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Mais comment rendre compte de l’incroyable contraste entre la grandeur sans mesure de notre hôte inconnu, entre l’assurance, le calme, la gravité de la vie intérieure qu’il mène au fond de nous et les incohérences puériles et quelquefois grotesques de ce qu’on pourrait appeler son existence publique? En nous, c’est le souverain juge, le pondérateur, le prophète et presque le dieu tout puissant; au dehors, dès qu’il quitte sa retraite et se manifeste par des actes extérieurs, ce n’est plus qu’un diseur de bonne aventure, un rebouteux, une sorte de prestidigitateur ou de téléphoniste facétieux, j’allais dire d’acrobate ou de pitre. A quel moment est-il vraiment lui-même? Est-il pris de vertige lorsqu’il sort de son antre? Est-ce nous qui ne l’entendons plus, ne le comprenons plus dès qu’il cesse de parler à voix basse et d’agir dans l’ombre de notre vie? Sommes-nous, par rapport à lui, la ruche épouvantée où plonge une main gigantesque et inexplicable, ou la fourmilière affolée où se pose un pied colossal et incompréhensible? Ne nous hasardons pas encore, à l’aide du peu que nous savons, à sonder la bizarre énigme. Bornons-nous, pour l’instant, à noter au passage d’autres questions un peu plus faciles auxquelles on peut tout au moins essayer de répondre.
Et d’abord, s’agit-il de faits réellement nouveaux? Est-ce d’hier seulement que l’existence de notre hôte inconnu et ses manifestations extérieures nous furent révélées? Est-ce notre attention qui les fait paraître plus nombreuses ou l’accroissement de leur nombre qui attire enfin notre attention?
Il semble bien que si haut qu’on remonte le cours de l’histoire, on retrouve partout, sous d’autres noms et dans une mise en scène souvent plus prestigieuse, les mêmes phénomènes extraordinaires. Oracles, prophéties, aruspices, incantations, évocations des morts, possessions, apparitions, fantômes, guérisons miraculeuses, lévitations, transmissions de pensée, résurrections apparentes, etc., reproduisent exactement, bien qu’amplifiées par d’abondantes et d’évidentes fraudes, notre surnaturel d’aujourd’hui. D’un autre côté, on peut constater que la répartition des phénomènes psychiques est sensiblement égale sur toute la surface du globe. En tout cas, il ne paraît pas y avoir de race qui y soit absolument ou particulièrement réfractaire. On dirait néanmoins qu’ils se manifestent de préférence chez les peuples les plus civilisés,--peut-être parce qu’ils y sont plus soigneusement recherchés,--et les plus primitifs. En somme, on ne saurait nier qu’on se trouve en présence de facultés ou de sens plus ou moins latents, mais universellement répandus qui font partie du patrimoine général et constant de l’humanité. Mais ces facultés ou ces sens ont-ils évolué comme la plupart des autres; et s’ils ne l’ont pas fait sur notre terre, y saisit-on les traces d’une évolution extra-planétaire? Y a-t-il progrès ou recul, sont-ils des rameaux inutiles et flétris ou des bourgeons gonflés de sève et de promesses, se retirent-ils devant l’intelligence ou gagnent-ils sur son domaine?