VII
Dans quel but le jeune rossignol à la voix de lumière quittait-il son Ardenne forestière pour aller vers ce miroir à alouettes : Paris ? Il a pris soin de nous le clamer.
Quelques jours auparavant, il avait lu, dans le journal bonapartiste le Pays, un article de Paul de Cassagnac où se trouvait formulé cet appel aux armes : « Français de soixante-dix, bonapartistes, républicains, souvenez-vous de vos pères de quatre-vingt-douze ! » Il avait, après cette lecture, improvisé ce sonnet :
Morts de quatre-vingt-douze et de quatre-vingt-treize
Qui, pâles du baiser fort de la liberté,
Calmes, sous vos sabots brisiez le joug qui pèse
Sur l’âme et sur le front de toute humanité ;
Hommes extasiés et grands dans la tourmente,
Vous dont les cœurs sautaient d’amour sous les haillons,
Ô soldats que la Mort a semés, noble amante,
Pour les régénérer dans tous les vieux sillons ;
Vous dont le sang lavait toute grandeur salie,
Morts de Valmy, morts de Fleurus, morts d’Italie,
Ô million de Christs aux yeux sombres et doux,
Nous vous laissions dormir avec la République,
Nous, courbés sous les rois comme sous une trique
— Messieurs de Cassagnac nous reparlent de vous !
Puis, dans son enthousiasme républicain, il avait résolu de se rendre dans la ville sainte des révolutions, pour aider à la proclamation de la République.
Son arrivée à Paris, dans la nuit du 29 au 30 août, a été diversement racontée. À Charleville, était-il monté dans le train sans avoir pris de billet Avait-il, craignant i’indiscrétion d’un témoin de son départ, ou tout bonnement le bavardage de l’employée au guichet, pris son billet seulement pour Mohon, la première station après Charleville ? Nous pensions, hier, qu’avec le produit de la vente de ses livres de prix, s’élevant à une vingtaine de francs, coût à peu près, dans ce temps-là, du voyage jusqu’à Paris, il avait bien payé le parcours entier, mais que son émoi lui avait fait perdre en route le ticket justificateur ; et la preuve nous en paraissait résider dans ceci, qu’il arriva sans le sou dans la capitale. Aujourd’hui, une publication d’autographes de Rimbaud, publication illicite mais heureuse pour l’établissement de la vérité, vient mettre les choses au point. Et il faut croire, d’après la lettre à M. Izambard qu’on lira plus loin, que le fugitif n’avait pas tiré de la vente de sa clinquante librairie la somme suffisante pour payer le trajet jusqu’à Paris, puisqu’il se trouva, en descendant du train, redevable de treize francs envers la compagnie du chemin de fer.
Aussitôt sur le quai de la gare du Nord, comme il n’avait pas de ticket valable à présenter, il fut mis par les employés entre les mains de la police. Sa fierté native, son exaltation républicaine du moment lui firent prendre de haut la chose. On le traitait de « gamin », de « morveux ». Il répondit par des injures et des menaces révolutionnaires à l’adresse des représentants de l’autorité impériale. Ceux-ci l’arrêtèrent. Et c’est au dépôt de la Préfecture de police, parmi les mendiants, les vagabonds, les souteneurs et les voleurs, qu’il alla rêver à la chute de l’Empire.
L’examen de mystérieux papiers saisis sur lui, et qui n’étaient autres que ses vers, l’avait, en l’intelligence policière, à cause surérogatoire des actuelles préoccupations politiques, rendu suspect d’espionnage, d’affiliation à quelque secrète société de conspirateurs. Il ne voulait pas, en outre, ce méchant gamin d’accent on dirait tudesque, fournir des renseignements sur son état-civil et ses parents ; il n’avait point d’argent sur lui. On l’expédia à Mazas sous l’inculpation d’outrage aux agents, de vagabondage, etc… Et voici qu’après la geôle familiale et l’universitaire c’était, pour le frénétique aspirant à la liberté, l’écrou national ! Il eut tôt à méditer étroitement sur la qualité des contrats sociaux, ce poète.
Après quelques jours d’emprisonnement, la République venant d’être proclamée, il consent à livrer à la justice son nom et l’adresse de sa famille. Mais l’invasion, après la bataille de Sedan, a, depuis qu’il est arrêté, intercepté les communications de Paris avec l’Est. Il donne la référence de M. Izambard, à Douai. On abandonne les inculpations d’outrage aux agents et les autres ; on lui demande simplement, afin de faire tomber celle retenue de vagabondage, qu’il se fasse réclamer et obtienne qu’on rembourse la compagnie du chemin de fer. La fierté du prisonnier baisse, et il écrit au professeur de rhétorique cette lettre :
Paris, le 5 septembre 1870.
