7 octobre.
Promenade à Chissac, c’est le domaine de Sigismond, dans un pays charmant. Prés, collines et torrents. La face du mont Barlot, opposée à celle que nous voyons de Boussac, ferme l’horizon. Nous suivons les déchirures d’un petit torrent perdu sous les arbres, et nous faisons une bonne pause sous des noyers couverts de mésanges affairées et jaseuses que nous ne dérangeons pas de leurs occupations. Ce serait un jour de bonheur, si l’on pouvait être heureux à présent. Est-ce qu’on le sera encore ? Il me semble qu’on ne le sera plus ; on aura perdu trop d’enfants, trop d’amis ! – Et puis on s’aperçoit qu’on pense à tout le monde comme à soi-même, que tout nous est famille dans cette pauvre France désolée et brisée !
Les nouvelles sont meilleures ce soir. Le Midi s’apaise, et sur le théâtre de la guerre on agit, on se défend. Et puis le temps a changé, les idées sont moins sombres. J’ai vu, à coup sûr, de la pluie pour demain dans les nuages, que j’arrive à très bien connaître dans cette immensité de ciel déployée autour de nous. L’air était souple et doux tantôt ; à présent, un vent furieux s’élève : c’est le vent d’ouest. Il nous détend et nous porte à l’espérance.
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