‹ L'ancien FigaroChapitre 15 sur 24 · L'EXCELLENCE.

L'EXCELLENCE.

Si je reviens jamais de ce bas monde, je ferai pendre tous les imprimeurs.

GUTTENBERG.

On vous formera, mon enfant.

COUPS DE LANCETTE.

On a vu M. de Sal... qui s'amusait à graver ces mots sur une pièce de quarante-huit: Remède contre l'imprimerie.

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M. Ouvrard a obtenu la permission de sortir de Sainte-Pélagie pour trois jours. Deux gendarmes et un huissier l'escorteront partout. C'est la liberté que M. de P..... promet aux imprimeurs.

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On dit que depuis hier M. le comte de P..... se sent le timbre fêlé.

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M. de Saint-Chamans, que Figaro appelle tantôt monsieur de C'est-charmant ou monsieur Tant-mieux, avait été un des plus chauds partisans, un des défenseurs les plus opiniâtres du projet de loi sur la presse. Ce surnom de Tant-mieux lui venait d'une phrase malencontreuse prononcée à la tribune: «Le projet de loi,» s'était-il écrié, «empêchera, dit-on, tout à la fois les bons et les mauvais livres, les bonnes et les mauvaises maximes; tant mieux.» (Explosion de murmures.) «Oui, Messieurs,» répète M. de Saint-Chamans avec plus de force, «tant mieux! tant mieux! tant mieux! Tous ceux qui croient, en politique comme en religion, doivent croire sur la parole seule de l'autorité légitime.»

Franchement une telle profession de foi valait bien quelques épigrammes.

M. de Sallaberry, dont il est question quelques lignes plus haut, était aussi fort partisan de la loi. C'est lui qui avait comparé l'imprimerie au manioc, d'où le surnom de M. Manioc que lui donnèrent les petits journaux de l'époque. C'est lui encore qui, dans le même discours, s'écriait avec véhémence: «Redoutons, Messieurs, le fléau de l'imprimerie, seule plaie dont Moïse oublia de frapper l'Egypte.» (Interruptions et éclats de rire.)

ÉPITAPHE.

Entêté, ridicule, ennuyeux, Hélas! il gît ici, ce bon monsieur Tant-mieux, Qui voulait que lui seul sût lire. Quand ses graves discours faisaient pâmer de rire, Tout fier de leur effet, il s'écriait: Tant mieux! Je suis un fou: Tant mieux! Un sot même. Tant mieux! Tant mieux! tant mieux! tant mieux! Enfin, ces mots lui plaisaient tant à dire, Qu'à l'instant où la mort vint lui fermer les yeux, Il bégayait encor: Tant mieux!

COUPS DE LANCETTE.

M. de C'est-charmant pense que les muselières nous conviendraient mieux encore que la censure.

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On a vu l'autre jour un Cosaque du Don se dévouer pour sauver son maître qui allait se noyer. Ils ont du bon, ces Cosaques.

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Le fameux «tant-mieux» de M. de Saint-Ch... est destiné à partager (sublime à part) la célébrité du qu'il mourût! et du qu'en dis-tu?

ÉPITAPHE.

J'ai vécu des produits de ma plume vénale; J'ai vécu d'un journal par moi mis à l'encan; De honte j'ai vécu; j'ai vécu de scandale; J'ai vécu de la croix; j'ai vécu du turban; J'ai vécu, j'ai vécu, gazetier famélique, Quatre-vingts ans passés... Mais je voulus, enfin, Vivre un matin de l'estime publique, Et le soir, j'étais mort de faim.

COUPS DE LANCETTE.

M. de V... assure que MM. de P... et Fren... sont des hommes d'un grand prix.

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Mademoiselle Adel... disait: Si jamais je prenais un mari, ce serait M. de Laboë... que je voudrais, il vote toujours pour l'adoption.

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M. Dud... est tellement dévoué à son maître, qu'il irait partout, au seul commandement de celui-ci. Quand donc lui plaira-t-il de l'envoyer au diable?

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--Le mensonge déshonore.

--C'est possible, répondit M. de V..., mais ça n'ôte pas un portefeuille.

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M. de Villèle, grâce à la façon hardie dont il avait mené les dernières élections, avait réussi à se constituer une imposante majorité. Il n'avait, il faut lui rendre cette justice, reculé devant aucun moyen. Il avait donné pleins pouvoirs aux préfets, en leur notifiant qu'ils répondaient «sur leurs places» du vote des électeurs de leur département. Cette notification eut les meilleurs résultats. Partout on employa l'intimidation; les destitutions des fonctionnaires mal-pensants étaient à l'ordre du jour. Dans certaines provinces, on eut recours à la gendarmerie. De son côté, le clergé agissait.

Donc le ministère eut sa majorité. La Chambre introuvable de 1815 était retrouvée.

On appela cette majorité les Trois-Cents de M. de Villèle; puis, par allusion aux trois cents combattants des Thermopyles, on les appela les Spartiates.

Les députés étaient admirablement choyés. M. de Villèle leur avait dit: «Vous êtes ici non pour discuter, mais pour voter.» Ils obéissaient, il fallait bien les en récompenser.

C'était alors le bon temps des dîners ministériels. Tous les députés bien pensants avaient, dit-on, leur rond de serviette chez MM. de Villèle et de Peyronnet. «On tenait, dit un petit journal, les députés par la gueule.» Un autre disait: «Quand on a la bouche pleine, on ne parle pas;» ou encore: «Un homme qui digère ne refuse rien.» Et le public riait.

Figaro fait chorus. Sans cesse il revient aux tables ministérielles; il énumère avec complaisance les truffes, les primeurs, les mets délicats servis aux Spartiates affamés. Il fait le compte des bouteilles bues; il voudrait avoir pris mesure de la taille des Trois-Cents, pour savoir s'ils ont beaucoup engraissé pendant la session. Pour les Spartiates, il réserve ses plus méchants quolibets, ses plus mordantes épigrammes. On dirait qu'il essaye de leur couper l'appétit. Il n'y réussit pas, et c'est d'un ton dolent qu'il s'écrie: «Leur appétit nous ruine.»

Il est vrai que cette majorité coûtait gros; grasse était la solde des Spartiates.

--Monsieur, demandait un jour Charles X, combien pensez-vous qu'il faille à un député pour vivre honorablement à Paris?

--Je pense, Sire, qu'avec six mille francs...

--Six mille francs! dites-vous, s'écria le roi, il en est auxquels je donne plus du double et qui se plaignent de mourir de faim.

Et le roi ne comptait ni les places ni les sinécures.

Il y a cependant à ceci une moralité assez bonne à méditer pour les gouvernements: c'est cette majorité si chèrement et si déloyalement obtenue qui renversa le ministère Villèle et prépara la chute de Charles

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