‹ L'ancien FigaroChapitre 16 sur 24 · X.

X.

COUPS DE LANCETTE.

Samson n'en avait qu'une pour combattre ses ennemis; beaucoup plus heureux, M. de V... en a trois cents.

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Ces messieurs veulent bien dire des absurdités, mais sans que le public en soit instruit: au moins voilà du respect pour le public.

ÉPIGRAMME

TRADUITE DE MARTIAL.

Pourquoi veux-tu, Truffus, pour un mot indiscret Couper la langue à ton esclave? Ne sais-tu pas que le peuple te brave, Et qu'il parle, quand il se tait?...

COUPS DE LANCETTE.

Dorénavant, tout écrivain qui n'aura pas 50,000 francs de rentes, sera un homme sans considération et sans talent. D'après cette nouvelle découverte, M. de Rothschild va se trouver le gros génie de l'époque.

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.....«J'en appelle à votre conscience......»

(Silence universel.)

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Les prières des agonisants sont à l'ordre du jour.

Samedi, 17 mars 1827.

LE DÉCALOGUE DU SPARTIATE.

1. Pour seul dieu tu reconnaîtras Celui qui te truffe amplement.

2. Dans les grands jours tu te tairas Par respect pour le rudiment.

3. Avec un tel tu voteras Par assis levé seulement.

4. Un tel, un tel applaudiras Par politesse purement.

5. Tandis qu'un tel tu siffleras Ainsi qu'un tel mêmement.

6. Leurs beaux discours réfuteras Par un loyal trépignement.

7. Eloquent point tu ne seras, Car c'est du luxe assurément.

8. Et comme un tel tu parleras Contre le bon sens sciemment.

9. Jamais tu ne t'aviseras D'avoir esprit ni jugement.

10. Jusqu'à la mort tu resteras Fidèle à ce commandement.

COUPS DE LANCETTE.

La Conciergerie est, de nos jours, tout près du Parnasse.

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Des joueurs bien connus ont perdu une partie de boules aux Champs-Elysées; ils demandent leur revanche dans le jardin du Luxembourg.

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Cependant, ils ne sont pas inviolables, puisqu'on peut les empoigner.

· · ·

Il était assez audacieux, en ce moment, de rappeler aux Trois-Cents qu'ils n'étaient pas inviolables,--pour le peuple, est sous-entendu.--Quant au mot empoigner, c'est une allusion au fait bien connu de l'expulsion de la Chambre du député Manuel. Fort de son droit et de sa conscience, considérant la résistance comme un devoir, le célèbre orateur avait déclaré qu'il ne céderait qu'à la force. Il tint parole. La garde nationale, envoyée pour l'expulser, refusa d'obéir à l'ordre inique. On fit alors marcher la gendarmerie, sous les ordres du colonel Foucauld.

Trois fois le colonel somma Manuel de sortir, et comme il «refusait d'obtempérer:»

--Gendarmes, s'écria M. Foucauld, empoignez-moi M. Manuel.

Le mot est resté.

Jeudi, 22 mars 1827.

UN SPARTIATE ET SON FILS

LE SPARTIATE.

Mon fils, qu'est-ce que c'est que la Sparte moderne?

LE PETIT.

On appelle ainsi une grande étendue de terrain qui produit des truffes et du vin de Champagne.

LE SPARTIATE.

Quelle est la capitale de ce royaume?

LE PETIT.

Un grand hôtel avec des factionnaires à la porte.

LE SPARTIATE.

On a l'habitude d'employer le mot patrie; que veut-il dire?

LE PETIT.

Ce mot-là ne signifie rien.

LE SPARTIATE.

Quel est le meilleur gouvernement?

LE PETIT.

Celui sous lequel on fait les meilleurs dîners.

LE SPARTIATE.

Quel est l'homme le plus utile dans un État bien organisé?

LE PETIT.

Le chef de cuisine du ministre.

LE SPARTIATE.

Comment reconnaît-on le bon parti?

LE PETIT.

Aux opinions gastronomiques.

LE SPARTIATE.

Quel talent faut-il pour réussir?

LE PETIT.

Il ne faut qu'une mâchoire garnie de ses trente-deux dents et en activité.

LE SPARTIATE.

Comment sert-on le mieux son pays?

LE PETIT.

En le mangeant.

LE SPARTIATE.

Qui peut empêcher l'homme le plus habile de faire son chemin?

LE PETIT.

Un mauvais estomac.

LE SPARTIATE.

Qu'est-ce qu'une loi?

LE PETIT.

Un ragoût assaisonné aux truffes.

LE SPARTIATE.

Qu'est-ce qu'un homme qui a fait ses preuves ne doit jamais refuser?

LE PETIT.

Une invitation à dîner.

LE SPARTIATE.

Où doivent se discuter les affaires importantes?

LE PETIT.

Dans la salle à manger.

LE SPARTIATE.

Assez pour aujourd'hui; vous savez votre leçon à merveille. Je suis satisfait. Dites à votre bonne de vous donner à déjeuner.

LE PETIT.

Je voudrais des truffes, papa.

LE SPARTIATE.

Quand vous serez plus grand... (A part.) Il n'y a plus d'enfants.

PENSÉES D'UN SPARTIATE.

* Les grandes pensées viennent de l'estomac.

* Tous les chefs-d'oeuvre de nos grands écrivains ne valent pas la carte d'un restaurateur.

* Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es.

* Le Tibre a des Césars; la Seine a des Chevet.

* L'amitié est une sauce piquante qu'on mange à deux.

* La truffe ne vieillit pas.

* On imprime que, depuis 400 ans, on a dîné de tout temps.

* On a vu monsieur de C'est-charmant hausser les épaules; il se parlait à lui-même.

* Il est tout naturel que les ennemis de l'imprimerie en veuillent à certains académiciens, ils ont montré quelque caractère.

ÉPIGRAMME.

--A cent francs le journal! c'est la dernière enchère. --J'en offre dix écus.--C'est peu.--J'en suis fâché. --Voyez la marchandise... On ne peut vous surfaire. --Allons! dix sous de plus, et pour finir l'affaire, Je prends les rédacteurs par-dessus le marché.

COUPS DE LANCETTE.

Les épiciers préparent déjà des lampions.

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M. le prince de H... veut absolument que le mot schlague soit français.

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Mille garapines! ces chournalisdes sont bar drop méchants! disait un général français; on téfrait leur tonner sur les oncles!.....

MANIÈRE DE FAIRE UN GÉNÉRAL.

Vous prenez un individu... le premier qui vous tombe sous la main... cependant n'allez pas le choisir dans la classe des féroces. Tâchez de le prendre spirituel..... imbécile, ce serait absolument la même chose. Le sujet sera d'avance suffisamment mortifié. Vous lui apprenez l'exercice..... du chrétien, c'est-à-dire son pater, son ave, son credo et son meâ culpâ, soit en latin, soit en grec, soit en anglais, soit en allemand; il suffit que ce ne soit pas en français. Vous lui faites ensuite connaître tous les canons... qui se sont chantés et qui se chantent à Rome, depuis le pontificat de Grégoire Ier. Il doit aller, les yeux fermés, de la caserne à la paroisse, et de la paroisse à la caserne, car c'est indispensable s'il veut faire son chemin. Vous avez soin de lui jeter sur le dos un habit bleu brodé en feuilles de chêne et de laurier, c'est le symbole de sa gloire... à venir. Puis vous lui mettez deux belles épaulettes, vous l'attachez à un grand sabre, et..... il ne faut plus qu'un miracle pour le faire marcher.

Le 28 mars 1827 mourut, à l'âge de quatre-vingts ans, un homme qui, dit M. de Vaulabelle, «honorait à la fois son nom, le rang où il était né et la France,» le duc de La Rochefoucauld-Liancourt.

Dévoué aux Bourbons jusqu'à sacrifier pour eux sa vie et sa fortune, le duc de La Rochefoucauld eut ce rare honneur de déplaire au gouvernement de la Restauration. Nommé pair de France, il figurait dans la chambre héréditaire au nombre des membres de l'opposition, et prêtait ainsi à la cause libérale l'appui d'une belle vie et d'un grand nom.

