‹ L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointainChapitre 46 sur 52 · II - III

II - III

Que la vie est chose changeante! Hier, c’était le vibrant Paris; Et ce soir, belle île indolente, Je suis sous tes manguiers fleuris!

Hier nous étions des enfants sages, Demain nos cheveux seront gris; Ah! qu’ils sont courts les beaux voyages, Où de tout le cœur est épris.

SAGESSE

A M. Gabisto.

Je cueille suivant l’heure et suivant la saison, Les fruits de mon verger, les fleurs de la savane; Sans cesse de mon cœur un vers limpide émane Devant la mer, les bois, le lac ou l’horizon.

Qu’on soit vêtu de pourpre ou couvert de haillons, La vie est une feuille ivre que le temps fane; Comme l’astre tombé d’une nuit diaphane Le poète en vain trace un lumineux sillon.

Je ne convoite pas une gloire éternelle, Trop heureux, par les mois où la lune est trop belle, De sentir tout à coup mon être s’émouvoir

En songeant que peut-être il est sur cette terre Un écolier pensif et toujours solitaire Qu’enivre un de mes vers dans la beauté du soir.

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