II
J'ai vu parfois, au fond d'un théâtre banal Qu'enflammait l'orchestre sonore, Une fée allumer dans un ciel infernal Une miraculeuse aurore; J'ai vu parfois au fond d'un théâtre banal
Un être, qui n'était que lumière, or et gaze, Terrasser l'énorme Satan; Mais mon cœur, que jamais ne visite l'extase, Est un théâtre où l'on attend Toujours, toujours en vain, l'Être aux ailes de gaze!
VARIANTES DE LA PREMIÈRE ÉDITION
4e strophe, 1er vers.
A cet agonisant que déjà le loup flaire
8e strophe, 2e vers.
Notre âme--honteux monument,
CAUSERIE
Vous êtes un beau ciel d'automne, clair et rose! Mais la tristesse en moi monte comme la mer, Et laisse, en refluant, sur ma lèvre morose Le souvenir cuisant de son limon amer.
--Ta main se glisse en vain sur mon sein qui se pâme; Ce qu'elle cherche, amie, est un lieu saccagé Par la griffe et la dent féroce de la femme. Ne cherchez plus mon cœur: les bêtes l'ont mangé.
Mon cœur est un palais flétri par la cohue; On s'y soûle, on s'y tue, on s'y prend aux cheveux! --Un parfum nage autour de votre gorge nue!...
O Beauté, dur fléau des âmes, tu le veux! Avec tes yeux de feu, brillants comme des fêtes, Calcine ces lambeaux qu'ont épargnés les bêtes!
VARIANTE DE LA PREMIÈRE ÉDITION
2e quatrain, 4e vers.
Ne cherchez plus mon cœur: des monstres l'ont mangé.