L’ÉQUIPAGE.
Manqué!
VIVETTE.
Ah! que j’ai eu peur!...
ROSE.
Tu as eu peur, hein?... Tu vois bien que tu y penses comme moi... Non! non! ce n’est pas possible, il faut prendre un parti, je ne peux pas vivre comme ça. Viens...
TROISIÈME TABLEAU.
LA CUISINE DE CASTELET.
A droite, dans l’encoignure, haute cheminée à grand manteau. — A gauche, longue table et banc de chêne, bahuts, portes intérieures. — C’est le petit jour.
SCÈNE PREMIÈRE.
LE PATRON MARC, L’ÉQUIPAGE.
Le patron Marc, sur une chaise, sue à grosses gouttes pour entrer dans ses grandes bottes de marais. — L’équipage tout harnaché est adossé contre la table et dort debout.
MARC.
Vois-tu, matelot, en Camargue, il n’y a de bon que l’affût du matin. (Tirant sur sa botte.) Hé! allez donc!... Le jour, il faut courir dans la vase, lever les jambes comme un cheval borgne. Pour tuer quoi? pas même une sarcelle... ho! hisse! me voilà botté... A l’aube, au contraire, les oies, les flamants, les charlottines, tout ça vous défile en bataillons sur la tête, on n’a qu’à tirer dans le tas. Pan! pan!... Ça vaut la peine, hein?... Qu’est ce que tu dis? Hé! là-bas. Hé! Est-ce que tu dors, matelot?
L’ÉQUIPAGE, rêvant.
Manqué!...
MARC.
Comment! manqué, mais je n’ai pas tiré. (Le secouant.) Éveille-toi donc, animal.