Ce que vous me conseilliez de ne pas faire, je l’ai fait je suis allé à Paris, quittant la maison maternelle J’ai fait ce tour le 2() août. Arrêté en descendant de wagon pour n’avoir pas un sou et devoir treize francs de chemin de fer, je fus conduit à la préfecture, et, aujourd’hui, j’attends mon jugement à Mazas Oh ! J’espère en vous comme en ma mère ; vous m’avez toujours été comme un frère : je vous demande instamment cette aide que vous m’offrîtes. J’ai écrit à ma mère, au procureur impérial, au commissaire de police de Charleville ; si vous ne recevez de moi aucune nouvelle mercredi, avant le train qui conduit de Douai à Paris, prenez ce train, venez ici me réclamer par lettre, ou en vous présentant au procureur, en priant, en répondant de moi, en payant ma dette ! Faites tout ce que vous pourrez, et, quand vous recevrez cette lettre, écrivez, vous aussi, je vous l’ordonne, oui, écrivez à ma pauvre mère (quai de la Madeleine, 5, Charleville) pour la consoler ; écrivez-moi aussi : faites tout ! Je vous aime comme un frère, je vous aimerai comme un père. Je vous serre la main. Votre pauvre
Arthur Rimbaud,
Mazas.
Et si vous parvenez à me libérer, vous m’emmènerez à Douai avec [vous].
De son côté, le directeur de Mazas écrivait à M. Izambard pour fournir un supplément d’indications et appuyer la demande. « Et — écrira plus tard, dans un journal, l’ex-professeur — c’est à moi qu’on l’expédia, me laissant l’ingrate mission de lui faire réintégrer le giron maternels. ».
« Ce qu’il y fut reçu dans le giron, l’enfant prodigue ! — poursuit le plaisantin. — Et moi donc ! Moi qui, terre-neuve naïf, avais fait tout exprès le voyage avec lui pour faciliter les expansions… Très au vinaigre, à son habitude, la maman Rimbaud flanqua comme de juste une pile monstre à son petit prodige de fils et m’admonesta pour mon compte en termes si âpres que j’en restai d’abord tout ébervigé et bientôt m’enfuis sous l’averse. »
C’est que cette mère, ô écrivain mal humoristique, avait réfléchi aux causes du changement de caractère de son fils. Elle voyait en vous, à présent, l’imprudent conseiller. Si son indignation de femme nerveuse, devant le bouleversement moral chez son enfant, vous admonesta en termes violents, avouez, maintenant que, père de famille, vous avez plus d’expérience et la conscience mieux assise, avouez la légitimité de sa colère envers vous ; avouez aussi votre tort, votre faute d’avoir, par ces propos journalistiques, nié le devoir, vous incombant strictement, de ramener cet enfant de quinze ans au giron maternel, dont votre inconsciente propagande avait évidemment aidé à le sortir. Il faut dire du vrai le vrai. Certes, Madame Rimbaud n’était pas de complexion à jouer les pères d’enfant prodigue. Cette fois, d’ailleurs, l’escapade de son fils n’avait aucun rapport avec les faits de la parabole évangélique. Peut-être, pendant l’absence d’Arthur, s’était-elle reproché de n’avoir pas été encore assez sévère envers lui. De plus, toute sa Serté, toute sa probité se dressaient contre des idées considérées par sa morale aristocratique comme malfaisantes. Sous son orgueilleuse volonté, il y avait, à la vérité, de profondes tendresses cordiales : son fils le sentait bien ; mais elle employait à les voiler une farouche pudeur. Et tenez, M. Izambard, en voulant vous élever contre ces explications, vous apportez la preuve de leur justesse par la publication de ce billet à vous adressé et dont toutes vos tournures, toutes vos appréciations injurieuses ne sauraient, pour qui sait lire, abolir l’éloquence :
Charleville, 24 septembre 1870.
Je suis très inquiète, et je ne comprends pas cette absence prolongée d’Arthur. Il a cependant dû comprendre, par ma lettre du 17, qu’il ne devait pas rester un jour de plus à Douai ; d’un autre côté, la police fait des démarches pour savoir où il est passé, et je crains bien qu’avant le reçu de cette présente ce petit drôle se fasse arrêter une seconde fois ; mais il n’aurait pas besoin de revenir, car je jure bien que de ma vie je ne le recevrais plus. Est-il possible de comprendre la sottise de cet enfant, lui si sage et si tranquille ordinairement ? Comment une telle folie a-t-elle pu venir à son esprit ? Quelqu’un l’y aurait-il soufflée ? Mais non, je ne dois pas le croire. On est injuste aussi, quand on est malheureux. Soyez donc assez bon pour lui avancer dix francs, et chassez-le, qu’il revienne vite Je sors du bureau de poste, où l’on m’a encore refusé un mandat, la ligne n’étant pas ouverte jusqu’à Douai. Que faire ? Je suis bien en peine. Que Dieu ne punisse pas la folie de ce malheureux, comme il le mérite.
