‹ L'hôte inconnuChapitre 97 sur 109 · III

III

Mais d’abord, existe-t-il vraiment, ce personnage tragique et falot, évasif et inévitable que nous avons sinon dessein de peindre, tout au moins de dépouiller de quelques-unes de ses ombres? Il serait téméraire de l’affirmer trop hautement, mais en attendant, dans les parages où nous supposons qu’il règne, tout se passe comme s’il existait. Supprimez-le, et vous êtes obligé de peupler le monde et d’encombrer votre vie d’une foule d’êtres hypothétiques et imaginaires: dieux, demi-dieux, anges, démons, désincarnés, entités spirituelles, intelligences interplanétaires, etc.; admettez-le, et tous ces fantômes, sans nécessairement disparaître, car ils peuvent fort bien subsister dans son ombre, deviennent accessoires ou superflus. Il n’est pas intolérant et n’élimine définitivement aucune des hypothèses par lesquelles l’homme s’est jusqu’à ce jour efforcé d’expliquer ce qu’il ne comprenait pas, et qui, sur certains points, sont acceptables, bien qu’aucune ne soit confirmée; mais il les ramène à soi, les englobe ou les domine sans les annihiler. Si vous tenez, par exemple, pour choisir l’hypothèse la plus défendable et qu’il est parfois difficile d’écarter nettement, si vous tenez à ce que les désincarnés prennent part à vos actes, hantent votre maison, inspirent vos pensées, révèlent votre avenir, il vous dira: c’est vrai, mais c’est encore moi-même; je suis désincarné, ou plutôt, je ne suis pas incarné tout entier, ce n’est qu’une petite partie de mon être qui se trouve dans votre chair; et le reste, qui est presque tout, va et vient librement parmi ceux qui furent comme parmi ceux qui seront; et lorsqu’ils semblent vous parler, c’est ma propre parole qui, pour se faire mieux écouter et secouer votre attention si souvent endormie, emprunte leurs habitudes et leur voix. Si vous aimez mieux avoir affaire à des entités supérieures d’origine inconnue, à des intelligences interplanétaires ou surnaturelles, c’est toujours moi; car n’étant pas entièrement dans votre corps, il faut bien que je sois ailleurs, et être ailleurs quand on n’est pas retenu par le poids de la chair, c’est être partout où l’on veut. On le voit, il a réponse à tout, il prend tous les noms qu’on désire et rien ne le limite, parce qu’il habite un monde où les bornes sont aussi illusoires que les mots inutiles que nous employons sur la terre.

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