VIII
Pour moi, s’il me fallait choisir, j’adopterais nettement, dans la plupart de ces cas de laboratoire, l’hypothèse d’après laquelle l’objet touché servirait simplement à dépister, parmi la foule prodigieuse des êtres, celui qui l’imprégna de son fluide. «Cet objet, comme le dit le Dr Osty, n’aurait d’autre rôle que de permettre à la sensibilité du sujet de distinguer une force déterminée parmi les innombrables forces qui le sollicitent.» Il semble de plus en plus certain qu’étant les cellules d’un immense organisme, nous sommes reliés à tout ce qui existe par un inextricable réseau d’ondes, de vibrations, d’influences, de courants, de fluides sans nom, sans nombre et ininterrompus. Presque toujours, chez presque tous les hommes, tout ce qu’apportent ces fils invisibles tombe dans les ténèbres de l’inconscience et passe inaperçu, ce qui ne veut pas dire qu’il y demeure inactif. Mais parfois, une circonstance exceptionnelle, comme dans le cas présent la merveilleuse sensibilité d’un médium de premier ordre, nous révèle brusquement, par les vibrations et l’action irrécusable d’un de ces fils, l’existence du réseau infini. Dans un ordre d’idées analogues, mais dans un monde plus modeste et plus naïvement borné, et sans m’arrêter à des histoires de pistes presque médiumniquement retrouvées et suivies après avoir flairé un objet, histoires d’ailleurs fort vraisemblables mais qui ne sont pas encore assez rigoureusement étayées, le chien, par exemple, est sans cesse environné d’odeurs et de fumets divers auxquels il semble indifférent, jusqu’à ce que son attention soit éveillée par l’un ou l’autre de ces effluves vagabonds. Il le démêle alors dans l’invraisemblable lacis. On dirait que la trace s’anime, vibre comme une corde à l’unisson des désirs de l’animal, devient irrésistible et l’entraîne à son but après d’innombrables détours.
Dans la «correspondance croisée», nous voyons également se révéler le réseau mystérieux. Deux ou trois médiums qui ne se connaissent pas, que séparent souvent des continents ou des mers, qui ignorent où se trouve celui qui va compléter leur pensée, écrivent chacun un bout de phrase qui, isolé, n’a aucune signification. On réunit les fragments et l’on constate qu’ils s’emboîtent à merveille et prennent un sens intelligible et manifestement prémédité. Nous retrouvons ici la même faculté médiumnique qui permet de dépister, parmi des milliers d’autres, une force déterminée qui errait dans l’espace. Il est vrai que dans ce cas, les spirites soutiennent que toute l’expérience est organisée et dirigée par une intelligence désincarnée, indépendante des médiums, qui entend de cette façon prouver son existence et son identité. Sans rejeter d’emblée cette théorie qui n’est pas indéfendable, bornons-nous à remarquer que puisqu’en psychométrie, la faculté se manifeste sans l’intervention des esprits, il n’y a peut-être pas de raisons suffisantes pour l’attribuer aux désincarnés dans la «correspondance croisée».