‹ Journal d’un voyageur pendant la guerreChapitre 91 sur 114 · 17 janvier.

17 janvier.

Notre ami Girord, préfet de Nevers, est destitué pour n’avoir pas approuvé la dissolution des conseils généraux. Il avait demandé au conseil de son département un concours qui lui a été donné par les hommes de toute opinion avec un patriotisme inépuisable. Il n’a pas compris pourquoi il fallait faire un outrage public à des gens si dévoués et si confiants. On lui a envoyé sa destitution par télégramme. Il a répondu par télégramme avec beaucoup de douceur et d’esprit :

— Mille remerciements !

Il n’a pas fait d’autre bruit, mais l’opinion lui tiendra compte de la dignité de sa conduite ; ces mesures révolutionnaires sont bien intempestives, et dans l’espèce parfaitement injustes. La délégation est malade, elle entre dans la phase de la méfiance.

Dégel, vent et pluie. Tous les arbustes d’ornement sont gelés. Les blés, si beaux naguère, ont l’air d’être perdus. Encore cela ? Pauvre paysan, pauvres nous tous !

Nous avons des nouvelles du camp de Nevers, qui a coûté tant de travail et d’argent. Il n’a qu’un défaut, c’est qu’il n’existe pas. Comme celui d’Orléans, il était dans une situation impossible. On en fait un nouveau, on dépense, encore vingt-cinq millions pour acheter un terrain, le plus cher et le plus productif du pays. Le général, l’état-major, les médecins sont là, logés dans les châteaux du pays ; mais il n’y a pas de soldats, ou il y en a si peu qu’on se demande à quoi sert ce camp. Les officiers sont dévorés d’ennui et d’impatience. Il y a tantôt trois mois que cela dure.

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