‹ Jules CésarChapitre 10 sur 22 · Scène III

Scène III

Rome. — Une rue.

Entre CINNA le poëte.

Cinna. — J’ai rêvé cette nuit que je dînais avec César, aussi ai-je l’imagination pleine de pressentiments de malheur : j’aurais bonne envie de ne pas rôder dehors, et cependant il y a quelque chose qui me pousse.

Entrent des citoyens.

Premier citoyen. — Quel est votre nom ?

Deuxième citoyen. — Où allez-vous ?

Troisième citoyen. — Où demeurez-vous ?

Quatrième citoyen. — Êtes-vous marié ou célibataire ?

Second citoyen. — Répondez directement à chacun de nous.

Premier citoyen. — Oui, et brièvement.

Quatrième citoyen. — Oui, et sagement.

Troisième citoyen. — Oui, et sincèrement, vous ferez bien.

Cinna. — Quel est mon nom ? où je vais ? où je demeure ? si je suis marié ou garçon ? Eh bien, pour répondre à chacun directement, et brièvement, et sagement, et sincèrement, je réponds, je suis sagement célibataire.

Second citoyen. — Autant vaut dire que les hommes mariés sont des imbéciles ; je vous devrai une gifle pour cela, j’en ai peur. Continuez, — et directement.

Cinna. — Directement, je vais aux funérailles de César.

Premier citoyen. — Comme ami ou comme ennemi ?

Cinna. — Comme ami.

Deuxième citoyen. — Vous avez répondu directement à cette question.

Quatrième citoyen. — Et où demeurez-vous ? brièvement.

Cinna. — Brièvement, je demeure près du Capitole.

Troisième citoyen. — Votre nom, citoyen, sincèrement.

Cinna. — Sincèrement, mon nom est Cinna.

Premier citoyen. — Mettez-le en pièces ! c’est un conspirateur.

Cinna. — Je suis Cinna le poëte, je suis Cinna le poëte.

Quatrième citoyen. — Mettez-le en pièces pour ses mauvais vers, mettez-le en pièces pour ses mauvais vers !

Cinna. — Je ne suis pas Cinna le conspirateur.

Deuxième citoyen. — Peu importe, son nom est Cinna ; arrachez-lui son nom avec le cœur, et puis qu’il s’en aille.

Troisième citoyen. — Mettez-le en pièces, mettez-le en pièces ! Allons, des brandons ! hé ! des brandons ! Allons chez Brutus, chez Cassius ! brûlons tout ! Que quelques-uns aillent à la maison de Décius, d’autres à celle de Casca, d’autres à celle de Ligarius ! En avant ! marchons ! (Ils sortent.)

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