L'homme-fourmi
Han Ryner
L'homme-fourmi
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Sources :
- Bibliothèque Électronique du Québec
Ont contribué à cette édition :
- Association de Promotion de l'Ecriture et de la Lecture
Fontes :
- David Rakowski's
- Manfred Klein
- Philipp H. Poll
A Jacques Frehel
Le jour où je vis frémir, sous la transparence de vos livres, votre nature généreuse, je n’eus envers vous qu’une justice d’avare ou de pauvre. J’aime, dès la première rencontre, les talents latins et leur simple harmonie. Il me faut une plus longue application pour comprendre les génies barbares. Leur libre fécondité et leur prodigalité apparemment folle me troublent d’une admiration où l’étonnement tient d’abord, je le crains, plus de place que la sympathie. Je me perds aux coudes inattendus, aux brusqueries divergentes de leurs créations touffues, et je suis porté à dire, plus que mon émerveillement, mon inquiétude. Mais ce n’est qu’une question de temps et de fréquentation. Quand je connais enfin la forêt à demi sauvage aussi bien que le parc, je sens de combien elle est plus largement belle et plus noblement émouvante.
Aussi d’un zèle joyeux je m’efforce gravant au fronton de ce livre, – monument sans doute ruineux, hélas ! – mon admiration chaque jour plus profonde pour tant de pages de Bretonne, pour presque toutes les pages de Déçue et plus encore, s’il est possible, pour ces étonnants poèmes en prose que vous nommez trop modestement contes ou nouvelles et que vous êtes bien coupable, Madame, de ne pas réunir en volume.
Han Ryner.
P. S. – J’ai tenu à laisser celle dédicace telle qu’elle parut pour la première fois en 1901. Mais n’ai-je pas le devoir, ma chère amie, d’avertir que votre crime d’abstention est réparé ? Vos délicats et pénétrants poèmes en prose, vous les avez groupés, pour notre joie durable, sous ce titre d’une exquise mélancolie, Le Cabaret des Larmes. Je commettrais une grave injustice – envers le public plus encore qu’envers vous – si je n’indiquais aussi combien, depuis le commencement du siècle, vous avez dépassé toutes vos promesses et toutes nos espérances, ou si je négligeais de nommer ces deux chefs-d’œuvre larges et complets : Le Précurseur, La Guirlande sauvage.
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