‹ L'intelligence des fleursChapitre 65 sur 68 · XI

XI

Depuis qu’elle existe, l’humanité n’a pas avancé d’un pas sur la route du mystère que nous méditons. Toute question que nous nous posons à son sujet, ne touche plus, par aucun côté, semble-t-il, à la sphère dans laquelle notre intelligence s’est formée et se meut. Il n’y a peut-être aucun rapport possible ou imaginable entre l’organe qui pose la question et la réalité qui devrait y répondre. Les plus actives et les plus rigoureuses recherches de ces dernières années ne nous ont rien appris. De savantes et consciencieuses sociétés psychiques, notamment en Angleterre, ont réuni un imposant ensemble de faits qui tendent à prouver que la vie de l’être spirituel ou nerveux peut continuer pendant un certain temps après la mort de l’être matériel. Admettons que ces faits soient incontestables et scientifiquement établis; ils déplaceraient simplement de quelques lignes, de quelques heures, le commencement du mystère. Si le fantôme d’une personne aimée, reconnaissable et apparemment si vivant que je lui adresse la parole, entre ce soir dans ma chambre à la minute même où la vie se sépare du corps qui gît à mille lieues de l’endroit où je me trouve, cela, sans doute, est bien étrange dans un monde dont nous ne comprenons pas le premier mot; mais cela montre au plus que l’âme, l’esprit, le souffle, la force nerveuse et insaisissable de la partie la plus subtile de notre matière, peut se détacher de celle-ci et lui survivre un instant, comme la flamme d’une lampe qu’on éteint se détache parfois de la mèche et flotte un moment dans la nuit. Certes, le phénomène est étonnant; mais étant donnée la nature de cette force spirituelle, il devrait nous étonner bien davantage qu’il ne se produise pas fréquemment et à notre gré, dans la plénitude de la vie. En tout cas, il n’éclaire nullement la question. Jamais un seul de ces phantasmes n’a paru avoir la moindre conscience d’une vie nouvelle, d’une vie supra-terrestre et différente de celle que venait de quitter le corps dont il émanait. Au contraire, leur vie spirituelle à tous, à ce moment où elle devrait être pure puisqu’elle est débarrassée de la matière, semble fort inférieure à ce qu’elle était lorsque la matière l’enveloppait. La plupart poursuivent machinalement, dans une sorte d’hébétude somnambulique, les plus insignifiantes de leurs préoccupations habituelles. L’un cherche son chapeau oublié sur un meuble, l’autre s’inquiète d’une petite dette ou s’informe de l’heure. Et tous, peu après, alors que devrait commencer la survie véritable, s’évaporent et disparaissent à jamais. J’en conviens, cela ne prouve rien ni pour ni contre la survie possible. Nous ne savons si ces brèves apparitions sont les premières lueurs d’une autre existence ou les dernières de celle-ci. Peut-être que les morts usent et profitent ainsi, faute de mieux, du dernier lien qui les unit et les rend encore sensibles à nos sens. Peut-être qu’ensuite ils continuent de vivre autour de nous, mais ne parviennent plus, malgré tous leurs efforts, à se faire reconnaître, ni à nous donner une idée de leur présence, parce que nous n’avons pas l’organe nécessaire pour les percevoir; de même que tous nos efforts ne réussiraient pas à donner à un aveugle-né la moindre notion de la lumière ou des couleurs. En tous cas, il est certain que les enquêtes et les travaux de cette science nouvelle du «Borderland», comme l’appellent les Anglais, ont laissé le problème exactement au point où il se trouvait depuis les origines de la conscience humaine.

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