Cela déplut à M. de Corbière, qui ne craignit pas de retirer brutalement au duc plusieurs fonctions purement honorifiques auxquelles son grand caractère l'avait naturellement désigné.

Le duc, malgré cette injure, resta fidèle à la cause de toute sa vie; mais, tandis que cette injustice lui faisait une grande popularité, son attitude le brouillait irrévocablement avec la congrégation.

Ainsi que nous venons de le dire, le duc de La Rochefoucauld mourut le 28 mars. Il n'était pas rentré en grâce. Ses obsèques furent indiquées pour le 30. Au milieu de l'immense concours de personnes qu'elles attirèrent, on remarquait un assez grand nombre d'anciens élèves de l'Ecole des Arts et Métiers de Châlons, école dont le duc était fondateur.

Les élèves demandèrent à porter le cercueil de leur bienfaiteur, c'était un hommage public qu'ils voulaient rendre à sa mémoire. Les fils du défunt, les comtes Gaëtan et Alexandre de La Rochefoucauld, crurent devoir accorder cette demande. Tout alla bien jusqu'à l'église. Mais lorsque, la cérémonie terminée, les jeunes gens voulurent reprendre leur fardeau, un commissaire de police s'y opposa. Le cortége était alors dans la rue Saint-Honoré. Les élèves résistant aux ordres du commissaire, celui-ci requit l'aide de la troupe envoyée pour rendre au défunt les honneurs funèbres. Bientôt les baïonnettes, demeurées jusque-là au fourreau, furent mises au bout des fusils. A la vue des soldats, les assistants entourent les jeunes porteurs. On se mêle, on se heurte, une sorte de lutte s'engage, et bientôt le cercueil, échappant aux jeunes gens, glisse et tombe avec un bruit lugubre sur le pavé.

«L'épouvante s'empare des spectateurs, le vide se fait autour des soldats qui relèvent le cercueil à demi brisé, ramassent dans le ruisseau de la rue les insignes du défunt et son manteau de pair souillé de boue, et les placent sur le corbillard que le commissaire de police avait fait avancer.»

Telle avait été la violence du choc, que non-seulement la bière avait été brisée, mais encore une partie des membres s'étaient détachés du corps.

Cette violence atteignant jusque dans la mort un homme dont le seul crime avait été d'être indépendant, ce scandale sacrilége, cette profanation, firent jeter à Paris entier un cri d'indignation. Les journaux s'émurent, les deux Chambres ordonnèrent une enquête.

Eh bien! devant cette réprobation générale, M. de Corbière osa monter à la tribune, non pas pour blâmer les auteurs de cette coupable profanation, mais pour payer un tribut d'éloge aux agents qui avaient fait leur devoir.

Les articles du Figaro, si violents qu'ils soient, ne sont encore qu'un écho affaibli de l'opinion.

COUPS DE LANCETTE.

Comment respecteraient-ils les morts, est-ce qu'il n'est pas dans la nature des corbeaux de s'acharner après les cadavres?

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On va bâtir une citadelle au milieu du cimetière du Père La Chaise.

· · ·

Les employés aux pompes funèbres ne seront pris, désormais, que dans les régiments de ligne.

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On avait fait, la veille de l'ouverture du Cirque, une répétition de l'Attaque du convoi.

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On nous traîne dans la boue après notre mort; c'est pour nous apprendre à vivre.

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Quelqu'un nous assure avoir lu ces mots sur la même enseigne: Fabrique de baïonnettes et Pompes funèbres.

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M. le prince de Ho... a pris un maître de langue française, pour apprendre seulement à dire: En joue, feu!

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Il y a des gens qui, pour rendre les derniers honneurs aux mânes des personnages vertueux, voudraient rétablir le gibet de Montfaucon.

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Il y a plus de honte à être debout dans certains salons qu'à tomber dans le ruisseau.

Dimanche, 5 avril 1827.

LE RUISSEAU ET LA BIÈRE.

DIALOGUE.

LE RUISSEAU.

Voilà qui commence bien; les bons gendarmes n'y vont pas de main morte; les coups pleuvent comme grêle; baïonnettes d'entrer en danse. Messieurs les bourgeois, gare les éclaboussures.

LA BIÈRE, roulant dans le ruisseau.

Ciel! quelle profanation!

LE RUISSEAU.

Dieu me pardonne, c'est un mort en grande tenue que j'ai reçu sur le dos.

LA BIÈRE.

Où suis-je? couverte de boue et foulée aux pieds!

LE RUISSEAU.

Je croyais que c'était quelque agent de la police...

LA BIÈRE.

En effet, c'est bien là leur place; aussi, Monsieur le ruisseau, je suis toute honteuse...

LE RUISSEAU.

Vraiment, il n'y a pas de quoi. Tous les jours, je vois des gens qui vous valent bien et qui n'y regardent pas de si près.

LA BIÈRE.

Vous ne savez pas qui je renferme?

LE RUISSEAU.

Ce n'est probablement pas de ma connaissance, madame la dégoûtée...

LA BIÈRE.

Un honnête homme...

LE RUISSEAU.

Je ne vous entends pas.

LA BIÈRE.

Sa vie a été consacrée au bien; sa mémoire est vénérée par tous ceux qui ont encore un peu d'âme.

LE RUISSEAU.

C'est sans doute quelque pauvre diable mort de faim.

LA BIÈRE.

Celui qui se trouve aujourd'hui dans un ruisseau, hier encore, par sa fortune, son rang, sa noblesse, ses vertus, ses talents, était un des citoyens les plus illustres.

LE RUISSEAU.

Sans doute il appartenait à la congrégation, avec laquelle j'ai beaucoup de rapports?

LA BIÈRE.

Fi donc! il aimait sa religion, sa patrie et son roi.

LE RUISSEAU.

A en juger par cet immense concours de monde qui l'escortait à son dernier hôtel, lorsque la force armée est venue mettre le holà, ce fut un ministre, un législateur; aurait-il inventé le trois pour cent, promulgué une loi du sacrilége et autres gentillesses?

LA BIÈRE.

Un silence religieux, interrompu par des sanglots, l'accompagnait jusqu'au moment où des cris d'indignation...

LE RUISSEAU.

Je me souviens, lorsque j'étais bien jeune, d'avoir été sali par les restes de Marat.... Les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

LA BIÈRE.

As-tu remarqué qu'en tombant j'ai fait jaillir ton eau bourbeuse jusque sur le visage des misérables?

LE RUISSEAU.

Ils n'y ont pas pris garde. Moi-même, je suis saisi de respect et je crains de te toucher...

LA BIÈRE.

Adieu, deux croque-morts viennent de mon côté... ce ne sont plus ces nobles jeunes gens... O ciel! cette terrible leçon préviendra-t-elle un nouveau scandale?

LE RUISSEAU.

Adieu, Madame; je vous jure qu'il ne vous reste pas la moindre tache... Ah! je ne remarquais pas, du sang...

LA BIÈRE.

O mon maître!...

COUPS DE LANCETTE.

Quelqu'un a proposé d'établir une école de canonniers près de quelques cimetières: les tombes serviraient de cibles. Cette innovation ne peut manquer de trouver beaucoup d'approbateurs.

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Depuis qu'un mort illustre est tombé dans le ruisseau, MM. Ling... et Ben... sont fiers de se rouler dans la fange.

· · ·

On devrait bien créer une compagnie d'assurances pour les pompes funèbres.

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Il nous faut revenir maintenant à la loi d'amour et de justice, à cette loi que M. Royer-Collard comparait à une loi de suspects largement conçue, qui mettait la France entière en prison sous la garde des ministres.

Le projet de M. de Peyronnet avait été adopté par la Chambre des députés, en dépit des énergiques efforts des deux oppositions royaliste et libérale. Il avait été adopté à une majorité de 233 voix contre 134 (12 mars).

