SCÈNE X
TOUS, groupés comme ci-dessus,
MEZZETIN, chantant.
Va ! sans nul autre souci
Que de conserver ta joie !
Fripe les jupes de soie
Et goûte les vers aussi.
La morale la meilleure,
En ce monde où les plus fous
Sont les plus sages de tous,
C’est encor d’oublier l’heure.
Il s’agit de n’être point
Mélancolique et morose.
La vie est-elle une chose
Grave et réelle à ce point ?
(La toile tombe.)
A Edmond Lepelletier.
Or ce vieillard était horrible : un de ses yeux,
Il était grand et maigre et jurait en toussant.
Fils d’un garçon de ferme et d’une lavandière,
Presque forcé pendant un an de se cacher,
Canonnade compacte et fusillade éparses,
Toutes ces gaîtés, tous ces faits d’armes et toutes
Les femmes cependant, sœurs, mères et cousines,
Et lui qui quelquefois voulait bien condescendre
Tel parlait et faisait le grognard précité
Parmi l’obscur champ de bataille
Agiles, les yeux verts, aux pattes
Un rauquement rien moins que tendre
— « Chair entaillée et sang qui coule,
« Mais aussi, soit dit sans reproche,
« Dès que, sans pitié ni relâches,
« Pressentant la guerre et la proie
« Quand ils apparurent ensuite
« Ils allaient fiers, les jeunes hommes,
Le fer terrible de leurs glaives
« Leurs cheveux que le vent fouette
« Ils chantaient des choses hautaines !
« Ils passèrent. Quand leur cohorte
« Longtemps, longtemps rasant la terre,
« Passant les fleuves à la nage
« Perdant à tout moment haleine…
« Là nous les guettâmes à l’aise,
« Et le bruit sec de nos dents blanches
« L’aurore éclate. Une fanfare
« Derrière les hautes futaies
« Le soleil qui monte commence
« C’est lui, c’est lui ! Le sol résonne
« Et les lances et les épées
« Sur ce, dans ses courroux épiques,
« Ah ! ce fut une chaude affaire :
« Le soir. — Silence et calme. A peine
« A peine, au lointain gris, le triste
« La nuit tombe. Voici la lune !
« Nous autres qu’un tel souci laisse
« Et nous avons de quoi repaître
« Or, sans plus perdre en phrases vaines
A Robert Caze.
Quand déjà pétillait et flambait le bûcher,
Et semblable aux agneaux que revend au boucher
« C’est mal, gentil Bâtard, doux Charles, bon Xaintrailles,
Et la Lorraine, au seul penser de cette injure,
A Léon Vanier.
Fauve avec des tons d’écarlate,
La nuit rêveuse, bleue et bonne,
La plaine brille au loin et fume.
Le bruit des choses réveillées
L’aspect vague du paysage
Illumine sa vitre et lance
Cependant, la lumière accrue
Proclamant l’heure froide et grise
Fait sortir des toits la fumée,
Tandis qu’un chœur de cloches dures,
A J.-K. Huysmans.
Il fait nuit dans la chambre étroite et froide où l’homme
Un seul lit, un bahut disloqué, quatre chaises,
L’homme, grand front, grands yeux pleins d’une sombre flamme,
Mais la Misère a mis sur eux sa main funeste,
Tous se sont attablés pour manger de la soupe
Les enfants sont petits et pâles, mais robustes
Non loin d’un vieux fusil rouillé qu’un clou supporte
Empilés dans le fond de la boiteuse armoire
Ils mangent cependant. L’homme, morne et farouche,
La femme pense à quelque ancienne compagne,
A Louis-Xavier de Ricard.
La Vie est triomphante et l’Idéal est mort,
Et nous que la déroute a fait survivre, hélas !
Nous allons, au hasard du soir et du chemin,
Ah ! puisque notre sort est bien complet, qu’enfin
Nous n’avons plus, à l’heure où tombera la nuit,
Une faible lueur palpite à l’horizon
De fauve l’Orient devient rose, et l’argent
Éclatant, le soleil surgit : c’est le matin !
O prodige ! en nos cœurs le frisson radieux
Allons, debout ! allons, allons ! debout, debout !
Les vaincus se sont dit dans la nuit de leurs geôles :
Dans nos têtes nos yeux rapides avec ordre
Légers, ils n’ont pas vu d’abord la faute immense
Ils nous ont enchaînés ! Mais les chaînes sont faites
Et de nouveau bataille ! Et victoire peut-être,
Car les morts, en dépit des vieux rêves mystiques,
La jument de Roland et Roland sont des mythes
Vous mourrez de nos mains, sachez-le, si la chance
Et la terre, depuis longtemps aride et maigre,
Et les chiens et les loups et les oiseaux de proie
A Jacques Madeleine.
Elle a fermé ses yeux divins de clématite
Alors un grand souci la prend d’être amoureuse.
Et sous le noir chagrin dont sanglote son âme,
A Georges Courteline.
Je suis l’Empire à la fin de la décadence,
L’âme seulette a mal au cœur d’un ennui dense.
O n’y vouloir, ô n’y pouvoir mourir un peu !
Seul, un poème un peu niais qu’on jette au feu,
Trois petits pâtés, ma chemise brûle.
Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule,
Que n’émigrons-nous vers les Palaiseaux.
Trois petits pâtés, un point et virgule ;
Vers Saint-Denis c’est bête et sale la campagne.
A Raoul Ponchon.
Brûle aux yeux des femmes
L’eau-de-vie est une
Qu’est-ce que ça fait ?
Notre sang le chante !
Te gifler souvent ?
Dans ce monde !
A ces pauvres gens :
Dans un élysée.
Qu’un coup du Destin
Chaque coup t’affine
Et tu vas frémir
Dans des gloires calmes,
Au milieu des pleurs,
Qui dort dans la pierre,
La chambre, as-tu gardé leurs spectres ridicules,
Ah fi ! Pourtant, chambre en garni qui te recules
Qu’on l’entende comme on voudra, ce n’est pas ça :
Seule, ô chambre qui fuis en cônes affligeants,
A Louis Dumoulin.
Le Point-du-Jour avec Paris au large,
On danse aussi, car tout est dans la marge
Le Point-du-Jour, mais c’est l’Ouest de Paris !
En attendant que sonne l’heure noire
A Jean Moréas.
Avec les yeux d’une tête de mort
Avec la voix d’un vieillard très cassé,
Avec les doigts d’un pendu déjà vert
« Vieux turlupin, je n’aime pas cela.
« Et quant au soin frivole, ô doux morveux,
Tu m’as, ces pâles jours d’automne blanc, fait mal
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