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Chapitre 15

Marthe, rieuse, entrait.
— V’là la gosse qui vient vous faire ses adieux.
Le sang afflua au cœur de Jacques, dont le visage soudain s’altéra.
Lily Scorrer entra.

Henri d’Hervais s’effaça sur le seuil de la porte pour la laisser passer. II eut ainsi le temps de la voir mieux qu’il n’avait pu jusqu’ici.

— C’est fabuleux comme ressemblance, pensa-t-il.

Mais son esprit ne supposa pas une seconde la curieuse supercherie d’Elly. Il salua la jeune nurse et partit.

Jacques regardait la jeune fille. Elle lui semblait plus étrangère.

— Asseyez-vous, Miss Scorrer.

C’était la première fois qu’il lui donnait ce nom et il pensait mettre ainsi une petite distance entre eux.

— Je suis venue vous dire adieu, monsieur de Touzan, parce que mademoiselle Gordon-Hope m’a priée de le faire.

— Vous m’avez écrit une lettre cruelle,

— Oh ! non, je vous ai dit dans quelques lignes l’espoir qu’avait éveillé votre aveu, et ma désespérance quand après vous avoir demandé : « Que voulez-vous faire de moi ? » vous êtes resté silencieux. Alors j’ai compris que de vos deux amours, il ne vous en restait plus qu’un et que je n’étais plus rien dans celui-là.

Jacques s’était levé. Il alla vers la jeune fille.

— Écoutez-moi, Lily, et comprenez-moi bien. Je conserve pour vous une infinie tendresse, car je vous dois la première impression d’amour pur. C’est vous aussi que j’aime dans cette jeune étrangère qui, semblable à vous, m’inspire cependant un amour plus humain.

Le cœur d’Elly palpitait, et pour cacher son émotion, elle rendit Lily agressive.

— Puis, vous auriez eu à rougir de moi.

— Ne me prêtez aucun sentiment bas. J’ai pensé très sérieusement à faire de vous ma femme, et mademoiselle Gordon-Hope sait quelle insistance j’ai mise à vous chercher. Puis, vous êtes entrée davantage en moi sous les traits de votre Sosie, son charme personnel a achevé votre œuvre. Cependant, je me reconnais coupable envers vous, et je vous demande, comme une grâce de me permettre de réparer par mon amitié, ma sollicitude, une partie du mal que je vous ai causé.

Elly perdait de plus en plus contenance, et la crainte de se trahir fit perdre toute mesure à la petite nurse.

— Vous ne pouvez rien pour moi. Je suis venue vous dire adieu pour toujours. Adieu monsieur de Touzan.

Jacques lui barra la porte.

— Où allez-vous ?

— D’où je suis sortie ; dans l’ombre et la misère.

Jacques tremblait d’émotion. Son âme loyale se révoltait à l’idée du mal qu’il croyait avoir fait ; son esprit d’équilibre et de justice se souleva contre lui-même.

— Si vous sortez d’ici sans accepter mes offres, je vous donne ma parole d’honneur que ce soir même je partirai, après avoir écrit à mademoiselle Gordon-Hope toute la vérité. L’assurance que notre bonheur écraserait un pauvre petit être sans défense, anéantirait à tout jamais ce bonheur. S’il vous plaît de briser trois existences, partez !

— Je reviendrai dans une heure, pensa la jeune Américaine et je lui avouerai tout.

Et elle franchit la porte. Mais le bruit d’un sanglot la cloua sur place. Elle regarda : Jacques, retombé dans un fauteuil, sanglotait comme un enfant, murmurant : Elly ! Elly !

Alors, affolée, repentante, la jeune fille se précipita vers lui, et tombant à ses genoux :

— Jacques, Jacques, pardonnez-moi. Je ne suis qu’une enfant ! J’ai joué avec le feu. Pardonnez-moi, ne pleurez pas, c’est trop douloureux à voir.

Alors, le jeune homme relevant son visage pâle :

— Alors, dites, Lily, dites que…

Mais, défaisant fiévreusement les épingles qui retenaient la lourde chevelure brune :

— Ce n’est pas Lily qui te demande pardon. Regarde.

Et sa chevelure, dorée comme un soleil, éclaira en une seconde l’énigmatique aventure.

— Elly ! Elly ! C’est toi, folle adorée, qui depuis si longtemps m’affoles et me tortures.

Il avait plongé ses mains dans toute cette lumière blonde.

Un frisson s’empara de lui.

— Ah ! « Joli Sosie », que je t’aime !

La jeune fille, éperdue, ferma les yeux, sa tête charmante s’abandonna… leurs lèvres s’unirent pour la communion de l’amour.

†

Deux mois après, le mariage de Jacques de Touzan et de mademoiselle Gordon-Hope, était célébré dans l’église Saint-Honoré d’Eylau. La chronique mondaine, après avoir énuméré les nombreux et illustres personnages présents à la cérémonie, ajoutait :

— On a beaucoup remarqué la jeune mère de la charmante mariée, madame veuve Gordon-Hope, la milliardaire américaine, devenue depuis un mois, la femme du comte Gennaro di Campini ; elle était gracieusement emprisonnée dans un fourreau de satin gris, brodé de très petites perles blanches, un long renard argenté et une petite capote garnie de roses pâles. La comtesse semblait être la sœur de la jeune épousée. Parmi les garçons d’honneur on admirait un jeune homme de dix-sept ans, d’une beauté extraordinaire. Chacun se demandait quel était cet éphèbe, que personne ne connaissait. Ce jeune homme se nommait Julia Torelli, un jeune artiste, digne descendant de Benvenuto Cellini, découvert par la riche Américaine, dans une humble famille d’artisans.

Sa bienfaitrice l’a confié à notre plus grand sculpteur et ce dernier affirme que les poteries sorties des mains de ce jouvenceau, sont modelées et peintes par un artiste que le génie a touché de son aile.

Elly et Jacques de Touzan partirent le soir même du mariage. Ils allèrent à Nice, d’où ils devaient s’embarquer sur un yacht magnifique que la comtesse di Campani avait offert à son gendre.

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Une édition

Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.

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