‹ Jadis et naguèreChapitre 9 sur 14 · SCÈNE VI

SCÈNE VI

LES PRÉCÉDENTS, ROSALINDE

ROSALINDE, survenant.

Qu’il vous faut, ô Chloris, c’est moi…Salut ! je suis

Alors, puisqu’il le faut décidément, depuis

Tous ces étonnements où notre cœur se joue,

A votre chariot la cinquième roue.

(A Myrtil.)

Je vous rends vos serments anciens et les nouveaux

Et les récents, les vrais aussi bien que les faux.

MYRTIL, au bras de Chloris et protestant comme par manière d’acquit.

Chère !

ROSALINDE

Chère !Vous n’avez pas besoin de vous défendre,

Car me voici l’amie intime de Sylvandre.

SYLVANDRE, ravi, surpris et léger.

O doux Charybde après un aimable Scylla !

Mais celle-ci va faire ainsi que celle-là

Sans doute, et toutes deux, adorables coquettes

Dont les caprices sont bel et bien des raquettes,

Joueront avec mon cœur, je le crains, au volant.

CHLORIS, à Sylvandre,

Fat !

ROSALINDE, au même.

Fat !Ingrat !

MYRTIL, au même.

Fat !Ingrat !Insolent !

SYLVANDRE, à Myrtil.

Fat !Ingrat !Insolent !Quand à cet « insolent »,

Ami cher, mes griefs sont au moins réciproques,

Et, s’il est vrai que nous te vexions, tu nous choques.

(A Rosalinde et à Chloris.)

Mesdames, je suis votre esclave à toutes deux,

Mais mon cœur qui se cabre aux chemins hasardeux

Est un méchant cheval réfractaire à la bride,

Qui devant tout péril connu s’enfuit, rapide,

A tous crins, s’allât-il rompre le col plus loin.

(A Rosalinde.)

Or, donc, si vous avez, Rosalinde, besoin

Pour un voyage au bleu pays des fantaisies

D’un franc coursier, gourmand de provendes choisies

Et quelque peu fringant, mais jamais rebuté,

Chevauchez à loisir ma bonne volonté.

MYRTIL

La déclaration est un tant soit peu roide,

Mais, bah ! chat échaudé craint l’eau, fût-elle froide,

(A Rosalinde)

N’est-ce pas, Rosalinde, et vous le savez bien,

Que ce chat-là surtout (sourtout), c’est moi.

ROSALINDE

Que ce chat-là surtout (sourtout), c’est moi.Je ne sais rien

MYRTIL

Et puisqu’un ce conflit où chacun se rebiffe

Chloris aussi veut bien m’avoir pour hippogriffe

De ses rêves devers la lune ou bien ailleurs,

Me voici tout bridé, couvert d’ailleurs de fleurs

Charmantes aux odeurs puissantes et divines

Dont je sentirai tôt ou tard les épines,

(A Chloris)

Madame, n’est-ce pas ?

CHLORIS

Madame, n’est-ce pas ?Taisez-vous et m’aimez.

Adieu, Sylvandre !

ROSALINDE

Adieu, Sylvandre !Adieu, Myrtil !

MYRTIL, à Rosalinde.

Adieu, Sylvandre !Adieu, Myrtil !Est-ce à jamais ?

SYLVANDRE, à Chloris.

C’est pour toujours !

ROSALINDE

C’est pour toujours !Adieu, Myrtil !

CHLORIS

C’est pour toujours !Adieu, Myrtil !Adieu, Sylvandre !

(Sortent Sylvandre et Rosalinde.)

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