‹ Journal d’un voyageur pendant la guerreChapitre 21 sur 114 · 6 octobre

6 octobre

A force d’être poète à Boussac, on est très menteur ; on vient nous dire ce matin que la peste noire est dans la ville, la variole purpurale, celle qui nous a fait quitter Nohant. On s’informe ; la nouvelle fait des petits. Il y a des cadavres exposés devant toutes les portes ; c’est là, – à deux pas, vous verrez bien ! – Maurice ne voit rien, mais il s’inquiète pour nous et veut partir. Comme nous comptions partir en effet dimanche, je consens, et je reboucle ma malle ; mais Sigismond nous traite de fous, il interroge le maire et le médecin. Personne n’est mort depuis huit jours, et aucun cas de variole ne s’est manifesté. Je défais ma malle, et j’apprends une autre nouvelle tout aussi vraie, mais plus jolie. La nuit dernière, trois revenants, toujours trois, sont venus chanter sur le petit pont de planches qui est juste au-dessous de ma fenêtre, et que je distingue très bien par une éclaircie des arbres ; ils ont même fait entendre, assure-t-on, une très belle musique. Et moi qui n’ai rien vu, rien entendu ! J’ai dormi comme une brute, au lieu de contempler une scène de sabbat par un si beau clair de lune, et dans un site si bien fait pour attirer les ombres !

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