Sept jours plus tard, le ministre portait son malencontreux projet à la Chambre des pairs. Mais là il rencontra une résistance inattendue. L'attitude de la commission d'examen lui faisant prévoir une éclatante défaite, il remit le projet «à des temps meilleurs,» et, le 17 avril, il monta à la tribune pour lire une ordonnance qui retirait le projet.

A cette nouvelle, l'allégresse éclata par toute la France. A Paris, ce fut un indescriptible enthousiasme. La ville entière se trouva illuminée comme par enchantement. «Nos ministres ont besoin de lumières,» disait-on, «éclairons-les.» Des colonnes d'ouvriers imprimeurs parcouraient les rues; ils criaient: Vive le roi! vive la Chambre des pairs! vive la liberté de la presse!

Les journaux de l'opposition libérale entonnèrent l'hymne du triomphe. Le terrible projet avait disparu tout à coup; ils espéraient que son auteur ne tarderait pas à le suivre, et ils disaient tout haut leurs espérances.

COUPS D'ENCENSOIR.

On a vu hier une foule de presses qui riaient comme des petites folles. Cette gaîté leur allait à ravir.

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C'est pour rire que M. C'est-charmant a dit que le Français était un animal féroce.

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M. de P.... signe avec la meilleure grâce du monde.

ÉPITAPHE.

Objet de haine et de colère, Ci-gît un malheureux projet, Lequel avait, dit-on, pour père Ce bon monsieur de Draconnet. C'est lui qui lui donna naissance, C'est lui qui, par son assistance, Le fit, un moment, respirer, Et quand enfin la mort barbare Eut frappé cet enfant si rare, Il se chargea de l'enterrer.

BIGARRURE.

Hier, tout Paris semblait en feu; on n'a guère pu remarquer que les maisons qui n'étaient point illuminées, et encore ne faut-il accuser personne de tiédeur, car on n'était pas préparé à la fête que le Roi vient de donner à la France; bien des gens n'ont pu trouver à acheter des lampions.

L'ordre le plus parfait a régné partout.

A PROPOS.

Un projet proposé Nous mit dans la souffrance. Un projet amendé Fit naître l'espérance. Un projet retiré Répand la joie en France.

COUPS DE LANCETTE.

Tout Paris était brillant de lumières; à Montrouge, on s'est couché sans chandelle.

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Il suffit d'une simple revue pour s'apercevoir de tous les défauts de la loi d'amour.

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M. de V... ne sort plus le soir; l'odeur des lampions l'incommode.

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M. de P.... aurait dû se retirer en même temps.

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L'enfant est enterré: bravo!--le papa reste. O Azaïs!

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Lampion et sifflet sont maintenant synonymes.

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On assure que M. de P.... va rendre l'âme. Il va donc rendre son portefeuille; on dit qu'elle en est inséparable.

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On ne dit plus railler, persiffler un homme, on dit: le lampionner.

DIALOGUE

A

Ces cris, ces lampions et leurs flammes sinistres Ont jeté dans mon âme un prophétique effroi. Tout est perdu, sans doute?

B

Oui, tout pour les ministres, Mais tout est gagné pour le roi.

COUPS DE LANCETTE.

Toute la France s'illumine, ce n'est pas assez de sept éteignoirs pour tant de lumières.

· · ·

Cette pauvre Etoile ne parle que de lampions et d'illuminations; il paraît qu'on lui a fait voir trente-six mille chandelles.

PETIT DIALOGUE.

--Qu'est-ce que le ministère?

--Un éteignoir.

--La Charte?

--Un lampion.

--Le peuple?

--Un pétard.

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Chaque année, le 12 avril, anniversaire de la rentrée de Charles X à Paris en 1814, la garde nationale faisait seule le service des Tuileries et était passée en revue par le roi. Cette année (1827), le 12 tombait un jeudi saint; la revue fut donc remise au lundi de Pâques, 16 avril. Dès le matin de ce jour, des détachements de toutes les légions arrivèrent aux Tuileries pour le service exceptionnel; dans l'après-midi, le roi, suivi du Dauphin, les passa en revue. Il y eut un tel enthousiasme, on cria: Vive le roi! avec une telle unanimité, que Charles X sembla regretter de n'être pas entouré de la garde nationale tout entière.

Les gens qui entouraient le roi saisirent cette idée. Ils affirmèrent au roi qu'ils étaient en mesure de répondre des bons sentiments de toutes les légions, et, séance tenante, il fut décidé que, le dimanche 29 avril, Charles X passerait en revue toute la garde nationale de Paris, réunie au Champ de Mars.

Cette décision prise, annoncée par les journaux, ceux même qui l'avaient conseillée furent pris de doutes et de craintes. Mais il n'y avait plus à y revenir. Les ministres surtout, dont on n'avait pas pris conseil, ne cachaient pas leurs appréhensions.

Au jour dit, vingt mille hommes étaient rangés devant l'École Militaire. Les tristes prévisions des pessimistes ne furent pas réalisées, tout se passa convenablement. Peut-être y eut-il plus de cris de vive la Charte! que de cris de vive le Roi! mais, en somme, de l'avis même de Charles X, la journée fut bonne.

Mais, après la revue, un événement arriva qu'on n'avait pas prévu. Il y eut des manifestations bruyantes contre les ministres. Des bataillons entiers de gardes nationaux s'arrêtèrent devant les ministères et, là, «firent entendre les cris mille fois répétés de vive la liberté de la presse! à bas les jésuites! à bas les ministres! A ces clameurs se mêlaient aussi les cris de à bas Peyronnet! à bas Villèle!

Les ministres virent dans ces manifestations un attentat à leur dignité, ils résolurent de se venger. Ils persuadèrent au roi que la majesté de la couronne était compromise; bref, ils identifièrent si bien leurs intérêts et leur orgueil offensé avec les intérêts et la gloire de la monarchie, que, le soir même, on rédigea une ordonnance de licenciement. Tous les postes furent changés; la garde nationale était dissoute.

Il était dit que ce malheureux gouvernement marcherait de faute en faute et briserait l'un après l'autre tous ses appuis. En se privant de la garde nationale, ce corps si essentiellement modérateur, il s'ôtait, pour les jours néfastes, toute chance d'intermédiaire, tout espoir de transaction. Voilà pour l'avenir. Pour le présent, chaque citoyen se crut atteint dans sa dignité, et la garde nationale, qui avait donné à la famille régnante tant de marques de sympathie, passa en masse à l'opposition.

COUPS DE LANCETTE.

Il y a des gens qui ne veulent laisser entrer demain, au Champ-de-Mars, que les personnes qui auront un bâillon dans la bouche.

· · ·

En passant près du château de Rivoli, les tambours de la garde nationale battront la retraite.

· · ·

On assure qu'ils vont partir enfin tous les sept: ce ne sont pas des gens de revue.

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L'Etoile nous dira probablement aussi que le soleil du 29 était un faux soleil.

· · ·

Les directeurs de spectacles ont rayé de leurs répertoires: Une nuit de la garde nationale.

· · ·

On vendait hier la complainte de la garde nationale. On ne lui fait pas moins d'honneur qu'à tous les autres condamnés.

Malgré la colère de 24,000 hommes contre sept, ceux-ci sont parvenus à les désarmer.--Ce que c'est que les bons procédés.

· · ·

On ne dit pas que les musiciens de la garde nationale aient exécuté l'air de la Victoire est à nous.

· · ·

Sept personnes, à Paris, ont pensé que la journée d'hier serait orageuse, et n'ont pas mis le nez dehors.

· · ·

On peut dire, moralement parlant, qu'ils ont été traînés sur la claie par l'opinion publique.

· · ·

Hier, des millions de cris de: Vive le roi! ont prouvé à certains détracteurs que la reconnaissance est une vertu nationale.

ÉPIGRAMME.

Notre garde civique a reçu son congé, Mais un beau grenadier, oublié par mégarde, Veut, dit-on, faire encor son service obligé. Espérons que bientôt il descendra la garde.

COUPS DE LANCETTE.

Nous étions vingt mille à jouer l'écarté contre sept; nous avions quatre points de chaque côté, un des sept a tourné le roi, et nous avons perdu la partie.

