‹ Jules CésarChapitre 2 sur 22 · Scène II

Scène II

Rome. — Une place publique.

Entrent en procession au son de la musique, CÉSAR ; ANTOINE préparé pour la course ; CALPHURNIA, PORTIA, DÉCIUS, CICÉRON, BRUTUS, CASSIUS et CASCA ; une grande foule les suit ; dans le nombre est un devin.

César. — Calphurnia !

Casca. — Holà, silence ! César parle. (La musique cesse.)

César. — Calphurnia !

Calphurnia. — Me voici, mon Seigneur.

César. — Placez-vous directement sur le chemin d’Antoine, lorsqu’il fera sa course. Antoine !

Antoine. — Mon Seigneur, César ?

César. — Antoine, n’oubliez pas, dans l’entraînement de votre vélocité, de toucher Calphurnia ; car nos anciens disent que les femmes stériles touchées dans cette sainte course se débarrassent de la malédiction de leur infécondité.

Antoine. — Je m’en souviendrai : lorsque César dit, faites cela, c’est chose exécutée.

César. — Commencez, et qu’on n’oublie aucune cérémonie. (Musique.)

Le devin. — César !

César. — Hé ! Qui appelle ?

Casca. — Ordonnez que tout bruit cesse : paix une fois encore ! (La musique cesse.)

César. — Qui donc m’appelle au milieu de la foule ? J’entends une voix, plus perçante que toute la musique ensemble, qui crie : César. Parle ; César est disposé à écouter.

Le devin. — Prends garde aux Ides de Mars.

César. — Quel est cet homme ?

Brutus. — Un devin qui vous avertit de prendre garde aux Ides de Mars.

César. — Placez-le en face de moi ; laissez-moi voir son visage.

Cassius. — Camarade, sors de la foule ; lève les yeux sur César.

César. — Que me disais-tu tout à l’heure ? répète-le moi une fois encore.

Le devin. — Prends-garde aux Ides de Mars.

César. — C’est un rêveur ; laissons-le ; passons. (Fanfares. Tous sortent, excepté Brutus et Cassius.)

Cassius. — Voulez-vous venir voir l’ordre de la course ?

Brutus. — Moi, non.

Cassius. — Venez, je vous en prie.

Brutus. — Je ne suis pas grand amateur de jeux : il me manque quelque peu de cette allégresse d’âme qui est dans Antoine. Mais que je ne sois pas un obstacle à vos désirs, Cassius ; je vais vous laisser.

Cassius. — Brutus, je vous observe depuis quelque temps : je ne trouve pas dans vos yeux cette courtoisie et ces marques d’affection que j’avais coutume d’y trouver : vous gardez une attitude trop roide et trop circonspecte avec votre ami qui vous aime.

Brutus. — Cassius, ne vous abusez pas : si mes regards sont voilés, c’est simplement qu’ils sont tournés sur le trouble intérieur de mon âme. Je suis assailli depuis ces derniers temps par des, sentiments qui se font quelque peu la guerre, par des pensées qui me sont entièrement personnelles, et qui peut-être altèrent légèrement ma façon d’être ; mais que mes bons amis ne s’en affligent pas, — et dans le nombre, je vous comprends, Cassius, — et qu’ils ne donnent pas à ma négligence d’autre explication que celle-ci, c’est que le pauvre Brutus, en guerre avec lui-même, oublie de faire aux autres hommes les démonstrations ordinaires d’amitié.

Cassius. — En ce cas, Brutus, je me suis bien trompé sur vos dispositions, ce qui a fait que j’ai dû ensevelir dans mon sein des pensées de grande valeur, des réflexions importantes. Dites-moi, vertueux Brutus, pouvez-vous voir votre visage ?

Brutus. — Non, Cassius, car l’œil ne se voit pas lui-même ; il ne se voit que par réflexion, par l’intermédiaire de quelque autre objet.

