Chapitre 1 Le pavillon rose
Ce fut le 17 juin 1828 que nous arrivâmes au château de Groubenski, le prince Danilo et moi.
Le prince Danilo ne connaissait pas ce château, ayant été élevé à Saint-Pétersbourg, et n’y étant jamais venu du vivant de son grand-père, le prince Alexis, lequel était trépassé il y avait deux années à peu près.
Le prince Danilo venait de perdre son père le prince Boris, et il avait voulu juger par lui-même de ce qu’était ce château de Groubenski, dont il avait entendu parler.
Nous arrivâmes vers les dix heures du soir ; le prince se coucha en arrivant, car il était très fatigué.
Le lendemain, à huit heures du matin, il me fit appeler dans sa chambre ; je le trouvai encore au lit.
— Ivan, me dit-il, qu’est-ce donc que ces hurlements que j’ai entendus pendant toute la nuit, et qui m’ont empêché de fermer les yeux une seule minute ?
— Seigneur, répondis-je, ce sont, selon toute apparence, ceux des chiens qui, de leur chenil, auront senti l’approche de quelques bêtes fauves.
— Oh ! oh ! fit le prince Danilo-Borisovitch en fronçant le sourcil ; y a-t-il donc un chenil au château ?
— Comment donc, mon prince ! répondis-je, croyant lui apprendre une agréable nouvelle, vous possédez une meute superbe : cinq cents chiens courants, cent vingt couchants et soixante lévriers ; quant aux valets de chenil, vous en avez bien une quarantaine.
— Ainsi donc, s’écria le prince, il y a chez moi six à sept cents chiens et quarante hommes pour les servir ?
— À peu près, monseigneur, répondis-je.
— Mais ces damnés animaux, reprit le prince, doivent manger autant de pain, pendant un jour, qu’il en faudrait pour rassasier cent cinquante pauvres gens pendant un mois.
— Oh ! davantage, monseigneur !
— Eh bien, je vous prie, Ivan, de vous arranger de telle façon que tous ces chiens soient pendus ou noyés ce soir ; quant à leurs valets, vous les mettrez à un travail quelconque ; ceux qui pourront gagner de l’argent ailleurs, vous leur donnerez leur congé ; et l’argent qui était employé à l’entretien de la meute, nous le consacrerons à fonder une école primaire à Makarief ou à Niskevo.
— J’obéirai à Votre Excellence, répondis-je.
Et, m’inclinant, je sortis pour donner l’ordre que les six cent quatre-vingts chiens courants, braques ou lévriers, fussent noyés ou pendus le soir même, ainsi que daignait le désirer monseigneur.
Mais, une demi-heure plus tard, et comme l’exécution allait commencer, arriva chez le prince un vieillard d’une soixantaine d’années ; son visage était ridé, ses cheveux blancs tombaient sur ses épaules ; il n’avait plus une seule dent, mais ses yeux brillaient d’un éclat indiquant qu’il était loin d’être arrivé au terme de sa vie.
Quant à son costume, il se composait d’un habit de velours couleur de framboise avec des passementeries d’or, d’une culotte de peau, et de grandes bottes dites à la française.
Son habit était serré à la taille par une ceinture circassienne, et un couteau de chasse pendait à son côté.
Il tenait à la main son chapeau à trois cornes.
Quoique un peu dur, comme on a pu le voir, pour les chiens, le prince Danilo, qui était un philanthrope, était excellent pour les hommes.
Il reçut donc le vieillard avec affabilité et lui demanda qui il était.
— Sauf votre respect, monseigneur, répondit celui-ci d’une voix ferme, je suis un ancien serf de Votre Excellence ; je me nomme Jacquot sans Oreilles, et j’étais, au moment de sa mort, premier écuyer du prince Alexis votre grand-père.
Sans doute ce nom de Jacquot sans Oreilles n’était point inconnu du prince Danilo, car il leva vivement les yeux vers la place où manquaient les oreilles, dont l’absence avait fait donner au pauvre Jacquot le sobriquet sous lequel il était connu.