· · ·

La meilleure rime à ministre est sinistre.

· · ·

La garde meurt et... les ministres restent.

· · ·

On vient de publier une biographie de tous les bons ministres de France. Cet ouvrage n'est pas long.

· · ·

On ne dit plus: Revue, augmentée et corrigée, mais revue et licenciée.

· · ·

Il y a sept loges vacantes à Charenton. Allons, messieurs...

· · ·

Ces messieurs conviendront au moins qu'ils ne nous gouvernent pas gratis.

Vendredi, 11 mai 1827.

DIALOGUE ENTRE DEUX HABITS.

PREMIER HABIT.

Loin de moi, vil roturier!... Que viens-tu faire en ces lieux?

DEUXIÈME HABIT.

Moisir à tes côtés, confrère.

PREMIER HABIT.

Quoi! l'habit d'un vilain et l'habit d'un noble attachés au même croc! Quelle honte!

DEUXIÈME HABIT.

Il n'y a pas de noblesse qui tienne, mon ancien; ici, tous les habits sont égaux, et les vers ne font aucune distinction.

PREMIER HABIT.

Oses-tu bien te comparer à moi, misérable elbeuf?

DEUXIÈME HABIT.

De quelle étoffe es-tu donc, pour te montrer si fier?.... A la poudre, jadis blanche, qui te couvre, à la crasse épaisse qui cache toutes tes coutures, je parierais presque que tu as appartenu à quelque tête à perruque?

PREMIER HABIT.

Ces galons d'or et d'argent, sous lesquels se cachent encore mes coutures, ne t'apprennent-ils pas assez quel fut jadis mon rang dans le monde?

DEUXIÈME HABIT.

Je n'y vois que les insignes d'une ridicule livrée.

PREMIER HABIT.

Je fus, tour à tour, l'habit d'un jacobin, d'un chambellan et d'un ventru.

DEUXIÈME HABIT.

C'est-à-dire que tu as changé de forme et de couleurs, suivant la circonstance. Enfin, pour trancher le mot, tu n'es qu'un habit retourné...

PREMIER HABIT.

Mais toi, qui es-tu?

DEUXIÈME HABIT.

Je fus pendant longtemps l'honneur de la France. Hélas! hier encore, chacun me regardait avec respect.

PREMIER HABIT.

Ne serais-tu pas un de ces habits séditieux qu'on vient de licencier? Je crois te reconnaître à ton uniforme.

DEUXIÈME HABIT.

Précisément.

PREMIER HABIT.

C'est cela; et en passant sa garde-robe en revue, ton maître, en homme prudent, t'as mis à la réforme. Encore, si comme moi tu avais des titres?

DEUXIÈME HABIT.

Eh! n'en ai-je pas à la gloire!

PREMIER HABIT.

Où les as-tu gagnés?

DEUXIÈME HABIT.

A la barrière de Clichy!

PREMIER HABIT.

Et moi, dans l'antichambre des ministres.

DEUXIÈME HABIT.

Il paraît que tu as du service, car tu es furieusement râpé?

PREMIER HABIT.

Pas tant que toi, mon petit ami; tu es troué en plusieurs endroits.

DEUXIÈME HABIT.

Ce sont d'honorables cicatrices!

PREMIER HABIT.

Parbleu! et moi aussi, je porte des cicatrices!

DEUXIÈME HABIT.

Oui, dans le dos... c'est juste, quand on se sauve...

PREMIER HABIT.

On m'a vu plus d'une fois exposé au feu de mainte batterie.....

DEUXIÈME HABIT.

De cuisine, tu veux dire?... car les taches de graisse qu'on aperçoit sur toute ta personne le prouvent assez..; ce sont les seuls chevrons qui servent à marquer tes années de service... à la table de nos grands seigneurs s'entend.

PREMIER HABIT.

Insolent!... je ne sais qui me retient... si ce n'était ce porte-manteau!...

DEUXIÈME HABIT.

Allons, ne t'emporte pas..... ou va secouer tes vers plus loin....

PREMIER HABIT.

Heureusement que voici deux honnêtes chalands qui, en m'achetant, vont me délivrer de ton ennuyeuse société.

DEUXIÈME HABIT.

Que feraient-ils de toi?... tu n'es bon maintenant qu'à revêtir le jocrisse de quelque escamoteur!

PREMIER HABIT.

Penserais-tu par hasard que c'est de toi qu'ils viennent faire emplette?... ne sais-tu pas que te voilà condamné à languir chez le fripier...

DEUXIÈME HABIT.

Patience, j'en sortirai peut-être plus tôt que tu ne crois!

COUPS DE LANCETTE.

Quand nous fera-t-on une opération, pour nous délivrer des sept plaies qui nous rongent!

· · ·

Il y a des gens qui regardent une charge de cavalerie comme une potion calmante.

ALLOCUTION MARTIALE

D'UN GUERRIER SOI-DISANT FRANÇAIS.

Prafes militaires, ché afre à fous endredenir té fos exbloits querriers pour les bressent, les bassé et les fitir. Fous afez azommé cet honnête monsir qui édait mort et que nous afons clorieusement roulé tans le poue. Che fous endredientrai encore de ce pon monsir de Reck..., qui afre été chifflé comme ein chéçuite par cet betites bolissonnes, qui afoir li lé Chan-Chaques et lé Foltaire, que sti pon monsir Quillon n'avre pas prilé toute. Cté prafe monsir Reck..... qui était ein tuer de chans, afec bermission té la vagulté, s'en allait toute pêtement dans sa capriolete afec ein betit accompagnement de pons gentarmes, quand, sir lé bont Sainté-Migel, les betites bolissonnes lui fouloir faire brendre ein pain éburadoire. Lui qui avre bas cette vandaisie s'en être allé à la bolice, où sti monsir Reck... il était sir dé drouver des amis.

Pentant ce demps-là, les pons chantarmes boursuifaient les betites bolissonnes jusque tans le nachement afec tes crands goups de sapre, à l'imidazion te vos exbloits à Presth. Poucre té chien! saberlotte, camarates! nous ne avre pas été là! Cette avaire qui se bassait tans l'eau a été firiesement chaude, héréissement qu'il n'y afait pas peaucoup te gemin bour aller à la Morgue, lé pataille abrès huit heures il était finite, barce que la nuit afoir rentu les étudiants plus tifficîles à drouver qu'ein lococriphe.

Foilà, gamarades, ce que je afre à fous tire; cette betite succès a falu touple bortion aux prafes chantarmes qui ont diré le sapre. Aux armes! que la régombense enflamme fotre gourache: Montrouche brébare la botage.

COUP DE LANCETTE.

M. de C... prépare un ouvrage qui portera ce titre: Des coups de sabre, et de leur influence sur l'instruction de la jeunesse.

LES GENDARMES.

AIR: Moi je flâne.

Des gendarmes! (bis) Qu'on apaise mes alarmes! Des gendarmes! (bis) J'en mourrais, je croi, D'effroi.

Depuis nos saints mandements, Nos lois et notre ordonnance, Partout on déclame en France Contre nous et nos trois cents. Etouffons leurs cris sinistres! Quand le roi garde pour lui Leur amour... que les ministres Conservent pour eux celui Des gendarmes, etc.

Dans la poche des vilains, Monsieur Law, que je révère, Pendant son beau ministère, Jadis puisait à deux mains. Et d'un déficit frivole On accuse mon budget! Pour leur couper la parole, Vite, mettons au complet Des gendarmes, etc.

L'autre jour j'ai cru, ma foi, Forcer la gauche au silence En assurant que la France Avait grand besoin de moi. Mais cette race endurcie Raisonne au lieu d'obéir, Et parle encor de patrie... Ah! c'est à n'y plus tenir. Des gendarmes, etc.

Partout de mauvais propos Sur P... et sur sa milice; Point d'égards pour ma police, De lecteurs pour mes journaux. De leurs lois, quand je m'écarte, Un orateur factieux Me crie aussitôt: la Charte! Cela devient ennuyeux. Des gendarmes, etc.

