‹ L'hôte inconnuChapitre 52 sur 109 · XXVII

XXVII

Nous concevons assez facilement qu’on puisse ainsi rejoindre et revoir le cliché d’un événement qui n’est plus; et la clairvoyance rétrospective nous paraît merveilleuse mais non point impossible. Elle étonne mais ne renverse pas notre raison. Mais qu’il s’agisse de récupérer la même image dans l’avenir, notre fantaisie la plus téméraire lâche pied dès les premiers pas. Comment admettre qu’existe quelque part la représentation ou la reproduction de ce qui n’a pas encore existé? Pourtant, certains faits que nous venons d’étudier semblent prouver, d’une façon presque satisfaisante, que de telles représentations non seulement sont possibles mais qu’on peut les atteindre plus fréquemment, pour ne pas dire plus aisément, que celles du passé. Or, dès que cette représentation préexiste, comme il est nécessaire de l’admettre dans un certain nombre de prémonitions, l’énigme est la même que cette préexistence soit de quelques heures, de quelques années ou de plusieurs siècles. Il est donc possible,--car il faut en ces choses aller droit aux extrêmes ou n’y pas toucher,--il est donc possible qu’un clairvoyant plus puissant que les nôtres, dieu, demi-dieu, démon, intelligence inconnue, universelle ou vagabonde, ait vu cette procession il y a cent mille ans, alors que rien n’était de ce qui la compose et l’entoure; et que la terre même qui la porte n’avait pas encore émergé des profondeurs de l’océan. Et d’autres clairvoyants, aussi puissants que le premier, qui, de siècle en siècle, auraient regardé le même point et le même moment, y auraient toujours aperçu, à travers les vicissitudes et les bouleversements des mers, des rivages, des forêts, la même procession autour de la même petite église qui sommeillait encore dans le limon marin, et formée des mêmes personnages issus d’une race dont il n’y avait peut-être pas encore de représentants sur la terre.

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