Chapitre 10
Il y avait maintenant plus d’une longue journée que les habitants de Grand-Pré étaient enfermés dans leur église, et leurs geôliers n’avaient pas encore songé à leur procurer quelque aliment. La faim et la soif dévoraient ces poitrines fiévreuses, et depuis le matin on les entendait demander de la nourriture à travers les portes et les fenêtres fermées. Les femmes étaient accourues les bras remplis de toute espèce de comestibles, et elles assiégeaient le presbytère pour obtenir de les donner à leurs parents, mais personne ne semblait songer à écouter leurs prières ; personne n’en avait le temps. Quand George alla chez Winslow, il offrit de veiller à ce que la distribution de ces provisions se fit régulièrement et sans embarras pour le service militaire, qui devenait excessif au milieu d’une population entière devenue prisonnière. Il obtint aussi que les chefs des familles iraient, les uns après les autres, passer quelques heures dans leurs maisons pour aider les femmes dans les préparatifs du départ, et pour leur adoucir les déchirements de l’adieu. Mais cette disposition, quelque peu humaine, n’eut en partie son exécution que deux ou trois jours avant l’embarquement des exilés. Il n’y eut que le père Landry et l’oncle Leblanc qui reçurent tout de suite cette faveur. On en devine en partie la raison : le vieux notaire avait une grande influence sur sa nièce, et dans les circonstances on pouvait d’ailleurs avoir besoin du secours de sa profession…
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