Cassius. — C’est juste, et on regrette beaucoup, Brutus, que vous n’ayez pas de tels miroirs pour renvoyer à votre œil l’image de votre noblesse cachée, et vous permettre de voir votre ombre. J’ai entendu bien des hommes, parmi les plus respectables de Rome, — en exceptant l’immortel César, — parler de Brutus, et tous, en gémissant sur la tyrannie du siècle, ont regretté que le noble Brutus n’eût pas ses yeux.

Brutus. — Dans quels dangers voulez-vous donc me jeter, Cassius, pour désirer me voir chercher en moi ce qui n’y est pas ?

Cassius. — Préparez-vous donc à écouter, vertueux Brutus, et puisque vous convenez que vous ne pouvez vous voir vous-même que par réflexion, moi, votre miroir, je vais modestement vous découvrir de vous-même ce que vous n’en connaissez pas encore. Ne vous méfiez pas de moi, noble Brutus : si je suis un plaisant banal, si j’ai coutume de prostituer avec des serments vulgaires mon amitié à chaque nouveau venu qui m’assure de la sienne ; s’il est à votre connaissance que j’ai pour habitude de flagorner les gens, de les presser étroitement contre mon cœur, et puis d’aller après cela médire d’eux ; s’il est à votre connaissance, que dans un banquet, je suis capable de faire profession d’amitié pour tous les convives indistinctement, eh bien alors, tenez-moi pour dangereux. (Fanfares et acclamations.)

Brutus. — Que signifie cette acclamation ? Je crains que le peuple ne choisisse César pour son roi.

Cassius. — Vraiment, craignez-vous cela ? alors je dois supposer que vous ne voudriez pas que cela fût.

Brutus. — Je ne le voudrais pas, Cassius ; cependant je l’aime bien. Mais pourquoi me retenez-vous ici si longtemps ? Qu’est-ce que vous vouliez me communiquer ? si c’est quelque chose qui regarde le bien général, placez l’honneur devant un de mes yeux, et la mort devant l’autre, et je les regarderai tous deux avec une égale fermeté ; car que les Dieux me soient propices, autant qu’il est vrai que j’aime le nom d’honneur plus que je ne crains la mort.

Cassius. — Je sais que la vertu habite en vous, Brutus, aussi bien que je connais les traits extérieurs de votre visage. Bon, l’honneur est précisément le sujet de mon histoire. Je ne puis dire ce que vous et les autres hommes pensez de cette vie ; mais pour ce qui est de moi en particulier, j’aimerais autant ne pas exister, que de vivre soumis à l’obligation de me courber devant un être égal à moi. Je suis né libre comme César, vous de même : nous avons été tous deux aussi solidement nourris que lui, et nous pouvons tous les deux supporter le froid de l’hiver aussi bien que lui ; car une fois, pendant une journée orageuse et pleine de vent, où le Tibre troublé grondait contre ses rivages, César me dit : « Oserais-tu bien, Cassius, te jeter avec moi dans ce fleuve irrité, et nager jusqu’à ce point qui est là-bas ? » Sur ce mot, tout habillé comme je l’étais, je plongeai, et je l’invitai à me suivre, et c’est ce qu’il fit, en vérité. Le torrent rugissait ; nous le souffletions de nos bras vigoureux, le rejetant de côté, et le coupant avec des cœurs pleins d’émulation : mais avant que nous eussions eu le temps d’arriver au point désigné, César cria : « Secours-moi, Cassius, ou j’enfonce ! » Moi, comme Enée, notre grand ancêtre, enleva le vieil Anchise sur ses épaules du milieu des flammes de Troie, ainsi je tirai des eaux du Tibre César épuisé : et cet homme est maintenant devenu un Dieu ; et Cassius est un pauvre être qui doit plier les reins, si César lui adresse seulement un signe de tête indifférent. Il eut la fièvre, lorsqu’il était en Espagne, et quand l’accès le saisit, je remarquai comme il tremblait : c’est la vérité, ce Dieu tremblait : la couleur avait fui de ses lèvres poltronnes, et cet œil dont le regard remplit le monde de crainte, avait perdu son lustre : je l’entendis gémir : oui, cette même voix qui commande aux Romains de lui prêter attention, et d’inscrire ses discours dans leurs annales, « Hélas, criait-elle, donne-moi à boire, Titinius, » comme celle d’une fillette malade. Ô Dieux, cela me confond qu’un homme d’un si faible tempérament puisse prendre à ce point les devants dans les courses de ce monde majestueux, et remporter seul la palme. (Fanfares et acclamations)

Brutus. — Encore une autre acclamation générale ! Je me doute que ces applaudissements doivent accueillir quelques nouveaux honneurs dont on charge César.

