IV.
Il faut ici l'avouer: non-seulement le décret ne prévient pas tous les inconvéniens du côté du roi, mais il laisse encore à craindre, du côté du corps législatif, tous ceux qui sont inséparables de l'exercice d'un tel pouvoir.
L'impulsion populaire peut encore dominer et mouvoir dangereusement l'Assemblée; l'antipathie nationale[1], au lieu de l'utilité nationale, peuvent lui dicter une décision funeste.
[1] Mon père sortirait du tombeau, disoit un Espagnol, s'il prévoyoit une guerre avec la France. Voilà l'antipathie nationale que le machiavélisme des gouvernemens a toujours soigneusement nourrie. Jusqu'à ce que les peuples soient également libres et éclairés, le gouvernement qui voudra la guerre, aura des moyens sûrs d'exciter ces préventions hostiles.
De plus, ce surcroît de pouvoir attribué à la législature ordinaire, peut encore l'entraîner à étendre son influence, à envahir des portions du pouvoir constituant.
Enfin, il n'est pas moins vrai que la législature peut facilement, dans l'exercice de ce droit, devenir suspecte à la nation, et compromettre la popularité qui fait sa force, le crédit de ses décrets et la tranquillité de l'Etat. Quand il s'agira de conclure un traité de paix, d'alliance, de commerce, même de décider une guerre auxiliaire, la puissance contractante pourra par la corruption influencer en sa faveur la délibération des représentans. On nous dénoncera dans l'Assemblée le parti Anglois, le parti Espagnol[2], et ces dénonciations seront plus vraisemblables que celles qu'on multiplie aujourd'hui si ridiculement.
[2] Ces considérations semblent s'opposer à la prolongation des séances du corps législatif pendant la guerre, et décider la question ajournée. La présence d'un corps si puissant, qui recevroit et rendrait sans cesse les impulsions variables de l'esprit populaire, pourroit inquiéter dangereusement les opérations exécutives, gêner la conduite et nuire au succès de la guerre.