‹ Journal d’un voyageur pendant la guerreChapitre 107 sur 114 · Vendredi 3 février.

Vendredi 3 février.

Le mal augmente. La menace se dessine. Le ministre de Bordeaux décrète de son chef des incompatibilités que la République ne doit pas connaître. Il exclut non seulement de l’éligibilité les membres de toutes les familles déchues du trône, mais encore les anciens candidats officiels, les anciens préfets de l’Empire, auxquels, par une logique d’un nouveau genre, il substitue les siens. On ne pourra pas élire les préfets d’il y a six mois ; en revanche, on pourra élire les préfets actuellement en fonctions ! C’est le coup d’État de la folie ; il y a des gens pour l’admirer et en accepter les conséquences. – Que fait donc le gouvernement de Paris, qui, on le sait, ne veut pas accepter cette modification à la première, à la plus sacrée des lois républicaines ? L’ennemi l’empêche-t-il de communiquer avec la délégation ? Ce serait de la part de M. de Bismarck une nouvelle et sanglante perfidie que de vouloir outrager et avilir le suffrage universel.

Beaucoup de préfets n’oseront pas, j’espère, afficher l’outrage au peuple sur les murs des villes. Ce serait le signal de grands désordres. Les maires ne l’oseront pas dans les campagnes. Dieu nous préserve des colères de la réaction, si stupidement provoquées et si cruellement aveugles quand elles prennent leur revanche ! Que la soupape de sûreté s’ouvre vite, que le gouvernement de Paris répare la faute de son ex-collègue, et que le peuple vote librement ! Tout est perdu sans cela. Une guerre civile, et c’est maintenant que la paix avec l’étranger devient à jamais honteuse pour la France.

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