Cassius. — Parbleu, ami, il enjambe le monde étroit comme un colosse ; et nous, petits hommes, nous errons sous ses vastes jambes, rôdant de côté et d’autre pour nous trouver des tombeaux ignominieux. Il est des occasions où les hommes sont maîtres de leurs destinées : si nous sommes des subalternes, la faute, cher Brutus, n’en est pas à nos étoiles, mais à nous-mêmes. Brutus et César : qu’est-ce qu’il y a dans ce César ? Pourquoi ce nom sonnerait-il mieux que le vôtre ? Écrivez-les ensemble, votre nom est aussi beau : prononcez-les ensemble, ils remplissent aussi bien la bouche l’un que l’autre ; pesez-les ensemble, l’un est aussi pesant que l’autre ; employez-les ensemble pour une conjuration, Brutus évoquera un esprit aussi vite que César. Au nom de tous les Dieux à la fois, je le demande, de quelle substance s’est donc nourri notre César pour être devenu grand à ce point ? Siècle, tu es déshonoré ! Rome, tu as perdu la race des nobles sangs ! Depuis le grand déluge, s’est-il jamais écoulé un siècle qui n’ait été illustré que par un seul homme ? Quand donc, jusqu’à ce jour, ceux qui parlaient de Rome, ont-ils pu dire que ses vastes murailles ne renfermaient qu’un seul homme ? Rome est Rome plus que jamais maintenant, ma foi ; car elle est d’autant plus vaste qu’elle ne contient qu’un seul homme. Oh ! vous et moi, nous avons entendu raconter à nos pères qu’il y eut autrefois un Brutus qui aurait autant aimé voir le diable établir son empire dans Rome pour l’éternité que d’y voir un roi !

Brutus. — Que vous m’aimiez, je n’en ai aucun doute, et quant à l’entreprise dans laquelle vous voudriez m’engager, j’en ai quelque soupçon ; je vous dirai plus tard quelles ont été mes réflexions sur cette affaire et l’époque où nous vivons ; pour le moment, si mes instances peuvent obtenir cela de votre amitié, je désirerais ne pas être pressé davantage. Ce que vous m’avez dit, je le méditerai ; ce que vous avez encore à me dire, je l’écouterai avec patience ; et je trouverai une heure convenable pour entendre de si grandes affaires et y répondre. Jusqu’à ce moment, mon noble ami, ruminez bien ceci : Brutus aimerait mieux être un villageois que de se parer du titre de fils de Rome aux dures conditions que cette époque va probablement nous imposer.

Cassius. — Je suis heureux que mes faibles paroles aient frappé assez fort cependant pour faire jaillir de Brutus autant de feu.

Brutus. — Les jeux sont terminés, et César revient.

Cassius. — Lorsqu’ils passeront, tirez Casca par la manche, et il vous racontera, à sa manière morose habituelle, ce qui s’est passé aujourd’hui de digne de remarque.

Rentrent CÉSAR et sa suite.

Brutus. — Je ferai ce que vous me recommandez. Mais voyez donc, Cassius, cette marque de colère qui éclate sur le front de César, et tous les autres qui ont l’air d’une escorte qui a été réprimandée : la joue de Calphurnia est pâle, et Cicéron a ces mêmes yeux enflammés de furet que nous lui voyons au Capitole quand dans la discussion il est contrarié par quelques sénateurs.

Cassius. — Casca nous en dira la raison.

César. — Antoine !

Antoine. — César ?

César. — Entourez-moi d’hommes qui soient gras, d’hommes à tête lisse et dormant la nuit : ce Cassius là-bas a un regard maigre et affamé, il pense trop : de tels hommes sont dangereux.

