XVII
Mais n’allons pas trop loin, demeurons justes et reconnaissons que leur situation est presque inextricable et que nos reproches s’expliquent aussi mal que leur conduite. En effet, que voulez-vous qu’ils fassent dans le cercle où les emprisonne notre logique? Ou ils nous prédisent un malheur que leurs prédictions ne peuvent détourner; et dès lors, à quoi bon le prédire; ou s’ils nous l’annoncent en nous donnant en même temps le moyen de l’empêcher, ils ne voient pas réellement l’avenir et ne prédisent rien puisque le malheur ne doit pas avoir lieu; en sorte que, dans l’un comme dans l’autre cas, leur acte paraît absurde.
On le voit, de quelque côté qu’on se tourne, on ne trouve que l’incompréhensible. D’une part, l’avenir préétabli, inconcussible, inaltérable, que nous avons appelé destin, fatalité, que sais-je, qui supprime dans l’homme toute indépendance, tout libre arbitre, et qui est le plus inconcevable, le plus désespérant des mystères; de l’autre, des intelligences apparemment supérieures à la nôtre puisqu’elles connaissent ce que nous ignorons, qui, sachant que leur intervention est toujours inutile et bien souvent cruelle, viennent néanmoins nous harceler de leurs prédictions sinistres et dérisoires. Faut-il se résigner une fois de plus à vivre les yeux clos et la raison noyée dans l’immense océan de ténèbres et n’y a-t-il aucune issue?