‹ L'hôte inconnuChapitre 20 sur 109 · VI

VI

Je renvoie, pour les détails nombreux que je n’ai pu donner, à l’étude scrupuleuse et très complète du Dr Osty; mais ceux que j’ai retenus suffisent à caractériser ce cas extraordinaire.

Nous avons d’abord une certitude qui paraît à peu près inattaquable; c’est qu’il ne saurait être question d’un crime. Personne n’avait le moindre intérêt à la mort du vieillard. Le corps ne portait aucune trace de violence; du reste la pensée d’un attentat quelconque n’effleura même pas l’esprit de ceux qui furent mêlés à l’aventure. Le malheureux dont le dérangement cérébral était connu de tous ceux qui l’approchaient, hanté de l’idée et du désir fixes de la mort, était allé chercher celle-ci, obstinément et paisiblement, dans un taillis voisin. Il n’y a donc pas de criminel, c’est-à-dire pas de communication possible ou imaginable du subliminal du médium avec un subliminal vivant sur cette terre. Il faut dès lors admettre que la communication s’établit avec le mort ou sa subconscience demeurée vivante près d’un mois après le décès et errant encore aux mêmes parages; ou bien accepter que tout ce drame futur, tout ce que le vieillard allait voir, faire et subir se trouvait déjà irrévocablement inclus et inscrit dans les plis du foulard, au moment où il le portait.

Je ne vois pas, dans l’espèce,--toutes relations avec les vivants étant nettement et incontestablement coupées,--d’autres explications. Les deux seules qui nous restent sont également stupéfiantes, et nous replongent inopinément en des régions féeriques et fabuleuses auxquelles nous croyions avoir dit, une fois pour toutes, adieu. Si l’on n’adopte pas l’hypothèse du foulard révélateur, il faut se ranger à celle des spirites qui maintiennent que les désincarnés communiquent librement avec nous. Il est certain qu’ils peuvent trouver dans cet exemple un argument sérieux. Mais un fait unique ne suffit pas à étayer une théorie, d’autant moins que celui-ci ne sera jamais entièrement à l’abri de l’objection qu’on peut tirer d’un crime après tout possible et dont on est impuissant à prouver matériellement l’inexistence. Il nous faut donc, en attendant d’autres faits similaires et plus décisifs, s’il en est d’imaginables, revenir à ceux qui sont pour ainsi dire des faits de laboratoire que ceux-là seuls contestent qui ne veulent pas prendre la peine de les constater; et ces faits-là, il n’y a, pour les interpréter, que les deux hypothèses dont nous avions parlé avant cette diversion; puisqu’ici nous n’avons généralement pas, comme dans la parole ou l’écriture automatique, à envisager l’intervention des morts. Il est rare en effet que les plus notoires psychomètres soient spirites et se réclament des désincarnés. D’habitude, ils ne se soucient guère de la source de leurs intuitions et semblent peu curieux d’en préciser le mécanisme et l’origine. Or, il serait bien étonnant qu’agissant et parlant au nom des trépassés, ils ignorassent aussi régulièrement l’existence de ceux qui les inspireraient; et plus étonnant encore que les morts que nous voyons en d’autres circonstances si jaloux de revendiquer leur identité, ne cherchassent point ici, où l’occasion est si propice, à s’affirmer, à se manifester et à se faire reconnaître.

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