‹ L'hôte inconnuChapitre 100 sur 109 · VI

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Il n’y a donc pas lieu de proscrire entièrement les autres théories. La plupart renferment sans doute plus d’une parcelle de vérité; et, notamment, la grande querelle de la subconscience et du spiritisme repose en somme sur un malentendu. Il est fort possible et même assez probable que les morts nous entourent, puisqu’il est impossible que les morts ne vivent pas. Notre subconscience doit se mêler à tout ce qui ne meurt pas en eux; et ce qui meurt en eux ou plutôt se disperse et perd toute importance, n’est que la petite conscience rassemblée sur cette terre et maintenue jusqu’à la dernière heure par les liens fragiles de la mémoire. En toutes ces manifestations de notre hôte inconnu, c’est notre moi d’après la tombe qui déjà vit en nous tandis que nous sommes encore dans la chair et rejoint par moments ce qui ne périt pas dans ceux qui ont quitté leur corps. L’existence de notre hôte inconnu supposerait donc l’immortalité d’une partie de nous-mêmes? Est-il possible d’en douter? Vous êtes-vous jamais imaginé que vous péririez tout entier? Pour moi, ce que je ne saurais me représenter, c’est la façon dont vous vous représenteriez cet anéantissement total. Mais si vous ne pouvez entièrement périr, il est non moins certain que ceux qui vous ont précédé n’ont pas péri non plus; et dès lors, il n’est pas tout à fait invraisemblable qu’on les puisse retrouver et communiquer avec eux. En ce sens élargi, l’hypothèse spirite est parfaitement admissible; mais ce qui ne l’est point du tout, c’est l’étroite et minable interprétation que lui donnent trop souvent ses adeptes. Ils voient les morts s’agglomérer autour de nous comme de misérables fantoches indissolublement attachés aux médiocres lieux de leur agonie, par les mille petits fils d’insipides souvenirs et de radoteuses manies. Ils seraient là, encombrant nos demeures, plus bassement humains que s’ils vivaient encore, vagues, inconsistants, bavards, désemparés, inutiles, oisifs, agitant pêle-mêle leurs ombres désolées que dévorent lentement le silence et l’oubli, s’occupant sans cesse de ce qui ne les regarde plus, mais à peu près incapables de nous rendre un service réel; tels, en un mot, qu’ils finiraient par nous persuader que la mort ne sert de rien, ne purifie, n’élève, ne délivre rien et qu’elle est redoutable et sans espoir.

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