Antoine. — Ne le crains pas, César ; il n’est pas dangereux ; c’est un noble Romain et bien disposé.

César. — Que je le voudrais plus gras ! — mais je ne le crains pas : cependant si mon âme était capable de crainte, je ne connais pas d’homme que j’éviterais autant que ce mince Cassius. Il lit beaucoup ; c’est un grand observateur, et il pénètre profondément dans les actions des hommes : il n’aime pas les représentations théâtrales comme toi, Antoine ; il n’écoute pas de musique ; il sourit rarement, et quand il le fait, c’est de telle sorte qu’on dirait qu’il se moque de lui-même, et qu’il méprise son âme d’avoir été assez émue pour sourire à quelque chose. De tels hommes ne vivent jamais avec un cœur content, tant qu’ils en voient un plus grand qu’eux, et par conséquent ils sont très-dangereux. Je te dis plutôt ce qu’il faut craindre que ce que je crains, car je suis toujours César. Passe à mon côté droit, car cette oreille-ci est sourde, et dis-moi sincèrement ce que tu penses de lui. (Sortent César et sa suite. Casca reste en arrière.)

Casca. — Vous m’avez tiré par mon manteau ; voulez-vous me parler ?

Brutus. — Oui, Casca ; dis-nous ce qui s’est passé aujourd’hui pour que César ait l’air si triste ?

Casca. — Mais, vous étiez avec lui ; est-ce que vous n’y étiez pas ?

Brutus. — Je ne demanderais pas alors à Casca ce qui s’est passé.

Casca. — Parbleu, on lui a présenté une couronne, et lorsqu’elle lui a été présentée, il l’a repoussée ainsi, du revers de la main ; là-dessus le peuple s’est mis à applaudir.

Brutus. — Et quelle était la raison du second tapage ?

Casca. — Mais, c’était encore la même.

Cassius. — Ils ont applaudi trois fois : quelle était la raison de la dernière clameur ?

Casca. — Mais, toujours la même.

Brutus. — Est-ce que la couronne lui a été offerte trois fois ?

Casca. — Oui, parbleu, et trois fois il l’a repoussée, à chaque fois plus doucement qu’à la précédente ; et à chaque nouveau refus, mes honnêtes voisins applaudissaient.

Cassius. — Qui lui a offert la couronne ?

Casca. — Antoine, parbleu.

Brutus. — Raconte-nous comment les choses se sont passées, aimable Casca.

Casca. — J’aimerais autant être pendu que de vous dire comment cela s’est passé : c’était bouffonnerie pure, je n’y ai pas prêté attention. J’ai vu Marc Antoine lui offrir une couronne ; — on peut à peine dire que c’était une couronne, c’était une de ces toutes petites couronnes ; — et comme je vous le disais, il l’a repoussée une première fois, mais malgré tout, selon mon opinion, il aurait bien voulu la garder. Puis Antoine la lui a offerte encore, et il l’a encore repoussée, mais selon mon opinion, il était très-lent à en retirer ses doigts. Enfin il la lui a offerte une troisième fois, et il l’a repoussée pour la troisième fois, et chaque fois qu’il l’a refusée, la canaille s’est mise à brailler, et à claquer de ses mains gercées, et à lancer en l’air ses bonnets graisseux, et à exhaler une telle masse d’haleines puantes, parce que César refusait la couronne, que César en a été presque étouffé ; car il s’est évanoui, et il en est tombé à la renverse, et pour ma part, je n’ai pas osé rire de crainte d’entr’ouvrir mes lèvres et de recevoir ce mauvais air.

Cassius. — Mais doucement, je vous prie : comment ! Est-ce que César s’est évanoui ?

Casca. — Il est tombé sur la place du marché, rendant de l’écume par la bouche, et sans pouvoir parler.

Brutus. — C’est très-probable, il a le mal tombant.

Cassius. — Non, César ne l’a pas ; mais c’est vous, et moi, et l’honnête Casca, qui avons le mal tombant.

