‹ Jadis et naguèreChapitre 10 sur 14 · SCÈNE VII

SCÈNE VII

MYRTIL, CHLORIS

CHLORIS

C’est donc que vous avez de l’amour à revendre

Pour, le joug d’une amante irritée écarté,

Vous tourner aussitôt vers ma faible beauté ?

MYRTIL

Croyez-vous qu’elle soit à ce point offensée ?

CHLORIS

Qui ? ma beauté ?

MYRTIL

Qui ? ma beauté ?Non. L’autre…

CHLORIS

Qui ? ma beauté ?Non. L’autre…Ah ! — J’avais la pensée

Bien autre part, je vous l’avoue, et m’attendais

A quelque madrigal un peu compliqué, mais

Sans doute, vous voulez parler de Rosalinde

Et de courroux auquel son cœur crispé se guinde…

N’en doutez pas, elle est vexée horriblement.

MYRTIL

En êtes-vous bien sûre ?

CHLORIS

En êtes-vous bien sûre ?Ah ! çà, pour un amant

Tout récemment élu, sur sa chaude supplique

Encore ! et dans un tel concours mélancolique

Malgré qu’un tant soit peu plaisant d’événements,

Ne pouvez-vous pas mieux employer les moments

Premiers de nos premiers amours, ô cher Thésée,

Qu’à vous préoccuper d’Ariane laissée ?

— Mais taisons cela, quitte à plus tard en parler. —

Eh oui, là je vous jure, à ne vous rien céler,

Que Rosalinde éprise encor d’un infidèle,

Trépigne, peste, enrage, et sa rancœur est telle

Qu’elle m’en a pris mon Sylvandre de dépit.

MYRTIL

Et vous regrettez fort Sylvandre ?

CHLORIS

Et vous regrettez fort Sylvandre ?Mal lui prit,

Que je crois, de tomber sur votre ancienne amie ?

MYRTIL

Et pourquoi ?

CHLORIS

Et pourquoi ?Faux naïf ! je ne le dirai mie.

MYRTIL

Mais regrettez-vous fort Sylvandre ?

CHLORIS

Mais regrettez-vous fort Sylvandre ?M’aimez-vous,

Vous ?

MYRTIL

Vous ?Vos yeux sont si beaux, votre…

CHLORIS

Vous ?Vos yeux sont si beaux, votre…Êtes-vous jaloux

De Sylvandre ?

MYRTIL, très vivement

De Sylvandre ?O oui !

(Se reprenant.)

De Sylvandre ?O oui !Mais au passé, chère belle

CHLORIS

Allons, un tel aveu, bien que tardif, s’appelle

Une galanterie, et je l’admets ainsi

Donc vous m’aimez ?

MYRTIL, distrait, après un silence.

Donc vous m’aimez ?O oui !

CHLORIS

Donc vous m’aimez ?O oui !Quel amoureux transi

Vous seriez si d’ailleurs vous l’étiez de moi !

MYRTIL, même jeu que précédemment.

Vous seriez si d’ailleurs vous l’étiez de moi !Douce

Amie !

CHLORIS

Ah ! que c’est froid ! « Douce amie ! » Il vous trousse

Un compliment banal et prend un air vainqueur !

J’aurai longtemps vos « oui » de tantôt sur le cœur.

MYRTIL, indolemment.

Permettez…

CHLORIS

Permettez…Mais voici Rosalinde et Sylvandre.

MYRTIL, comme réveillé en sursaut.

Rosalinde !

CHLORIS

Rosalinde !Et Sylvandre. Et quel besoin de fendre

Ainsi l’air de vos bras en façon de moulin ?

Ils débusquent. Tournons vite le terre-plein

Et vidons, s’il vous plaît, ailleurs cette querelle.

(Ils sortent.)

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