Pour encourager les arts, Pour surveiller la science, J'ai choisi par conscience Vidocq et ses bons mouchards. Si nos écoles rebelles Allaient montrer de l'humeur, Ce sont de jeunes cervelles, Prenons-les par la douceur... Des gendarmes, etc.

En dépit de mon savoir, De mon talent (je m'en flatte), Paris et la France ingrate Maudissent notre pouvoir.

Mais à ce Paris que j'aime, Malgré plus d'un vilain tour, Pour montrer aujourd'hui même Ma justice et notre amour...

Des gendarmes! (bis) Qu'on apaise mes alarmes! Des gendarmes! (bis) J'en mourrais, je croi, D'effroi.

COUP DE LANCETTE.

On est étonné que M. de Cl..... T..... n'ait pas parlé sur la poudre; ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il ne l'a pas inventée.

CONVERSATION A HUIS-CLOS

ENTRE LE VENTRE ET LA CONSCIENCE.

LA CONSCIENCE.--Dormez-vous, monsieur le Ventre?

LE VENTRE.--Non, mais je digère en silence.

LA CONSCIENCE.--Causons un peu.

LE VENTRE.--Il vous convient bien, madame la Conscience, d'élever aujourd'hui la voix, depuis plus de dix mois que vous vous taisez!

LA CONSCIENCE.--Dites donc que depuis six mois vous riez si fort, qu'il ne vous a pas été possible de m'entendre.

LE VENTRE.--Le beau plaisir, d'écouter les sons de votre voix rauque!

LA CONSCIENCE.--Ma voix vous déplaît, je le sais, vous craignez des reproches!

LE VENTRE.--Des reproches de ta part, misérable Conscience! c'est bien à une paresseuse comme toi de blâmer la conduite d'un personnage aussi courageux que je le suis. Sais-tu que j'ai failli crever plus d'une fois au service de M. le baron?

LA CONSCIENCE.--Oui! je vous conseille de vous vanter de vos exploits; ils ont été bien utiles à notre maître commun.

LE VENTRE.--Eh! s'il n'avait suivi que tes instructions, serait-il aujourd'hui l'un des plus éminents personnages du département?...

LA CONSCIENCE.--Il eût marché droit.

LE VENTRE.--A pied, comme un pauvre diable; je le fais aller en voiture.

LA CONSCIENCE.--Sa maison serait encore le modèle de l'heureuse obscurité.

LE VENTRE.--Et son brillant hôtel serait encore à bâtir.

LA CONSCIENCE.--Ah! s'il m'eût écouté, comme je serais belle encore!

LE VENTRE.--Égoïste! tu parles pour toi; ne te fâche donc pas si j'ai cherché à m'arrondir.

LA CONSCIENCE.--A mes dépens.

LE VENTRE.--Tu voulais bien me faire tort, pour te parer!

LA CONSCIENCE.--Plus j'étais pure, et plus je le rendais heureux.

LE VENTRE.--Plus je suis gros, et plus il avance dans la carrière des honneurs.

LA CONSCIENCE.--Va, on vit toujours mal en te prenant pour guide.

LE VENTRE.--On meurt de faim en se nourrissant de ta viande creuse.

LA CONSCIENCE.--Tu es un mauvais conseiller.

LE VENTRE.--Et toi, une détestable cuisinière.

LA BOUCHE.--A l'ordre! j'ai tenu la balance pendant la discussion, et je donne ma voix au Ventre. Ainsi, Conscience, tais-toi!

COUPS DE LANCETTE.

Ces messieurs méritent le cordon, monseigneur l'accorde.

· · ·

Il y a des cordons-bleus qui ont rougi.

· · ·

On les a mis au bleu, c'est au vert qu'il fallait les mettre.

· · ·

M. de Cumulando est devenu très-riche en visitant les pauvres.

· · ·

Jusqu'au jour où nous sommes arrivés,--16 juin 1827,--la vignette du Figaro représentait le héros de Beaumarchais un genou à terre et prenant des notes. Aujourd'hui, la vignette change, un nouveau personnage paraît. Figaro est debout et, d'une batte qu'il tient à la main, il menace Basile. Une épigraphe explique l'intention: «Ah! Basile, mon mignon, si jamais volée de bois vert!....»

Mettre ainsi en scène Basile avec son costume traditionnel, était certes un coup de maître pour la popularité. Mais quelle audace!... La rédaction, qui prévoit un danger, court au-devant de toutes les accusations, et, dans l'article qui suit, ravissant d'esprit et de finesse, explique le changement survenu tout à coup.

BASILE ET FIGARO

FIGARO (se relevant).

Allons! debout, les insectes ne rampent plus, ils volent; levons-nous pour les atteindre; leur nature qui les attire vers la terre, les empêchera bien de s'élever à la hauteur de l'homme libre.

BASILE (arrivant).

Ah! coquin de Figaro! Eh! que vois-je? il a changé de position.

FIGARO.

Pourquoi non? Ma vocation n'est-elle pas d'arracher le masque aux gens de ton espèce, à quelque étage qu'ils soient logés? Comme je t'ai suivi dans toutes tes bassesses, je te suivrai dans toutes tes transfigurations.

BASILE.

Tu n'es pas au bout de tes courses.

FIGARO.

Aussi ai-je acheté un cabriolet pour courir plus vite.

BASILE.

Figaro, tu cours après le chaland, car tu fais réparer ta maison: plus un magasin change d'enseigne, moins il prospère.

FIGARO.

Ne devais-je pas te manifester ma reconnaissance pour toutes les sottises que tu me mets à même d'offrir quotidiennement au public?

BASILE.

Ma figure t'a donc paru quelque chose de bien neuf à présenter à tes lecteurs?

FIGARO.

Je leur rends service; lithographier les imposteurs, c'est mettre un fanal sur l'écueil.

BASILE.

Encore si c'était mon visage, ma tournure... Non, tu as voulu commettre une impiété, te jouer avec les choses saintes; car cette vignette représente....

FIGARO.

Basile.

BASILE.

Elle représente Tartufe.

FIGARO.

C'est chicaner sur les mots.

BASILE.

Sois tranquille, MM. Devéria, Thompson et toi, vous pouvez compter sur.....

FIGARO.

Quelque petite dénonciation pour t'avoir fait ressemblant.

BASILE.

Oh!.... ressemblant... Quand m'as-tu vu si penaud?

FIGARO.

Quand, au milieu du parterre de l'Odéon, tu fus obligé d'applaudir à la première représentation de l'Homme habile, sous peine de laisser tes oreilles dans la salle.

BASILE.

La pièce me plaisait.

FIGARO.

Tu avais cette figure lorsqu'un de tes bons amis se fit condamner aux dépens pour avoir attaqué en diffamation certain rédacteur qui ne l'avait désigné que par ta profession.

BASILE.

On n'aime pas à se voir écorché dans la peau d'un confrère; et puis, l'esprit de corps...

FIGARO.

Enfin, tu n'es jamais moins laid que cela lorsque tu apprends qu'un honnête homme prospère, qu'un fripon est tombé, qu'un traître fait banqueroute, qu'un absolutiste est censuré et qu'un intolérant reçoit sur les ongles. Te voilà, lorsqu'un tribunal déclare que des traits malins ne sont point des crimes; lorsqu'un ministre, que tu croyais à bas, apprend que tu le calomniais déjà chez son successeur supposé. Oui, tu es ressemblant, on t'a peint le jour où Royer-Collard fut admis à l'Académie et le soir où Paris vainquit les ombres de la nuit par des milliers d'illuminations.

BASILE.

Ah! drôle! jacobin! athée! scélérat! voleur! hérétique!....

FIGARO (le menaçant).

Ah! Basile, mon mignon, si jamais volée de bois vert.....

COUPS DE LANCETTE

M. de V. se croit plus grand que la girafe.

· · ·

M. de P. veut armer la main de la justice d'une paire de ciseaux.

· · ·

M. de T. réclame les deux derniers volumes d'un roman intitulé: les Trois Soufflets; il n'en a reçu qu'un.

· · ·

Les élèves de M. Récamier aiment mieux aller en prison qu'à son cours.