J’ai l’honneur, monsieur, de vous présenter mes respects.
Ep. Rimbaud.
Il résulta de cette première escapade ce qui devait en résulter, étant donné le caractère impératif de Madame Rimbaud. La discipline se resserra davantage à la maison. Tant et si bien que, une semaine à peine s’écoulant, Arthur, dont la conscience, en dépit de la leçon de Mazas, se sentait mûre pour l’indépendance, s’enfuyait de nouveau, sans un sou et à pied, cette fois.
Il avait eu comme condisciple, au collège de Charleville, le fils du directeur du Journal de Charleroi, M. des Essarts. L’espoir naïf de devenir rédacteur à cette feuille le conduit. Il descend la grandiose et farouche vallée de la Meuse, et il arrive à Fumay. Là, il voit un camarade, Billuart, à qui il fait part de son dessein et de son impécuniosité. Billuart, effaré, mais solidaire, le nantit de chocolat et d’une recommandation près d’un sergent de mobiles, en garnison à Givet.
Arrivé, sur le soir, dans cette ville-frontière, Rimbaud ne trouve pas à la caserne le militaire, de garde ce jour-là. Harassé par la longue étape, il se couche en sa place, dans le lit de troupe. Puis, le lendemain matin, avant la diane, sans rencontrer d’obstacle, il quitte la caserne, et, ventre vide, pédestrement toujours, il franchit la frontière et se dirige vers Charleroi. Trop impatient pour attendre la descente de garde, afin de parer à tout soupçon, il a laissé dans la chambre du sergent de mobiles la recommandation de l’ami Billuart.
Dès son arrivée à Charleroi, il va droit se présenter au directeur du journal. M. des Essarts, surpris, le reçoit vaguement et, de même, le congédie. « Le soir — écrira, le lendemain, l’éconduit à Billuart — j’ai soupé en humant l’odeur des soupiraux, d’où s’exhalaient les fumets des viandes et des volailles rôties des bonnes cuisines de Charleroi, puis en allant grignoter au clair de lune une tablette du chocolat fumacien. » Il passa même la nuit à la belle étoile, pour, dès le matin, aller derechef se présenter chez le directeur du journal : car, encore que l’épithète de « jûne » homme avec laquelle on l’a une première fois accueilli le fasse sourciller, il n’a pas perdu tout espoir, et puis on lui doit une réponse ferme… Il l’obtint, en effet, cette réponse, à la fin. Elle fut négative. Y entendit-il et comprit-il que l’instruction et le bon style sont superfluités en journalisme, de même que les courageuses et libres idées ? Pas encore, peut-être.
Sans ressources aucunes et encore une fois déçu, le voici à l’abandon sur le pavé d’une ville étrangère. C’est la misère absolue. Il ne reculera pas. Mieux la faim avec la liberté, par les routes, que le nutritif esclavage natal ! Et il quitte Charleroi. Des jours, des jours, il chemine ensuite à travers le Hainaut. Son énergie, son endurance sont incroyables. Il va, il va, mangeant n’importe quoi, dormant n’importe où, douloureux, mais non triste. Et, quoiqu’il doive s’écrier plus tard :
Ah, cette vie de mon enfance, la grande route par tous les temps, sobre surnaturellement, plus désintéressé que le meilleur des mendiants, fier de n’a voir ni pays ni amis, quelle sottise c’était !…
aujourd’hui il se passionne à l’apprentissage de l’aventure ; il aime cette vie, et, dans quelques jours, il la chantera ainsi gaiement :
MA BOHÊME
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées !
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse, et j’étais ton féal.
Oh là là, que d’amours splendides j’ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou ;
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur,
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied contre mon cœur !
Pourtant, il se replie vers Douai et va frapper à la porte de M. Izambard.
Le professeur ne se trouvait pas là. Il était parti en excursion dans l’Est français envahi. Rimbaud, exténué et famélique, accepte — on l’y invitait — d’attendre le retour de son « ami ». Et, pour tromper l’attente aussi bien que pour laisser un gage, il se met à rimer ses impressions de route : Rêvé pour l’Hiver, Au Cabaret vert, la Maline, l’Éclatante victoire de Sarrebruck, le Dormeur du Val, le Buffet.
Entre sa sortie de Mazas et sa fuite en Belgique, il avait composé, soit à Douai, soit à Charleville, Roman et ce joli chef-d’œuvre :
LES EFFARÉS
Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s’allume,
Leurs culs en rond,
À genoux, les petits — misère ! —
Regardent le boulanger faire
Le lourd pain blond.
Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise et qui l’enfourne
Dans un trou clair.
