‹ L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointainChapitre 21 sur 52 · L’ÉTANG DU VIEUX CRATÈRE

L’ÉTANG DU VIEUX CRATÈRE

Œil de saphir au creux d’une grosse émeraude, L’étang aux iris noirs, sous les palmiers tremblants, Forme une mer étroite où l’écrevisse rôde, Un petit lac d’azur hanté des hérons blancs.

ARBRES FLEURIS

Il tombe de chaque arbre une neige de fleurs, Ici blanche, là rose et plus loin opaline; Et le vent mélangeant à l’aube les couleurs Aux quatre coins des mers porte une odeur divine.

LE BAIN

Qu’il est frais, à travers l’agate d’une eau pure, Le marbre de ton corps sous les bambous rosés; L’onde frôle ta chair avec un doux murmure Et les lèvres de l’eau te couvrent de baisers.

LE SOIR

Soir tropical, ô coupe ardente, renversée, Où le feu de la lune a l’éclat d’un trésor, Quelle est cette langueur adorable, insensée, Qui prend mon cœur, le quitte et le reprend encor.

PAYSAGE

C’est juin et les fraisiers fleurissent dans les bois. Le couchant sur la mer sème des violettes. A l’horizon lointain passent des goélettes... N’entends-tu d’un ramier lointain la sourde voix?

AUX NUAGES

Nuages descendus au bord de l’horizon, Vous imitez ce soir une danse macabre; Mais le bel alezan d’or du soleil se cabre Et c’est un feu de joie aux pointes du gazon.

LE LAMPYRE

Le soir au front du ciel met la couronne rose D’un crépuscule frais plein de chauves-souris. Soudain un large feu monte, tourne et se pose, Un feu vert de lampyre au fond des bois fleuris.

LE JASMIN

Le tambour d’un criquet bat dans les hautes branches D’un manguier que la nuit berce sur le chemin; Et la tonnelle ronde où fleurit un jasmin Semble un petit ciel noir criblé d’étoiles blanches.

· · ·

Que cette île est heureuse à la fin d’un beau jour? Est-il ciel plus propice au rêve de l’amour Que celui dont l’azur exalte notre vie? Le soir voluptueux étreint des mornes bleus Et sous les grands palmiers de la route suivie, Le reflet de Vénus plonge au fond de tes yeux.

· · ·

Les voix des beaux oiseaux diurnes se sont tues. C’est l’heure où la caresse attend les bien-aimés. Ton corps est plus parfait que le corps des statues, Tes cheveux ont frôlé les jasmins embaumés.

LA NUIT ENCHANTÉE

LE SOUVENIR

Dans une île admirable et pareille à cette île, J’ai bien longtemps souffert pour tes beaux yeux lointains. Les nuits n’ont plus d’odeurs quand naissent les matins, Ton amour va guérir la douleur inutile.

LA RESSEMBLANCE

C’est la même beauté, le même front de neige, C’est le même regard, ce sont les mêmes yeux: Tu lui ressembles trop, j’ai peur d’un sacrilège, Qu’importe! Accomplissons le rêve radieux.

LE CONTRASTE

Je t’aimais à travers l’immensité des mers Et la nuit j’étais seul dans mon étroite couche; Mais ce soir l’amour ivre envahit tes yeux clos Je cueille les baisers qui sortent de ta bouche.

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