· · ·

MM. les gendarmes n'aiment pas les trottoirs, cela n'est pas commode pour les chevaux.

LE JOURNALISTE EMBARRASSÉ.

Malgré toutes ses précautions oratoires, Figaro ne put maintenir Basile sur sa vignette. Ordre lui fut donné de retirer «cette impiété.» Comment faire? s'obstiner? c'était risquer l'existence du journal avec quatre-vingt-dix-neuf chances contre soi. S'avouer vaincu? c'était dur. Il y eut des hésitations, et, en attendant d'avoir trouvé un faux-fuyant ou pris un parti, Figaro n'imagina rien de mieux que de laisser en blanc la place de sa vignette. Ce jour-là, il débuta par un article d'allusions devenues obscures, dont le titre était: le Journaliste embarrassé, et qui commençait ainsi:

Allons, Figaro! toujours plus fort que les circonstances, taille ta plume, bats-toi les flancs et fais un bon article........

Basile n'avait été en scène que dix jours. Pendant trois numéros encore, l'entête du journal reste en blanc. Enfin, ne trouvant aucun joint, Figaro se décide à en revenir à son ancienne gravure; il chasse Basile, «jusqu'à des jours meilleurs.»

BASILE CHASSÉ

J'ai donc résolu de lui donner son compte; mais généreusement, il lui est encore redû de l'arriéré en coups de bâton; je ne le lui payerai pas...

COUP DE LANCETTE.

On parle d'un mendiant bohémien qui demandait dernièrement l'aumône, dans les rues de Prague, à coups de canon. Nous avons déjà vu beaucoup de mendiants aussi hardis que celui-là.

TABLETTES

PERDUES AU CAFÉ DES VARIÉTÉS.

--Ces journalistes croitent pouvoir faire un ouvrage dramatique parce qu'ils ont de l'esprit! ils ne savent pas seulement avaler un petit verre d'eau-de-vie!

--Notre pièce d'hier est enfoncé; c'est égal: j'enverrai deux cents billets au chef de cabale, et je prandrai un abonnements au Mentor.

--Mademoiselle C*** n'a pas voulé allée à la répétitions; j'ai parlé au directeur, il a fallu qu'elle y aille.

--La somme que m'a rapporté mon dernier vaudevilles n'est pas assez conséquente.

--Dire au caissier du théâtre de m'avancer cinquante franc sur la piesse en répétition.

--Il faut absolument que nous cherchions à évinser ce blanbèque de journaliste qui veut se familiarizé avec les membres du comité.

--Faire recopier le vaudeville qui a été ressu à correxion; ajouter un couplet de factures, et faire un raccords à la quatrième seine; ils n'y verrons que du feu.

--On a refusé ce matin une piesse d'un auteur inconnue; il y a de bonne idée; tâcher de m'en rappeler pour les insérer dans mon J***.

--B*** a fait ce matin un bon calembourt au café Dév...; ça ferat le trait de mon vaudeville finale.

--Econduire le jeune auteur qui m'a consultée sur sa piesse; lui faire accroire qu'elle ne présente pas d'élémant de suxès. Dire au piocheur de faire un scénarios là-dessu.

--Relire attentivement le trêté des participe, à cause de ces maudit journalistes. Et répondre à la lettre que m'a écrit le directeur.

COUPS DE LANCETTE.

M. Pellet a déposé deux exemplaires de son Cours d'orthographe usuelle au café des Variétés.

· · ·

«Les imprimeurs devraient bien savoir l'orthographe,» disait un vaudevilliste bien connu.

· · ·

--Quelque chose que fassent les journalistes, disait un vaudevilliste, j'aurai toujours l'avantage sur eux.

--Je crois bien, lui répondit-on, vous faites des pièces, et ils sont obligés de les écouter.

· · ·

On demandait à M*** pourquoi il n'exposait pas au Louvre, puisque les vaudevilles sont des objets d'industrie.

· · ·

Par jugement du tribunal de police correctionnelle, il est convenu que les vers d'un opéra valent quelque chose. MM. B. S. J. R. seront contents d'apprendre cette nouvelle.

· · ·

On me reproche de ne pas savoir le français, disait M. B...; eh! mon Dieu! Cicéron ne le savait pas plus que moi.

· · ·

Un vaudevilliste qui sait l'orthographe est persuadé qu'un journal a voulu faire son portrait en publiant un article intitulé: Le vin et le lait.

Dimanche, 12 août 1827.

DÉSAUGIERS.

Quand il vint, personne ne chantait plus en France; c'était partout la terreur et le silence, c'était une stupeur générale au milieu de laquelle notre gaieté s'était perdue comme tout le reste. Naguère si vif, si animé, si emporté dans ses plaisirs, le Parisien ne savait plus que trembler; et quand il entendit la voix du chansonnier créant de joyeux refrains, il recula, étonné de cet enchantement nouveau pour lui.

Car, en vérité, les chants de Désaugiers furent dès l'abord tous empreints de la franchise de son âme. Plein d'insouciance et de verve, il ne vit la vie qu'à travers un prisme couleur de rose. Poète du plaisir, il chanta comme Horace le vin, les fleurs, les femmes, l'amitié, et tous les dons que les dieux ont faits aux hommes pour leur faciliter l'existence.

Comme Horace, il s'éleva dans une époque atroce; comme lui, il servit merveilleusement la nation lorsque, de sang-froid, elle voulut revenir à son caractère primitif. Telle est la destinée des empires; après tant de bouleversements et l'interversion de la terre, il se fait que la main d'un poëte, une main faible et timide, se trouve toute-puissante pour faire avancer le char de la civilisation encombré dans des ruines.

Aussi, Désaugiers aura la seule récompense digne du poëte; il prendra place parmi les élus de la nation. Il vivra dans la mémoire tant qu'il y aura de la grâce chez nos femmes, de l'esprit parmi notre jeunesse; tant que les vers d'Anacréon seront regardés comme le résultat le plus heureux de la philosophie de tous les siècles.

Mais aujourd'hui ses amis pleurent sur sa tombe; la beauté a quitté ses guirlandes de fleurs; Thalie, éplorée, regarde ses blessures récentes. Hélas! depuis la mort de Panard, elle n'avait jamais ressenti une perte plus irréparable et plus cruelle!

Adieu, adieu, l'auteur de tant de charmants refrains! de tant d'ouvrages délicieux! adieu l'esprit, la verve, la gaieté, la franchise, le Vaudeville n'est plus!!!

· · ·

«Bon Désaugiers, avec philosophie, «Même en mourant, dit-on, tu conservais «Ce calme heureux que n'altéraient jamais «Les douleurs de ce mal qui consumait ta vie. «Vas te placer sur l'Hélicon, «Asile du génie et du talent modeste.» Et nous, pleurons sa mort... Mais Béranger nous reste. Consolez-vous, amis de la chanson.

· · ·

Les jours meilleurs prévus par Figaro sont venus; les obstacles ont été levés. De nouveau Basile reparaît sur la vignette, tenu en respect par le bâton du barbier. Il y restera cette fois jusqu'au dernier jour.

Mercredi, 7 novembre 1827.

LE RETOUR DE BASILE.

BASILE, à la porte de Figaro, battant la semelle et soufflant dans ses doigts.

Diantre soit de l'événement! Moi qui comptais me chauffer tout l'hiver avec les rognures!... Mettre ainsi un pauvre homme à la porte! Il faut que je vive... Je sais bien que tout le monde n'en voit pas la nécessité... Allons Basile, mon ami, changeons de gamme; faisons comme l'abbé Pellegrin... Je ne me montrerai pas exigeant. Voilà ma pétition en deux mots: Le coin le plus éloigné du feu, les miettes de la table; et puis ce que je demanderai, ce qu'on me donnera, avec ce que je prendrai. Voilà tout ce qu'il me faut; j'en serai quitte pour quelques coups de lancette, mais le froid pique plus que cela: on peut mourir de faim, mais on ne meurt pas de honte. Frappons. (Il frappe.)

FIGARO.

Entrez! Bienvenu, qui arrive aujourd'hui...