— Sois le bienvenu, mon ami, dit le prince Danilo, et assieds-toi ; tu es fatigué, peut-être ?
— Merci, monseigneur. Il ne serait point séant à moi de m’asseoir devant Votre Excellence ; non, je viens seulement me prosterner à ses pieds, et la prier d’exaucer ma prière.
— À quel sujet ? mon vieux ? demanda Danilo-Borisovitch.
— On dit, monseigneur, que vous avez daigné abaisser sur nous votre colère princière.
— Qu’as-tu donc, mon pauvre Jacquot ? Perdrais-tu la raison, par hasard ?
— Eh ! monseigneur, il n’y aurait rien d’étonnant qu’on perdît la raison à la vue d’une pareille inhumanité : exterminer six cent quatre-vingts chiens qui n’ont rien fait à personne ! Mais, monseigneur, ce n’est ni plus ni moins que le massacre des saints Innocents par le roi Hérode ! En quoi ces pauvres chiens ont-ils démérité de Votre Excellence ? Croyez-le bien, ce n’est point une simple plaisanterie que de répandre une si grande quantité de sang, et, quoique ce soit du sang d’animaux, vous répondrez de ce sang devant Dieu.
— Assez, vieillard ! j’ai décidé que cela serait ainsi ; cesse donc…
Mais le vieillard interrompit hardiment son seigneur.
— Et pourquoi cesserais-je, moi ? Ne suis-je pas le seul défenseur que le bon Dieu ait donné à ces pauvres bêtes ? Si je me tais, qui parlera pour elles ? Je continue donc. Comment pouvez-vous, monseigneur, être assez cruel pour faire massacrer ces malheureux chiens ? Car enfin, cette meute, fondée par vos aïeux, elle fait partie de la famille, elle existe, toujours nouvelle, et cependant toujours la même, depuis plus de cent ans ; sa renommée, après avoir parcouru toute la Russie, a pénétré jusqu’en France, et il en a été parlé dans les cours étrangères ; plusieurs souverains ont écrit ou fait écrire à vos aïeux pour en avoir de la race ; et, tout à coup, sans aucune raison, cette race si vantée, vous voulez la détruire ! À quoi penses-tu, mon petit père ? dit le vieillard en s’échauffant. Mais, si tu commettais une telle action, les os de tes pères se retourneraient dans leur tombe et le spectre du pauvre Alexis sortirait de son cercueil pour tendre son bras décharné sur toi et te maudire… Rappelez-vous donc, mon digne seigneur et mon cher maître, que le chenil des princes Groubenski existe intact et va toujours s’augmentant depuis le règne de Pierre le Grand, de glorieuse mémoire ! Pour quel motif voulez-vous donc y toucher si cruellement aujourd’hui ? N’oubliez pas que le massacre des strélitz 1 a été une tache dont le grand empereur a eu bien de la peine à se laver, et cependant les strélitz étaient coupables, tandis que les chiens ne le sont pas ; ce serait, pour vous et votre descendance princière, une honte éternelle, une ineffaçable humiliation que de n’avoir pas de meute, sans compter les remords de votre propre conscience, que vous chargeriez d’un grand poids par un pareil meurtre. Le chien, seigneur, est aussi une créature de Dieu, et il est dit dans les Écritures : « Heureux celui qui aimera les animaux ! » Comment alors, toi, mon petit père, qui as le visage si bon, peux-tu agir ainsi contre la volonté de Dieu ?… Vous voyez, monseigneur, j’ai mis, pour me présenter devant vous, le costume que je portais quand j’avais l’honneur d’être palefrenier de confiance, autant vaut dire écuyer, de votre grand-père, de riche mémoire, le comte Alexis ; ce costume est resté dans l’armoire depuis six ans ; je croyais ne plus le mettre que pour être enterré ; voyez, monseigneur, j’ai mis aussi la ceinture circassienne qui me fut donnée par lui, trois jours après l’arrivée bienheureuse de votre mère au château ; vous étiez encore au berceau, mon petit père. Trois jours après cette arrivée, qui était un objet de crainte pour tout le monde, et que le seigneur bénit cependant, il y eut grande chasse. Personne de nous ne put forcer le renard, sinon notre voisin Ivan Ramirof, qui faillit l’atteindre ; ce que voyant, je me lançai à la poursuite du méchant animal et l’atteignis, moi, sauvant ainsi l’honneur de la maison. Maintenant, j’ai tout dit ; vous pouvez agir à votre volonté, mon cher seigneur ; seulement, je ne quitterai pas cette chambre que je n’aie obtenu la grâce de mes chiens.
