‹ L'affaire SougraineChapitre 22 sur 68 · IV

IV

Le vieil instituteur et sa femme, assis à la porte du poèle bourdonnant, causèrent aussi de la brillante soirée de madame D'Aucheron.

--O quel étalage de luxe! disait le père Duplessis, quelle dépense! "Mais bah! Savonne bien: le savon a été pris à crédit." Voilà comment va le monde: Pendant que les uns gaspillent dans de vains plaisirs l'argent qu'ils amassent facilement, les autres mendient un morceau de pain; pendant que les uns chantent, dansent, se divertissent, les autres pleurent et grelottent près d'un foyer sans chaleur. Il est bon d'être témoin de la folie des riches, cela nous fait aimer les pauvres. Je me demande parfois, disait-il encore, ce qu'il en adviendrait de tous ces gens heureux si les déshérités de la terre n'avaient pas pour se consoler les promesses de la religion. L'esprit de révolte germerait dans les coeurs, la haine soufflerait sur le monde, l'envie relèverait sa tête de vipère, et, le moment favorable venu, toute l'armée des misérables se précipiterait sur les classes aisées. Ce serait le partage du butin après la bataille du luxe et de la vanité contre l'indigence incrédule ou impie. Cette bataille et ce partage épouvantables arriveront bientôt si les apôtres de la libre pensée continuent leur oeuvre diabolique.

--Le croirais-tu? ajouta le vieux professeur à sa femme, Madame D'Aucheron m'a refusé, pour les pauvres de la St. Vincent de Paul, les restes de son festin de Sardanapale.--Amenez-ici quelques affamés, m'a-t-elle répondu, et je leur donnerai à manger.--Comme s'il était bien aisé de transporter ainsi des gens qui n'ont pas même de vêtements pour se protéger contre le froid. N'importe, je vais lui en amener, et plus qu'elle ne voudrait.

Le renard est bien fin, mais celui qui le prend est encore plus fin.

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