II
Il nous a donc semblé que c’était notre hôte inconnu qui s’exprimait au nom des morts dans les tables tournantes, l’écriture et la parole automatiques. Il nous a paru prendre en nous-mêmes la place de ceux qui ne sont plus, s’unir peut-être à des forces qui ne périssent point, visiter les tombeaux pour en ramener d’inexplicables fantômes qui surgissent inutilement devant nous ou hantent nos demeures sans nous dire pourquoi. Nous l’avons vu, dans des expériences d’intuition et de lucidité, supprimer tous les obstacles qui éloignent ou cachent les pensées; et, à travers les corps devenus transparents, lire à même notre âme les secrets oubliés du passé, les sentiments qui n’ont pas encore de forme, les intentions qui ne sont pas encore nées. Nous avons constaté qu’il lui suffit d’un objet touché par un être lointain, pour qu’immédiatement il participe à la vie la plus profonde, la plus intime de cet être, descende plus bas et monte plus haut que lui, voie ce qu’il voit et ce qu’il ne voit pas, les paysages qui l’entourent, la maison qu’il habite, comme les dangers qui le menacent et les passions secrètes qui l’agitent. Nous l’avons surpris errant çà et là, au hasard, dans l’avenir, le confondant avec le présent et le passé, désorienté mais clairvoyant, sachant peut-être tout, mais ignorant l’importance de ce qu’il sait ou encore inhabile à en tirer parti ou à se faire entendre; oublieux et méticuleux, prolixe et réticent, inutile et indispensable. Nous l’avons vu enfin, alors que nous l’avions cru jusqu’ici indissolublement, inaltérablement humain, émerger tout à coup d’autres créatures et y révéler des facultés qui rejoignent les nôtres, communient avec elles au fond du plus profond des mystères, les égalent et parfois les surpassent dans une région qui nous semblait à tort le seul domaine vraiment intangible de l’homme; je veux dire le domaine obscur et abstrus des grands nombres.
Il a encore bien d’autres manifestations non moins étranges, plus importantes peut-être, que nous nous proposons d’examiner plus tard, notamment ses surprenantes vertus thérapeutiques, et ses phénomènes de matérialisation. Mais sans préjuger ce que nous ignorons encore, peut-être, au cours des pages précédentes, l’avons-nous suffisamment esquissé pour qu’il soit d’ores et déjà possible de dégager d’un fouillis de lignes souvent contradictoires, certains traits généraux et caractéristiques.