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PHANTASMES DES VIVANTS ET DES MORTS
Ceci nous mène naturellement aux apparitions et hallucinations véridiques et jusqu’aux maisons hantées. On sait qu’il existe sur les phantasmes des vivants et des morts toute une littérature née de nombreuses et scrupuleuses enquêtes entreprises en Angleterre, en France, en Belgique, en Suisse et aux États-Unis par les soins de la Society for psychical Research. En présence des preuves accumulées, il serait ridicule de s’obstiner à nier la réalité des faits. Il est désormais incontestable qu’une émotion violente ou profonde peut être transmise instantanément d’un esprit à un autre, quelle que soit la distance qui sépare celui qui l’éprouve de celui à qui elle se communique. Elle se traduit le plus souvent par une hallucination visuelle, plus rarement par une hallucination auditive; et comme l’émotion la plus violente que puisse éprouver l’homme, est celle qui l’étreint et le bouleverse à l’approche ou dans l’instant même de la mort, c’est presque toujours cette émotion suprême qu’il émet, et dirige avec une précision incroyable, pour atteindre à travers l’espace, à travers les mers et les continents s’il le faut, un but invisible et mobile. Au reste, quoique moins fréquemment, un danger, une crise graves peuvent engendrer et envoyer au loin une hallucination analogue. C’est ce que la S. P. R. appelle Phantasms of the living. Quand l’hallucination a lieu plus ou moins longtemps après le décès de celui qu’elle semble évoquer, on la range parmi les phantasmes des morts.
Ces derniers phantasmes sont plus rares. «Si nous pouvions, dit Myers, tracer une courbe exprimant le nombre relatif des apparitions avant et après la mort, nous verrions que ce nombre augmente rapidement pendant les quelques heures qui précèdent, pour diminuer graduellement pendant les premières heures et les premiers jours qui suivent la mort; après la première année, les apparitions deviennent tout à fait rares et exceptionnelles[1].
[1] MYERS, Human Personality.
Pour exceptionnelles qu’elles soient, il y a néanmoins de telles apparitions, et prouvées, autant que peut l’être un fait, par des témoignages nombreux et précis. On en trouvera des exemples dans les Proceedings, notamment T. VI, p. 13 et 65, etc.
Qu’il s’agisse de vivants, de mourants ou de morts, on connaît la forme habituelle de ces hallucinations dont les grandes lignes ne varient guère. Quelqu’un, dans sa chambre, dans la rue, en voyage, n’importe où, voit brusquement surgir le fantôme net et clair d’un parent, d’un ami, auquel il ne pensait nullement, qu’il sait être à mille lieues de l’endroit où il se manifeste, en Amérique, en Asie, en Afrique; car les distances ne comptent guère. Le plus souvent, le fantôme ne dit rien, sa présence, toujours brève, n’est qu’une sorte d’avertissement silencieux. Parfois, il semble en proie à des préoccupations futiles et vétilleuses. Plus rarement, il parle, pour dire, en somme, fort peu de chose. Plus rarement encore, il révèle un crime, une circonstance, un trésor caché, que nul autre que lui ne pouvait connaître. Mais nous reviendrons sur ces points, après avoir achevé cette énumération sommaire.