‹ L'Illusion ComiqueChapitre 14 sur 43 · Scène VIII

Scène VIII

Adraste, Lyse

Adraste

Ce bélître insolent me fait encor bravade.

Lyse

A ce compte, monsieur, votre esprit est malade ?

Adraste

Malade, mon esprit !

Lyse

Oui, puisqu’il est jaloux

Du malheureux agent de ce prince des fous.

Adraste

Je sais ce que je suis, et ce qu’est Isabelle,

Et crains peu qu’un valet me supplante auprès d’elle.

Je ne puis toutefois souffrir sans quelque ennui

Le plaisir qu’elle prend à causer avec lui.

Lyse

C’est dénier ensemble et confesser la dette.

Adraste

Nomme, si tu le veux, ma boutade indiscrète,

Et trouve mes soupçons bien ou mal à propos,

Je l’ai chassé d’ici pour me mettre en repos.

En effet, qu’en est-il ?

Lyse

Si j’ose vous le dire,

Ce n’est plus que pour lui qu’Isabelle soupire.

Adraste

Lyse, que me dis-tu ?

Lyse

Qu’il possède son cœur,

Que jamais feux naissants n’eurent tant de vigueur,

Qu’ils meurent l’un pour l’autre, et n’ont qu’une pensée.

Adraste

Trop ingrate beauté, déloyale, insensée,

Tu m’oses donc ainsi préférer un maraud ?

Lyse

Ce rival orgueilleux le porte bien plus haut

Et je vous en veux faire entière confidence :

Il se dit gentilhomme, et riche.

Adraste

Ah ! l’impudence !

Lyse

D’un père rigoureux fuyant l’autorité,

Il a couru longtemps d’un et d’autre côté ;

Enfin, manque d’argent peut-être, ou par caprice,

De notre Fier-à-bras il s’est mis au service,

Et sous ombre d’agir pour ses folles amours,

Il a su pratiquer de si rusés détours,

Et charmer tellement cette pauvre abusée,

Que vous en avez vu votre ardeur méprisée :

Mais parlez à son père, et bientôt son pouvoir

Remettra son esprit aux termes du devoir.

Adraste

Je viens tout maintenant d’en tirer assurance

De recevoir les fruits de ma persévérance,

Et devant qu’il soit peu nous en verrons l’effet.

Mais écoute, il me faut obliger tout à fait.

Lyse

Où je vous puis servir j’ose tout entreprendre.

Adraste

Peux-tu dans leurs amours me les faire surprendre ?

Lyse

Il n’est rien plus aisé ; peut-être dès ce soir.

Adraste

Adieu donc. Souviens-toi de me les faire voir.

Cependant prends ceci seulement par avance.

Lyse

Que le galant alors soit frotté d’importance !

Adraste

Crois-moi qu’il se verra, pour te mieux contenter,

Chargé d’autant de bois qu’il en pourra porter.

q

Page 1