qui est redescendu vers Leboucq. — Tenez, emmenez Monsieur se reposer sur la chaise longue.

M. Jean. — Oui, monsieur. (Il prend Leboucq que lui passe Follbraguet.) Venez, monsieur !

Follbraguet. — Attendez !

Leboucq, d’une voix mourante. — Quoi ?

Follbraguet, lui tendant la petite boîte qui contient la dent. — Voici votre dent, monsieur ! Vous teniez à la conserver…

Leboucq, prenant la boîte par acquit de conscience. — Oh ! maintenant, je n’y tiens plus ! Je m’en vais !… Je sens que je m’en vais.

Follbraguet. — C’est ça, allez !…

M. Jean, emmenant Leboucq. — Par ici, monsieur, par ici.

Ils sortent de droite.

Follbraguet, allant s’asseoir à son bureau. — Quelle journée, mon Dieu ! quelle journée ! (On frappe.) Entrez !

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