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Chapitre 1

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26 JUIN 1790. Nº. IV.

JOURNAL DE LA SOCIÉTÉ DE 1789.

Nicolas de Condorcet Pierre Samuel du Pont, député du bailliage de Nemours M. de Klinglin, lieutenant de roi.

On s'abonne pour ce Journal, dont il paroît un Numéro chaque semaine.

A la Société de 1789, Nº. 105. } Chez le Rédacteur, Nº. 59. } Chez Dessenne, } } au Palais-Royal. Mad. Vaufleury,} Libraires, } Denné, } }

Chez Lejay fils, rue de l'Echelle Saint-Honoré.

Et chez tous les Directeurs des Postes, ainsi que chez les principaux Libraires du royaume et de l'étranger.

Le prix de la souscription est de 24 liv. par an pour Paris, et de 27 liv. pour la province. Franc de port.

ART SOCIAL.

AVERTISSEMENT PRÉLIMINAIRE.

LA Société de 1789, en arrêtant que le mémoire suivant, lu par M. du Pont, l'un de ses membres, dans la séance du 20 de ce mois, seroit imprimé dans son journal, n'a point prétendu énoncer une opinion, mais seulement inviter à la discussion sur un objet dont il est impossible de se dissimuler l'importance et la difficulté.

Le pacte connu sous le nom de pacte de famille, peut-il être ratifié par une nation libre, par une nation qui connoît les droits naturels de l'homme, et qui veut les défendre?

Une nation qui a déclaré qu'elle prend la justice pour l'unique base de sa politique extérieure comme de ses loix, peut-elle faire la guerre pour soutenir un privilège exclusif, fondé sur une bulle d'Alexandre VI?

Dans le cas où il seroit utile à la France de rester unie avec la nation Espagnole, ne devroit-elle pas attendre que l'on attaquât les droits de l'Espagne, et non ses prétentions?

La France ne doit-elle pas, avant de se déclarer pour l'Espagne, juger si les propositions qui lui sont faites par l'Angleterre, sont raisonnables ou tyranniques? Avant de proposer un désarmement à l'Angleterre, ne doit-elle pas se mettre à portée de lui garantir le consentement de l'Espagne aux propositions regardées comme justes par la France?

Doit-on prendre un parti à l'égard de l'Angleterre, sans connoître les véritables intentions de l'Espagne? sans être assuré des dispositions du roi de Hongrie, de l'impératrice de Russie, sans avoir pénétré les projets du roi de Prusse, ceux mêmes du roi de Suède?

La ligue de la France, de l'Espagne, de Naples, du roi de Hongrie, de la Russie et du Danemarck, a-t-elle assez de prépondérance sur celle de l'Angleterre, de la Hollande, de la Suède, du roi de Prusse, de la Pologne et des Turcs, pour espérer de contenir par cette réunion l'ambition de l'Angleterre?

L'existence du roi de Suède et du Stathouder, la souveraineté de Pitt, ne seroient-elles pas cruellement compromises par le moindre revers?

Les parleurs et les écrivains payés par le ministère Anglois, effrayés de la liaison de nos patriotes éclairés avec les Stanhope, les Price, avec les autres véritables amis de la liberté angloise, ne méritent sans doute que le mépris; mais ne peut-on pas se tromper en faisant le contraire de ce qu'ils veulent? Il est impossible de ne pas croire au projet formé par le ministère Anglois de troubler l'Europe; il est impossible de ne pas le regarder comme l'ennemi de la liberté de tous les peuples, et surtout de la liberté angloise, de ne pas abhorrer son avide et hypocrite machiavélisme. Mais parce qu'il veut entraîner sa nation dans la guerre, s'ensuit-il que nous devions seconder ses projets?

Les guerres d'un peuple libre peuvent-elles réussir si elles ne sont pas populaires? Ne vaut-il pas mieux attendre pour faire la guerre que la nation soit bien convaincue des perfides projets du ministère Britannique? Que les agens qu'il peut avoir au milieu de nous soient bien connus? Que cette haine puérile pour l'Espagne, cette imbécille confiance dans les bonnes intentions des ministres Anglois, ne puisse plus influer en France, je ne dis pas sur l'opinion publique, mais sur l'opinion populaire?

Telles sont les questions qu'il faut agiter, le mémoire de M. du Pont inspirera sans doute le désir de les résoudre.

CONSIDÉRATIONS

Sur la position politique de la France, de l'Angleterre et de l'Espagne.

Par M. DU PONT, député du bailliage de Nemours à l'Assemblée Nationale.

AVERTISSEMENT

DE L'AUTEUR.

J'ignore si ce seroit à la tribune de l'Assemblée Nationale qu'il faudroit exposer les vérités que renfermera cet écrit.

L'Assemblée peut croire que les premières résolutions à prendre à leur sujet, sont dans la classe de celles qui ont été constitutionnellement confiées aux soins du gouvernement, et qu'elle n'est obligée de s'en occuper que sur les propositions que le roi pourroit lui faire. Quoique l'objet de la délibération fût très-important, il est donc vraisemblable qu'on trouveroit qu'il n'y a pas lieu à délibérer.

J'ignore si ce seroit au roi et à ses ministres que je devrois adresser mes réflexions.

Il est très-délicat pour un membre du corps législatif de donner des mémoires au ministère. Je le ferois dans les intentions les plus pures; et je trouverois des hommes charitables qui, jugeant de mon ame par la leur, calomnieroient mes intentions.

Ce que je sais est, qu'il s'agit de la dignité, de la sûreté, de la puissance et de l'existence de ma patrie.

Ce sera donc à tous mes concitoyens que je parlerai; et ceux d'entr'eux qui croiront devoir et pouvoir influer sur son salut y influeront.

Le tems de la politique mystérieuse est passé; celui de la politique franche, raisonnable et ferme, qui ne cache aucun motif de ses déterminations, qui démasque ouvertement les combinaisons de ses adversaires, et qui leur montre loyalement l'intention et les moyens qu'elle a d'y mettre obstacle: ce tems heureux est enfin venu.

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