‹ L'hôte inconnuChapitre 50 sur 109 · XXV

XXV

Je ne sais s’il est bien nécessaire, pour clore ces chapitres, d’aborder, après tant d’autres, le problème de la préexistence de l’avenir qui englobe ceux de la fatalité, du libre arbitre, du temps et de l’espace, c’est-à-dire tous les points qui touchent aux sources essentielles du grand mystère de l’univers. Les théologiens et les métaphysiciens les ont attaqués de toutes parts sans nous donner le moindre espoir de les résoudre. Parmi ceux que nous pose la vie, il n’en est pas auxquels notre cerveau paraisse plus exactement, plus rigoureusement fermé, et ils demeurent sinon aussi inimaginables, du moins aussi peu compréhensibles que le jour qu’on les aperçut pour la première fois. Qu’est-ce qui correspond, en dehors de nous, à ce que nous appelons le temps et l’espace? Nous n’en savons rien; et Kant qui parle au nom des «Aprioristes» qui tiennent que l’idée du temps nous est innée, ne nous apprend pas grand’chose lorsqu’il nous dit que le temps, comme l’espace, est une forme a priori de notre sensibilité, c’est-à-dire une intuition devançant l’expérience; de même que Guyau, parmi les «Empiristes» qui estiment que cette idée ne s’acquiert que par l’expérience, ne nous éclaire pas davantage en déclarant que ce même temps est la formule abstraite des changements de l’univers. Que l’espace, comme le veut Leibnitz, soit un ordre de coexistences et le temps un ordre de successions, que ce soit par l’espace que nous arrivions à nous représenter le temps ou que le temps soit une forme nécessaire de toute représentation, que celui-ci soit le père de celui-là ou inversement, une chose est certaine, c’est que tous les efforts des aprioristes kantiens ou néo-kantiens, des empiristes purs et des empiristes idéalistes, aboutissent aux mêmes ténèbres; c’est que tous les philosophes qui s’en sont occupés, parmi lesquels on peut citer pêle-mêle les plus grands noms de la pensée d’hier et d’aujourd’hui: Spencer, Helmholtz, Renouvier, James Sully, Stumpf, William James, Ward, Stuart Mill, Ribot, Fouillée, Guyau, Bain, Lechalas, Balmès, Dunan et combien d’autres, n’ont pu domestiquer la double et formidable énigme, et que leurs théories les plus contradictoires sont également défendables et luttent vainement dans l’obscurité contre des ombres qui n’appartiennent pas à notre monde.

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