— Mais que veux-tu, enfin ?… demanda le prince, qui commençait à s’attendrir à ce long plaidoyer.
— Je veux, mon prince, que si telle est toujours votre volonté de faire pendre et noyer les chiens, il plaise d’abord à Votre gracieuse Excellence de me couper la tête ; ensuite, vous pourrez massacrer à loisir ces innocents animaux, et pas une voix ne s’élèvera pour les défendre ; mais, en ce costume et avec cette ceinture, je me présenterai devant votre père, votre grand-père, vos aïeux, vos ancêtres ; je leur montrerai mes pauvres chiens égorgés et ceux qui les gardaient avec autant de sollicitude et de soins qu’ils gardaient la prunelle de leurs yeux ; que diront-ils à cette vue ? je vous le demande. Je suis un homme d’ancienne date, dit le vieillard en secouant la tête, et vos manières d’aujourd’hui me sont étrangères ; faites-moi donc partir au plus vite pour rejoindre ceux dont j’honorais les habitudes et qui m’aimaient parce que j’aimais mes pauvres chiens.
C’était tout ce dont le pauvre vieillard était capable.
À la violente surexcitation qui l’avait soutenu, succéda un complet anéantissement ; sa voix s’éteignit, sa respiration devint haletante, ses jambes tremblèrent, et il fût tombé à la renverse si le prince ne l’avait soutenu.
On l’emporta sans connaissance ; mais la chaleureuse intervention du vieux Jacquot sans Oreilles sauva les chiens, et le chenil, qui devait disparaître plus tard, fut préservé cette fois.
Et non seulement le chenil fut préservé, mais encore le prince Danilo-Borisovitch prit en amitié le vieux Jacquot sans Oreilles. Il le faisait souvent venir chez lui pour l’interroger sur ses anciennes années, et il arrivait ainsi qu’ils passaient parfois ensemble des heures entières.
Une fois, le soir, à la suite d’un de ces longs entretiens avec le vieillard, le prince m’envoya chercher ; je me rendis immédiatement à ses ordres.
Je trouvai le prince en proie à une violente émotion.
— Ivan-Andréovitch, êtes-vous, me demanda-t-il, capable de passer quelques heures avec moi ?
— J’y compte bien passer toute ma vie, mon prince, lui répondis-je.
— Oui, oui, c’est convenu ; mais j’entends autre chose. Êtes-vous capable de m’aider à démolir… ?
Le prince s’arrêta.
— À démolir quoi ? demandai-je.
— À démolir ou à percer une muraille en pierre. Jacquot vient de me raconter une histoire fort étrange qui intéresse notre famille et moi particulièrement. Voyez-vous, Ivan-Andréovitch, je voudrais savoir, au juste, s’il me fait des contes bleus ou s’il me dit la vérité ; je ne puis mêler à cette affaire aucun étranger et surtout aucun de mes serfs ; ne me refuse donc pas, Ivan.
Je consentis à l’instant même, comme on le comprend bien, et je demandai au prince quelle chose lui avait racontée Jacquot.
— Demain, demain, me dit le prince. Tout cela, au bout du compte, peut n’être qu’une histoire stupide ; il m’est avis que le pauvre Jacquot sans Oreilles commence à radoter ; il m’a raconté des choses qui me semblent impossibles. Au reste, je tiens absolument à m’en assurer par moi-même ; demain donc, nous saurons à quoi nous en tenir sur ce fait étrange ; je compte sur vous, Ivan.