Ils écoutent le bon pain cuire.
Le boulanger au gros sourire
Chante un vieil air.
Ils sont blottis, pas un ne bouge
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.
Quand pour quelque médianoche,
Façonné comme une brioche,
On sort le pain,
Quand sous les poutres enfumées
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,
Que ce trou chaud souffle la vie,
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,
Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres Jésus pleins de givre,
Qu’ils sont là tous
Collant leurs petits museaux roses
Au treillage, grognant des choses
Entre les trous,
Tout bêtes, faisant leurs prières
Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,
Si fort qu’ils crèvent leur culotte
Et que leur chemise tremblotte
Au vent d’hiver.
L’inspiration du poète s’humanise. Il va avoir seize ans. Ses sens s’éveillent ; et, comme ils sont riches de vibrations et très délicats, oubliant la ferveur de républicanisme qui l’a victimé, il les écoute avec joie. La nature, qu’il vient de parcourir en vagabond, l’a, par cet automne, grisé. Son âme, dans cette ivresse, lui paraît plus intéressante que les débats politiques. Il la raconte avec ingénuité, mais non sans orner cette ingénuité d’un ton goguenard et pince-sans-rire, non sans l’accentuer de cette amertume d’un déchirement si spécial qu’on trouvera désormais dans ses œuvres, témoin ce sonnet inédit communiqué par un averti bibliophile, M. Louis Barthou :
LES DOUANIERS
Ceux qui disent : Cré Nom, ceux qui disent macache,
Soldats, marins, débris d’Empire, retraités
Sont nuls, très nuls devant les soldats des traités
Qui tailladent l’azur frontière à grands coups d’hache.
Pipe aux dents, lame en main, profonds, pas embêtés,
Quand l’ombre bave au bois comme un mufle de vache,
Ils s’en vont, amenant leurs dogues à l’attache,
Exercer nuitamment leurs terribles gaietés !
Ils signalent aux lois modernes les faunesses,
Ils empoignent les Fausts et les Diavolos
« Pas de ça, les anciens ! Déposez les ballots ! »
— Quand sa sérénité s’approche des jeunesses,
Le Douanier se tient aux appas contrôles.
Enfer aux Délinquants que sa paume a frôlés !
Lorsque M. Izambard, retour de son excursion patriotique, rentra à Douai, il trouva chez ses tantes, où il habitait, son éiève attablé à écrire des vers. Cela ne le surprit point trop, car, passant par Charleville, il avait été mis en possession du double d’une lettre de Madame Rimbaud « annonçant » qu’Arthur s’était de nouveau enfui.
Dans sa lettre, la mère éplorée « voulait bien admettre cette fois — dira le pédagogue — que je n’y étais pour rien, et m’adjurait de faire le possible pour le retrouver… Mais comme, en dépit de ses vers, je ne me souciais pas d’encourir une fois de plus les malédictions de la chère maman, j’écrivis à celle-ci qu’elle eût à aviser, et le commissaire de police fut chargé par elle, pour éviter les frais, de le ramener à Charleville, de brigade en brigade. C’est dur à conquérir, indépendance. »
Tout au moins dans la dernière partie de cette « humoristique » tirade, M. Izambard se trompe. Voici les faits :
Au reçu de la réponse du professeur de rhétorique, Madame Rimbaud, craignant l’interception des objets postaux par les envahisseurs allemands, avait, en surcroît de précaution, dans la crainte qu’il arrivât de nouveau malheur honteux à son fils, couru à Bouillon, ville belge de la frontière, et y avait déposé, à la poste, l’argent nécessaire au voyage de Douai à Charleville. La lettre contenant le mandat ne fut-elle pas mise en route ? Arthur était-il parti de Douai, lorsque le pli y arriva ? Toujours est-il que, à quelque temps de là, l’expéditrice reçut de Bouillon avis d’avoir à venir se faire rembourser le mandat-poste. Le transfuge était déjà rentré à la maison. Il y avait été, dit M. Izambard, ramené administrativement. Or, il est impossible que cette mère, si « fière pour elle » de son enfant, ait jamais voulu, au fond, employer pour le récupérer des procédés dont elle aurait eu elle-même à rougir ; il est peu vraisemblable, d’autre part, qu’Arthur, à ce moment, soit allé se reposer sur la gendarmerie du soin de le reconduire à Charleville. Alors ?… À moins que la police, à laquelle, dans son désespoir de ne pas recevoir du professeur absent de Douai réponse à sa lettre, Madame Rimbaud s’était peut-être adressée pour rechercher le fugitif, n’ait cru devoir prendre sur soi de le ramener. En tout cas, nous savons qu’à Douai les tantes de M. Izambard s’impatientaient du séjour prolongé d’un hôte n’ayant, dans son extérieur, rien d’un dandy.