L’ATTACHÉ. - L’ATTACHÉ. - L’ATTACHÉ.
Il s’agit de la France,--et je suis dans mon rôle. C’est contre elle tenir des propos insultants Que d’insulter celui qu’elle aima si longtemps.
TIBURCE.
Buonaparte?
Veuillez prononcer Bonaparte.
TIBURCE, ironique.
Soit! Bonaparte!
Non. L’Empereur.
TIBURCE.
Votre carte?
(Échange de cartes.)
L’ATTACHÉ, saluant.
Je pars demain. Donc, le duel, demain matin.
(Il s’éloigne et rejoint deux amis avec qui il se met à causer à voix basse. Les violons ont repris au loin et les groupes, en chuchotant, commencent à regagner le bal.)
FLAMBEAU, qui a disparu une seconde, à droite, vers le vestiaire, revient vêtu d’un superbe manteau et dit vivement au duc.
Filons! J’ai le manteau.
(Il l’ouvre et le referme.)
Dedans, c’est en satin.
TIBURCE, qui s’est rassis seul à sa table, tendant nerveusement son verre à un laquais.
De l’eau?
LE LAQUAIS, qui est celui que le duc a envoyé au château,--tout en remplissant le verre de Tiburce.
Monsieur est dur pour le Corse!
TIBURCE, levant les yeux sur lui, avec un étonnement hautain.
Hein?
LE LAQUAIS, baissant la voix.
Plus tendre, Votre sœur, pour son fils!...
(Mouvement de Tiburce.)
Voulez-vous les surprendre?
TIBURCE.
Quand?
LE LAQUAIS.
Ce soir.
TIBURCE.
Où?
LE LAQUAIS.
Je sais.
TIBURCE, lui faisant signe d’aller l’attendre dehors.
Attends-moi près d’ici!
(Le laquais s’éloigne. Tiburce se lève et la main sur sa grande rapière de capitan.)
Je vais débarrasser l’Autriche!
Cependant LE DUC, avant de partir avec Flambeau qui l’attend sur le seuil, est allé vers l’attaché qui a fini de causer avec ses amis, et lui mettant la main sur l’épaule.
Vous, merci!
L’ATTACHÉ, se retournant.
De quoi donc?
(Le duc soulève son masque une seconde. L’attaché va pousser un cri.)
LE DUC, mettant un doigt sur ses lèvres.
Chut!
L’ATTACHÉ, bas.
Le duc?
LE DUC.
Un complot.
L’ATTACHÉ, surpris de cette confiance.
Je m’étonne...
LE DUC, avec une grâce fière.
Je n’ai que mon secret, Monsieur: je vous le donne.
(Vite et bas.)
Rendez-vous à Wagram, ce soir. Soyez-y!