‹ Jules CésarChapitre 11 sur 22 · ACTE IV · Scène première.

ACTE IV · Scène première.

Rome. — Un appartement dans la demeure d’Antoine.

ANTOINE, OCTAVE et LÉPIDUS sont assis autour d’une table.

Antoine. — Donc tous ceux-là mourront ; leurs noms sont marqués.

Octave. — Votre frère aussi doit mourir ; y consentez-vous, Lépidus ?

Lépidus. — J’y consens…

Octave. — Marquez-le, Antoine.

Lépidus. — Mais c’est à condition que Publius, qui est le fils de votre sœur, ne vivra pas, Marc Antoine.

Antoine. — Il ne vivra pas ; voyez quel gros pâté je fais pour le condamner. Mais, Lépidus, rendez-vous à la maison de César ; portez-y le testament, et nous verrons à décider ce que nous pourrons rogner dans les legs qu’il nous a laissés à charge.

Lépidus. — Mais vous retrouverai-je ici ?

Octave. — Ou ici, ou au Capitole. (Sort Lépidus.)

Antoine. — C’est un homme médiocre, sans mérite aucun, bon pour faire les commissions : est-il convenable que, le monde une fois divisé en trois parts, il soit un des trois qui bénéficieront de ce partage ?

Octave. — Vous l’en avez jugé digne vous-même, et vous avez pris sa voix pour savoir qui serait marqué de mort dans nos sinistres listes de proscription.

Antoine. — Octave, j’ai vu plus de jours que vous, et bien que nous entassions ces honneurs sur cet homme afin de nous éviter certains fardeaux déshonorants, cependant il ne doit les porter que comme l’âne porte l’or, pour suer et gémir sous sa charge, pour être conduit et poussé, selon la route que nous voudrons qu’il suive : une fois que nous aurons conduit notre trésor où nous le désirons, alors nous le débarrasserons de son fardeau et nous le renverrons comme l’âne à vide secouer ses oreilles et paître dans les terrains communaux.

Octave. — Faites comme il vous plaira ; mais c’est un soldat éprouvé et vaillant.

Antoine. — C’est ce qu’est aussi mon cheval, Octave, et c’est pour cela que je lui donne abondance d’avoine : c’est une créature que j’enseigne à combattre, à tourner, à s’arrêter, à courir droit vers un but, dont tous les mouvements corporels sont dirigés par mon esprit. À quelques égards, Lépidus n’est pas autre chose : il faut qu’on l’enseigne, qu’on le dirige, qu’on lui ordonne ses mouvements ; c’est un esprit stérile qui ne se nourrit que de restes, de loques et d’imitations ; lorsque les choses sont hors d’usage et surannées pour tout le monde, c’est alors que la mode en commence pour lui : ne parlez de lui que comme d’un objet qu’on possède. Et maintenant, Octave, écoutez de graves nouvelles : Brutus et Cassius lèvent des forces : il nous faut leur tenir tête immédiatement : par conséquent combinons notre alliance, assurons-nous de nos meilleurs amis, rassemblons nos meilleures ressources, et allons de ce pas tenir conseil pour décider les meilleurs moyens d’être instruits des choses cachées et de parer sûrement aux périls découverts.

Octave. — Allons, car nous sommes au poteau et entourés par de nombreux ennemis aboyant ; il y en a qui sourient, et qui, je le crains, ont dans leurs cœurs des milliers de sentiments pervers. (Ils sortent.)

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