‹ L'hôte inconnuChapitre 58 sur 109 · I

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Je résumerai d’abord le plus brièvement possible, pour qui les ignorerait encore, les faits qu’il est nécessaire de connaître afin de mieux comprendre la merveilleuse aventure des chevaux d’Elberfeld, en renvoyant pour les détails au remarquable ouvrage de M. Karl Krall: Denkende Tiere, publié à Leipzig en 1912, qui, dans une bibliographie déjà considérable, reste la source première et principale.

Il y a quelque vingt ans, vivait à Berlin un vieux misanthrope nommé Wilhelm von Osten. C’était un petit rentier un peu maniaque que hantait une idée fixe, l’intelligence des animaux. Il entreprit l’éducation d’un premier cheval et n’obtint que des résultats assez indécis. Mais en 1900, il fit l’acquisition d’un étalon russe qui, sous le nom de Hans, auquel on ajouta bientôt l’épithète homérique et méritée de Kluge, devait bouleverser toute notre psychologie animale et soulever des problèmes qui comptent parmi les plus inattendus et les plus passionnants que l’homme ait rencontrés jusqu’à ce jour.

Grâce à von Osten, dont la patience, au contraire de ce qu’on pourrait croire, n’était nullement angélique, mais ressemblait plutôt à une obstination rageuse, les progrès du cheval furent rapides et extraordinaires. «Après l’avoir, comme le résume fort bien le Dr Ed. Claparède, professeur à l’Université de Genève, dans l’excellente monographie qu’il consacre aux chevaux d’Elberfeld, après l’avoir familiarisé avec diverses notions d’emploi courant comme droite, gauche, en haut, en bas, etc., on commença les leçons de calcul par la méthode intuitive. Hans était amené devant une table sur laquelle on plaçait une, puis deux, puis plusieurs petites quilles. Von Osten, agenouillé à côté de Hans, prononçait les nombres correspondants, tout en l’obligeant de frapper de son sabot autant de coups qu’il y avait de quilles. Bientôt les quilles furent remplacées par des chiffres écrits sur une planche noire. Les résultats furent surprenants. Le cheval fut capable non seulement de compter (c’est-à-dire de frapper le nombre de coups qu’on lui demandait), mais encore d’effectuer lui-même de véritables calculs, de résoudre de petits problèmes.»

«Mais Hans ne savait pas seulement calculer, il pouvait lire, il était musicien, distinguait les accords harmonieux des accords dissonnants. Il avait aussi une mémoire extraordinaire: il pouvait indiquer la date de chaque jour de la semaine courante. Bref, il se tirait de toutes les opérations qu’un bon écolier de quatorze ans est capable d’effectuer.»

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