BASILE.

Allons, c'est encourageant. (Il entre.)

FIGARO.

Comment! c'est toi, misérable?

BASILE.

Je suis content de toi; on voit que tu reconnais tes amis, même après leur disgrâce.

FIGARO.

Est-ce encore une mauvaise nouvelle que tu viens m'apporter?

BASILE, jetant sur la table une paire de ciseaux brisés[4].

Hélas! oui, bien mauvaise!

FIGARO.

Voilà un bien heureux malheur! Et que veux-tu que je fasse de cela?

BASILE.

Deux lancettes, en aiguisant les morceaux; c'est encore un assez joli cadeau, car ils sont d'une trempe excellente: tu dois en savoir quelque chose.

FIGARO.

Coquin! il serait donc vrai? tu étais...

BASILE, tombant aux pieds de Figaro.

Ah! mon ami, tu ne sais pas ce que c'est que la faim!

FIGARO.

Qui te défendait de vivre en honnête homme?

BASILE.

On fait si maigre chère!

FIGARO.

Te voilà pourtant bien plat.

BASILE.

Bien volé...

FIGARO.

J'entends... ne profite jamais.

BASILE.

Au contraire... profite toujours; mais il ne faut pas qu'on vous coupe la digestion si brusquement.

FIGARO.

Ah! ça, tu comptes t'en aller sur-le-champ?

BASILE.

Pas si bête! Je viens reprendre mon emploi.

FIGARO.

Tu as bien de l'audace!

BASILE.

C'est le mérite de ceux qui n'en ont pas d'autre. D'ailleurs, tu penses bien que j'ai profité de ma position: je sais une foule de choses divertissantes et curieuses; j'étais à la bonne source. Tiens (tirant de sa poche plusieurs rognures de papier), voilà ce que toi ni tes confrères n'avez pu dire. Ecoute: On vient de mettre en vente l'Histoire des Favorites des rois de France, par M. de Châteauneuf. Tu sens qu'il ne faut pas mettre l'immoralité au rabais, afin que l'ouvrier puisse l'apprendre à bon marché.

FIGARO.

Comment! des moeurs, Basile?

BASILE.

Oh! non: affaire d'argent; j'en ai cinq exemplaires. Tiens! et cette Bigarrure, devions-nous permettre qu'elle fût connue? «Un vieillard privé de sa raison et en butte aux outrages des polissons de Marseille; ils le poursuivent dans les rues, l'entourent et le questionnent, puis accueillent ses réponses avec les éclats d'un rire ironique. Ce malheureux dont les habits sont en lambeaux, fut un des chimistes les plus distingués de la France: il dirigeait à dix-neuf ans une de nos premières manufactures. Couronné dans plusieurs académies, il est auteur de plusieurs mémoires traduits dans toutes les langues. L'Académie de Lyon a dit de lui qu'il avait créé la langue des sciences; il est frère de M. Quatremère de Quincy, et, comme tel, membre de l'Académie des sciences...» Sans doute, il y avait du bon dans la publicité de cette infamie; mais l'amour du prochain se révolte...

FIGARO.

Comment! de l'humanité, Basile?

BASILE.

Point... point, affaire de scandale. Maintenant, regarde ceci, Procès de Contrafatto. C'était une plaie trop douloureuse pour les âmes qui ont de la piété.

FIGARO.

Comment! de la religion, Basile?

BASILE.

Tu n'y es pas, cela me touchait personnellement. Affaire de costume. Tu vois bien que si j'ai empêché le mérite de parvenir, si j'ai tenu secrète l'apparition d'un bon livre, si j'ai exploité le silence au profit de quelques intrigants et même de quelques fripons, il y avait au fond de tout cela de ces arguments...

FIGARO.

C'est juste, mais écoute: j'ai une excellente idée.

BASILE.

Voyons.

FIGARO.

Il faut que je commence par une bonne action.

BASILE.

Envers moi?

FIGARO.

Envers toi: je t'attache...

BASILE.

A la rédaction du journal?

FIGARO.

Au pilori; je te mets en tête de ma feuille, et chaque matin... Ah! Basile, mon mignon, si jamais volée de bois vert!

COUPS DE LANCETTE.

Maintenant que je triomphe, a dit le maréchal S... à ses valets, déposez vos.... cierges!

· · ·

Paris n'est plus qu'un faubourg de Montrouge.

ÉPITAPHE.

Ci-gît un maréchal de dévote mémoire, Qui lisait son bréviaire avant d'aller au feu; Pour monter aux honneurs on dit qu'il crut en Dieu, Et qu'on lui paya cher cette oeuvre méritoire. Pour mourir en chrétien, ce héros circoncis Se fit ensevelir dans un sarreau de serge, Puis il entra tout droit en paradis A cheval sur un cierge.

· · ·

Depuis le commencement de cette année 1827, M. Villèle sentait le pouvoir lui échapper. Bien des fois déjà sa position avait été menacée, mais jamais aussi sérieusement. Toujours quelque compromis l'avait sauvé. Il est vrai que, pour se maintenir, il n'avait reculé devant rien. Depuis longtemps il avait fait litière de ses convictions et de ses principes. Lui, qui se flattait de gouverner, il n'avait jamais fait qu'obéir à la pression du parti le plus fort. Sa carrière ministérielle ne fut qu'un long sacrifice à sa dévorante ambition.

Mais, à la fin de la session de 1827, il comprit au vide qui se faisait autour de lui que l'heure de sa chute était proche. Il récapitula les défaites du ministère et fut épouvanté. Un ambitieux, cependant, ne rend pas les armes sans combat; M. de Villèle se résolut à frapper un grand coup, à oser. L'heure des concessions était passée; toutes les combinaisons, toutes les tentatives étaient usées; un coup d'État pouvait seul lui conserver le portefeuille. Mais ce qui, dans sa pensée, devait le sauver le perdit. Lui-même hâta sa ruine en précipitant les événements.

Six mois avaient suffi au ministère pour perdre sa majorité dans la Chambre élective; la Chambre des pairs résistait en face.

M. de Villèle entreprit de briser ces deux oppositions. D'un seul coup, soixante-seize pairs furent nommés. Cette fournée devait rendre la majorité aux ministres du roi. Le même jour, une autre ordonnance prononçait la dissolution de la Chambre et convoquait les colléges électoraux pour nommer de nouveaux députés.

Protégé par la censure,--retirée par ordonnance du même jour,--M. de Villèle avait eu le temps de préparer les départements, ses agents intriguaient partout, il se croyait sûr des élections.

Les événements allaient tromper son attente.

COUPS DE LANCETTE.

On a beau agrandir la chambre, elle sera toujours moins large que leur conscience.

· · ·

On annonce que M. Comte part pour les départements. Il va donner des leçons d'escamotage.

· · ·

M. de V. ne voit dans les élections qu'un jeu de cartes.

· · ·

L'anecdote et les coups de lancette qui suivent sont une allusion à ce fameux Cabinet noir, qui empêcha tant de gens de dormir sous la Restauration. Violer le secret des lettres, et ouvertement encore, semblait chose toute naturelle.

ANECDOTE. Un monsieur de la poste, un jour, par ignorance, D'une lettre rompit le mobile cachet, Pour voir, assurait-il, si les bourgeois de France Avaient pour lui quelque secret. Il fut pris sur le fait. Le cas était pendable; Rien ne pouvait excuser le coupable: Le peuple le plaignait. «Cessez, dit un intrus, Ne plaignez pas ce roi des drôles, Il a d'assez bonnes épaules Pour porter deux lettres de plus.

COUPS DE LANCETTE.

Ils espèrent gagner la partie avec les valets.

· · ·

On espère que M. de V... n'arrivera jamais à la majorité.

· · ·

Ils brisent le cachet des lettres pour revenir aux lettres de cachet.

ÉPITAPHE

DE STELLA MESSALINA, DE CHAMBER-BASSE,

Décédée le 6 novembre 1827.