Je renouvelai au prince la promesse que je lui avais faite de l’aider le lendemain dans tout ce qu’il voudrait. Le prince alors commença de m’entretenir sur les affaires d’exploitation des terres, du labourage, de la coupe des bois ; mais, tout en me parlant de ces choses, il était visiblement préoccupé d’un autre sujet ; il n’entendait rien de ce que je lui disais, et ses paroles à lui-même avaient si peu de suite, que c’était à grand-peine si je les comprenais.
— À demain ! me dit-il enfin en se levant et en me tendant la main.
— Demain, comme aujourd’hui, je serai aux ordres de Votre Excellence.
J’avoue que le côté mystérieux de l’événement avait tellement captivé mon esprit et éveillé mon imagination, que je ne dormis pas de la nuit ; bien m’en prit, car, à peine parurent les premiers rayons du jour, que le prince m’envoya chercher.
— Vous êtes prêt, n’est-ce pas ? me dit-il en me voyant entrer dans son cabinet. Eh bien, moi aussi, je suis prêt. Nous allons donc partir.
Et, me donnant l’exemple, il descendit le premier le perron, après avoir recommandé qu’en son absence personne ne pût entrer dans le jardin, pas même Jacquot sans Oreilles.
Nous traversâmes une grande partie du parc, nous franchîmes les deux petits ponts jetés sur la rivière artificielle, et nous nous dirigeâmes vers le pavillon rose.
Dans l’antichambre de ce pavillon, nous trouvâmes deux pioches, quelques bougies de cire et une boîte en bois noir de moyenne grandeur.
Tous ces objets avaient été apportés par le prince lui-même avant notre arrivée.
Le pavillon se composait de cinq ou six pièces ; après en avoir franchi trois, le prince s’arrêta, frappa, du levier qu’il portait à la main, contre une épaisse muraille, et dit :
— C’est ici.
Nous nous mîmes immédiatement à l’ouvrage, et, au bout d’une heure et demie, la muraille offrit une ouverture suffisamment large pour donner passage à un homme. Le prince alluma deux bougies, m’en donna une, et nous pénétrâmes dans cette pièce obscure et hermétiquement murée de tous côtés.
L’odeur qui s’exhalait de cette espèce de tombeau avait failli me retenir de l’autre côté de l’ouverture ; cependant, ayant vu le prince y passer, je l’avais suivi.
Mais, à peine entré, je sentis mes cheveux se dresser sur ma tête ; ce n’était plus seulement une odeur de cadavre qui frappait mon odorat : c’était, au milieu des débris de quelques meubles à moitié pourris, un squelette humain qui m’apparaissait gisant à terre.
Le prince, à cette vue, se signa et dit :
— Seigneur, ayez pitié de l’âme de votre servante, car peut-être est-elle morte dans le désespoir !
Puis, se tournant vers moi après quelques moments de silence :
— Le vieillard n’avait pas menti, dit-il.
— Qu’est-ce que cela ? demandai-je, à peine revenu de la violente émotion que je venais d’éprouver.
— Ce sont les péchés des anciennes années, mon cher Ivan-Andréovitch. Je vous raconterai tout cela un jour ; mais, en ce moment, la chose me serait impossible ; aidez-moi seulement à ramasser ceci.
Et il me donna l’exemple en ramassant pieusement les os épars à ses pieds ; je l’y aidai en faisant un suprême effort sur moi-même. Nous plaçâmes tous ces débris dans la boîte, préparée d’avance ; le prince la ferma à clef et mit la clef dans sa poche.
En recueillant ces restes mortels, nous avions trouvé, au milieu d’eux, une paire de boucles d’oreilles en diamants, les restes d’un collier de perles, une alliance d’or, quelques fils de métal et quelques restes de baleine auxquels adhéraient encore des lambeaux à demi pourris d’une étoffe de soie dont il eût été impossible de dire la couleur.
