III - IV
AUTEUIL
But where is bounty guy?
WALTER SCOTT.
Rien n’a changé, verte pelouse, Pas même le starter, Quant aux jockeys, j’en revois douze; Mais où donc est Carter?
Où donc est-il, ô «La Valeuse», Celui qui te montait Au mois où La Morlais heureuse Voit poindre le muguet?
Alec Carter est mort en guerre Ainsi qu’un preux de roi: Au ciel il porte la bannière Sur un grand palefroi.
BAR DE LA PAIX
A Henri Martineau.
Comment entrer dans ce bar triste Sans songer à Toulet? C’est là que fut bel ironiste Ce poète complet.
La nuit est couleur de poussière Dites-nous donc, garçon, Ne pourrait-on avoir un verre De vin de Jurançon?
ENVOI
Aux Aliscamps, Muses fidèles, Qu’ils sont purs vos sanglots! Maurice! sous tes filaos Pleurent les tourterelles!
EN SORTANT DE PELLÉAS
Mélisande aux yeux bleus que vous êtes touchante! Qu’ils sont poignants les cris que vous jetez! Hélas! Que n’avez-vous d’abord rencontré Pelléas, Mélisande aux cheveux d’aurore murmurante?
A PARIS
Paris si plus que tous ton nom fleuri rayonne, Si de revoir tes tours l’œil n’est jamais lassé, C’est qu’autour de l’éclat que le présent te donne, Se perçoit le halo splendide du passé.
LE JARDIN DU VERT-GALANT
Lorsque sur le Pont-Neuf toute rumeur s’est tue, L’âme du Béarnais revient rêver parmi Les arbres familiers qui gardent sa statue, Au chant berceur, au chant du doux fleuve endormi. J’aime ce coin perdu près du Louvre de gloire Où par les jours d’azur, où par les jours de froid, De beaux arbres pensifs veillent sur le grand roi Qui fut un chêne vert aux forêts de l’histoire.
RUE CAUMARTIN
Je dirais au roi Henri: Reprenez votre Paris, J’aime mieux ma mie, o gué!
Cette rue est toujours en fête Et c’est une Babel, Allons-nous-en, douce Muguette, Muguette aux yeux de ciel.
Quittons ces ors, ces améthystes, Rentrons à notre hôtel. J’aime le son de tes eaux tristes, Fontaine Saint-Michel.
LA POÉSIE ET LA DANSE
A un danseur russe.
En te voyant danser, danseur éblouissant, Je me disais: Voici le Rêve! Ah! je voudrais que le poème que j’achève Eût ce beau rythme caressant.
Je regardais tes pieds légers et tes bras souples, Tes cheveux libres et flottants, Et mes vers se donnant la main dansaient par couples Dans l’allégresse du printemps!
CIMETIÈRE MONTPARNASSE
In memoriam. L. T.
On laisse périr de misère Plus d’un bel écrivain Et plus tard on érige en vain Une statue altière.
C’est pour vous, Amour, et pour moi Que j’écris le poème; A côté de vous, bel émoi, Ah! que la gloire est blême!
ENTRE CHIEN ET LOUP
Ainsi que celle à Trianon De Marie-Antoinette, A Saint-Sulpice, de Manon J’ai vu la silhouette.
Aux Halles, c’est Mimi-Pinson A côté de Musette; Au Luxembourg près d’un buisson La douce Addy s’arrête.
Sapho passe sur le trottoir Lugubre à voir et triste. O souvenir du livre noir Toujours toi qui persistes!
IN MEMORIAM
A peste, a fame, a bello Libera nos, Domine.
Que vas-tu faire à Chantilly? Au ciel d’hiver luisent les Ourses. Le givre argente les taillis, Ce n’est pas le beau mois des courses.
--Ah! ce n’est pas pour les châteaux, Pour le lac, ni pour les chevaux; C’est pour voir sous le soir qui tombe Une noire, une froide tombe!
Pour un soldat mort jeune et beau Je veux dire un mot de prière; Et te maudire encor, ô guerre, O toi qui le mis au tombeau!