D'un ministre corrupteur Ci-gît la prostituée, Bien et duement polluée Par un vil entreteneur. Hélas! des moeurs les plus pures Brilla sa minorité; Mais dans sa majorité On ne trouva que souillures! Chamber-basse fut son nom, Basse, autant que se peut faire, Fille de corruption, Elle eut les traits de sa mère.

COUPS DE LANCETTE.

MM. Vil..., Corb.... et Peyr.... ne tiennent plus qu'à un fil; c'est le sort de tous les pantins.

· · ·

Que les ministres se sauvent, et la France est sauvée.

· · ·

Dans l'opinion de M. de Villèle, la brusque dissolution de la Chambre et la convocation immédiate des colléges électoraux devaient assurer la nomination des hommes présentés par le ministère et lui rendre ainsi la majorité nécessaire. L'administration avait pu dresser à loisir et d'avance toutes ses batteries; l'opposition, prise au dépourvu, ne devait pas avoir le temps de se reconnaître et de se concerter. Ce fut la dernière erreur de M. de Villèle.

Ces mesures inattendues, hautement qualifiées d'embûches indignes, irritèrent profondément le corps électoral. L'indignation fit taire les scrupules et les dissentiments. Toutes les oppositions se donnèrent la main, toutes les opinions se rallièrent contre un ministère abhorré, dont on ne voulait plus à aucun prix. Les préfets essayèrent de renouveler les fraudes et les violences de 1824; peines perdues, leurs complices mêmes les abandonnèrent et les trahirent, entraînés par l'irrésistible courant de l'opinion. On devinait la défaite avant le combat.

A Paris, les huit candidats de l'opposition furent acclamés plutôt que nommés par une immense majorité. Le ministère ne fut ni surpris ni effrayé de ce résultat, il l'avait prévu. Restaient les départements, qui pouvaient tout sauver encore, le cabinet y comptait, mais que pouvait entraîner l'exemple de la capitale. Pour avoir plus facilement raison des départements, on résolut de les frapper d'épouvante. Le spectre de la Révolution, ressource suprême des tyrannies dans l'embarras, fut tiré de la boîte aux accessoires gouvernementaux, et c'est dans le sang que tomba le ministère Villèle.

La victoire remportée à Paris par l'opposition était à peine connue, que la ville s'illumina comme par enchantement. C'était le dimanche 28 novembre 1827.

Le lendemain, lundi matin, les journaux ministériels, en enregistrant la défaite du cabinet, parlèrent en termes amers de l'allégresse publique et prédirent les plus terribles événements. «Nous allons voir la Révolution à l'oeuvre,» disaient-ils. Le soir même, leurs prédictions se réalisaient.

Le lundi soir, en effet, les illuminations furent plus brillantes que la veille, surtout dans les quartiers Saint-Denis et Saint-Martin. Là, par conséquent, se portait la foule. On criait, on tirait des pétards; mais, en somme, tout se passait le plus tranquillement du monde.

Il était déjà neuf heures du soir, les lumières s'éteignaient, la foule se retirait lentement, lorsque tout à coup éclata une de ces émeutes sans émeutiers comme savait, au besoin, en organiser la police. Une soixantaine d'individus à mines hétéroclites, qui firent subitement irruption dans la rue Saint-Martin, donnèrent le signal des désordres, ils brisaient à coups de pierres les vitres des maisons dont les illuminations s'étaient éteintes. Bientôt, ces violences ne leur suffirent plus: aidés de quelques désoeuvrés et d'un assez grand nombre d'enfants, ils renversèrent les voitures que le hasard amenait dans cette direction et commencèrent des barricades. Les curieux, épouvantés, cherchaient à fuir; ils ne pouvaient; de tous côtés la rue était interceptée. Cependant, pas un agent de police ne paraissait, pas un gendarme; les postes voisins laissaient faire.

A onze heures seulement, la force publique donna signe de vie. Les faux émeutiers étaient loin. Il n'y eut, de la part de la foule, aucune provocation. Quelques cris de: A bas les gendarmes! poussés par des gamins, se firent seuls entendre. La troupe tira cependant, sans sommation, puis chargea. Il y eut des morts et des blessés. Quelques malheureux furent tués aux fenêtres, d'autres sabrés, tandis qu'éperdus ils s'enfuyaient par les rues latérales. A une heure, on entendait encore des feux de peloton.

Le lendemain, chose incroyable, les mêmes scènes se renouvelèrent. La police n'avait pris aucune mesure, elle n'avait même pas fait déblayer les rues Saint-Martin et Saint-Denis; les essais de barricades étaient toujours debout. Toute la journée, la circulation des voitures fut interrompue.

Puis, le soir, mardi, dès sept heures, les mêmes individus recommencèrent leurs attaques. Comme la veille, la police était absente. Les habitants de la rue demandèrent main-forte aux postes voisins; les postes refusèrent de sortir, ils avaient des ordres. Les bourgeois, alors, essayèrent de rétablir l'ordre eux-mêmes. Ils arrêtèrent quelques-uns des misérables et les conduisirent au poste; on les relâcha presque aussitôt.

Les barricades, cependant, allaient leur train. L'une d'elles, vis-à-vis du passage du Grand-Cerf, s'élevait presque à la hauteur d'un premier étage. Cette fois, les perturbateurs allèrent jusqu'à maltraiter quelques boutiquiers. Leur besogne faite, les misérables se retirèrent; puis, comme la veille, la troupe arriva de trois côtés à la fois. Les soldats ne trouvaient aucune résistance, n'importe, ils faisaient feu; les gendarmes sabraient. Jusqu'à une heure fort avancée de la nuit, la tuerie continua dans un rayon assez étendu. Il y eut des morts, un grand nombre de blessés.

Le lendemain, à Paris, la consternation fut grande, l'indignation plus grande encore. La capitale se leva en masse pour accuser la police, complice du ministère. Des plaintes furent déposées, la cour évoqua l'instruction. Mais, après trois mois d'enquête, le parquet fut obligé de rendre une ordonnance de non-lieu. C'était à la police de signaler les coupables, de les trouver; le pouvait-elle? Il resta prouvé qu'on avait tiré sur des citoyens inoffensifs, qu'on avait sabré des curieux et des passants: voilà tout.

Si, comme tout le fait croire, le ministère n'avait pas reculé devant un crime abominable, le crime ne lui servit de rien. Les électeurs des départements furent épouvantés, c'est vrai; l'opposition fut moins forte, mais elle conserva encore une majorité de plus de cinquante voix. C'était la chute du Cabinet, les ministres le comprirent. Le 26 décembre, les journaux annoncèrent le départ de M. de Villèle pour la Bretagne.

Mardi, 20 novembre 1827.

BIGARRURES.

Tout Paris a été illuminé hier; l'allégresse était au comble: les pétards éclataient de tous cotés, les feux de joie se multipliaient à l'infini; les rues Saint-Denis et Saint-Martin étaient resplendissantes de lumières. La présence inutile d'une cinquantaine de gendarmes à cheval a seule troublé cette grande fête de famille. En vain les priait-on de marcher au pas; un vieil officier, placé sur le flanc du détachement, a commandé à sa troupe de partir au grand trot, et, brandissant son sabre, on l'a entendu s'écrier: «Frappez! frappez-les!»

Cette scène de désordre avait lieu dans la rue Saint-Denis au coin de la rue Mauconseil.

Mercredi, 21 novembre 1827.

BIGARRURES

Dans la déplorable soirée d'avant-hier, M. Duvillard, officier de gendarmerie, de service au théâtre Feydeau, s'est permis d'éteindre à coups de pied quelques lampions placés à la porte du libraire Jehenne. M. Duvillard obtiendra sans doute une bonne note chez M. Franchet[5] pour cet acte de courage et de patriotisme.

COUPS DE LANCETTE.

La rue Saint-Denis va, dit-on, prendre le nom de rue des Boucheries.

· · ·

Quand la foule ne veut pas se retirer, on la somme.

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Autrefois il y avait guet à pied, guet à cheval; aujourd'hui, il y a guet-apens.

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On n'a tué personne; on a seulement envoyé quelques prévenus devant leur juge naturel.

Jeudi, 22 novembre 1827.

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