Le prince serra soigneusement les boucles d’oreilles, les restes du collier et l’alliance ; nous emportâmes la boîte, et, exténués de fatigue, brisés par les émotions morales, nous rentrâmes au château.
— Faites venir immédiatement cinquante travailleurs avec des leviers et des pioches, dit le prince au bourgmestre, qui traversait la cour.
Quant à moi, je me rendis à mon logement pour me laver et changer de vêtements.
Lorsque je revins chez le prince, je ne le trouvai pas dans le cabinet où il se tenait habituellement.
— Où est le prince ? demandai-je à son valet de chambre.
— Il est dans la galerie des portraits, me répondit celui-ci.
Je m’y rendis et le trouvai effectivement encore tout couvert de poussière et de plâtre, dans le même état enfin où je l’avais vu sortant du pavillon rose. Il contemplait, dans un profond silence et dans la plus complète immobilité, un portrait de femme chez lequel, par un caprice étrange des anciens possesseurs du château, le visage était couvert d’une immense couche de noir.
La boîte qui renfermait les ossements étaient placée sur le plancher, juste au-dessous du portrait.
Je regardai le prince ; il pleurait silencieusement.
On vint lui dire alors que les travailleurs étaient arrivés.
Il essuya son visage tout mouillé de larmes, et sortit en me faisant signe de le suivre.
Le prince conduisit les travailleurs au pavillon rose, et, l’ayant montré aux ouvriers, il leur ordonna de le démolir jusque dans ses fondations et d’en porter les matériaux à l’église de Niskevo, qu’il faisait bâtir juste au même moment.
Mais, avant d’y mettre les ouvriers, il voulut entrer encore une fois lui-même dans la chambre sépulcrale pour passer une dernière inspection des choses qui pouvaient s’y trouver.
Bien lui en prit : sur une des murailles, gravée avec une pointe, était cette inscription dont je ne pus lire que ce que j’en rapporte ici :
L’an 1807 – le 14 octobre.
« Adieu, mon bien-aimé Boris ! ta chère Varvara... ici, par la cruauté de ton... »
– Une hache ! s’écria le prince, une hache !
Je lui donnai une hache d’une main tremblante ; car ce nom de Boris, c’était le nom de son père, et ce prénom de Varvara, c’était celui de sa mère.
Il prit la hache, fit voler en éclats la pierre qui portait l’inscription, en criant aux travailleurs :
— Démolissez ! arrachez ! brisez ! et que, avant ce soir, ce pavillon soit démoli au ras de terre.
Le soir, le pavillon était démoli jusqu’en ses fondements.
Le lendemain, au point du jour, une voiture du prince nous attendait à la porte du château ; nous y montâmes, emportant avec nous la boîte aux ossements enveloppée, comme un cercueil, d’un drap noir avec une croix d’argent.
— Au monastère de Makarief, dit le prince au cocher.
Arrivés là, nous trouvâmes les moines réunis dans la cour ; on déposa la boîte dans le caveau des princes Groubenski ; puis nous assistâmes à un service funèbre pour le repos de l’âme de la princesse Varvara.
Le même soir, le prince Danilo-Borisovitch, le dernier de la race des princes Groubenski, partit pour Saint-Pétersbourg, n’emmenant que moi seul, et donnant congé et liberté à tout le monde.
Trois ans après, il mourut, n’oubliant dans son testament ni moi ni Jacquot sans Oreilles.
Le bruit de notre mystérieux travail et de la démolition du pavillon rose se répandit rapidement dans le peuple. Comme on nous avait vus emporter du pavillon la boîte noire, on raconta que le prince y avait trouvé un coffre plein d’or et de pierreries ; pour accréditer cette croyance, le prince Danilo, à son retour à Saint-Pétersbourg, raconta lui-même que Jacquot sans Oreilles lui avait découvert une cachette dans laquelle le prince Alexis avait déposé quelques bijoux de famille. Tout le monde félicita le prince de cette heureuse trouvaille, et, comme nous avions reçu l’ordre, Jacquot sans Oreilles et moi, de faire le même conte, tout le monde y crut.
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