Casca. — Je ne sais pas ce que vous entendez par là ; mais ce dont je suis sûr, c’est que César est tombé. Si le peuple déguenillé ne l’a pas applaudi et sifflé, selon qu’il lui plaisait ou lui déplaisait, absolument comme il a coutume de faire avec les acteurs au théâtre, je veux bien n’être qu’un menteur.

Brutus. — Qu’a-t-il dit lorsqu’il est revenu à lui ?

Casca. — Parbleu, avant de tomber, lorsqu’il s’est aperçu que le troupeau du vulgaire était joyeux qu’il refusât la couronne, il vous a ouvert sa robe, et leur a offert de lui couper la gorge ! Si j’avais été un de ces artisans, je l’aurais ma foi pris au mot, ou je veux bien aller en enfer avec les coquins : — là-dessus il est tombé. Lorsqu’il est revenu à lui-même, il a dit que s’il avait fait ou dit quelque chose de travers, il suppliait leurs Excellences de vouloir bien mettre cela sûr le compte de son infirmité. Trois ou quatre filles qui étaient près de moi ont crié : « Hélas ! Bonne âme ! » et lui ont pardonné de tout leur cœur : mais il n’y a pas à faire attention à elles ; si César avait tué leurs mères, elles en auraient fait tout autant.

Brutus. — Et c’est après cela qu’il s’en est retourné avec cette triste mine ?

Casca. — Oui.

Cassius. — Cicéron a-t-il dit quelque chose ?

Casca. — Oui, il a parlé grec.

Cassius. — Dans quel but ?

Casca. — Parbleu, si je puis vous je dire, je veux bien ne plus vous regarder jamais en face : mais ceux qui le comprenaient se sont souri les uns aux autres, et ont secoué leurs têtes ; mais pour ce qui me concerne, ce qu’il a dit était pur grec. Je puis vous donner encore d’autres nouvelles : Marullus et Flavius, pour avoir fait enlever les écharpes aux statues de César, sont réduits au silence. Portez-vous bien. Il s’est passé encore d’autres sottises, si je pouvais me les rappeler.

Cassius. — Voulez-vous souper avec moi ce soir, Casca ?

Casca. — Non, je suis engagé déjà.

Cassius. — Voulez-vous dîner avec moi demain ?

Casca. — Oui, si je suis vivant, si vous ne changez pas d’avis, et si votre dîner vaut la peine d’être mangé.

Cassius. — C’est bon, je vous attendrai.

Casca. — C’est cela : adieu, à tous les deux. (Il sort.)

Brutus. — Quel être émoussé il est devenu ! Lorsqu’il était à l’école, il n’était qu’entrain et vivacité.

Cassius. — Et tel il est encore, lorsqu’il s’agit d’exécuter quelque entreprise noble et hardie, en dépit des formes lourdes qu’il affecte. Cette rudesse est la sauce de son bon sens, et sert aux gens de stimulant pour avaler ses paroles avec un meilleur appétit.

Brutus. — C’est vrai. Je vais vous laisser pour l’instant : demain, s’il vous plaît de causer avec moi, j’irai vous trouver chez vous ; ou si vous le préférez, venez me trouver chez moi.

Cassius. — C’est ce que je ferai : — jusque-là pensez au monde. (Sort Brutus.) Oui, Brutus, tu es noble ; cependant je vois que le métal d’honneur dont tu es formé peut être travaillé de manière à perdre ses affinités premières : il est vraiment convenable que les nobles esprits tiennent toujours compagnie avec leurs pareils ; car qui donc est si ferme qu’il ne puisse être séduit ? César ne peut me supporter ; mais il aime Brutus : si moi j’étais maintenant Brutus, et que lui fût Cassius, il ne m’influencerait pas. Je vais cette nuit jeter à ses fenêtres des billets d’écritures différentes, comme s’ils venaient de divers citoyens, tous se rapportant à la grande estime en laquelle Rome tient son nom, et où seront faites, sous forme obscure, des allusions à l’ambition de César : après cela, que César se tienne ferme sur son siège ; car nous l’ébranlerons, sinon il nous faudra supporter de pires jours. (Il sort.)

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