‹ La Belle aux yeux d’orChapitre 15 sur 15 · Scène V.

Scène V.

Au palais.

Entrent LE ROI, LE GRAND-MAÎTRE, l’infant DON HENRI et DON ARIAS.

Le Roi.

Vous m’avez l’air vraiment malade aujourd’hui.

Henri.

Il faut que je me rende, si vous vous mettez tous deux contre moi.

Le grand Maître.

Jamais on n’a vu un galant de cette force.

Le Roi.

C’est un autre don Galaor.

Le grand Maître.

Dire que l’occasion était superbe ; qu’il n’a trouvé à la porte ni géant, ni dragon ; qu’il n’y avait dans la maison ni père, ni frère, ni mari, ni écuyer fidèle ; qu’il a eu la belle entre ses bras, et qu’alors son courage s’est glacé ?… Vrai, Henri, vous n’êtes pas un homme.

Henri.

Si c’était ce que vous pensez, — Grand maître, — je mériterais qu’on me fît honte. Mais ce n’a pas été de ma part manque de cœur.

Le Roi.

Et quoi donc ?

Henri.

Générosité, vertu.

Le Roi.

Je le souhaite.

Henri.

Vous-même, sire, en pareille circonstance, vous seriez conduit de même.

Le Roi.

Je vous remercie, mon frère, de l’excellente opinion que vous avez de moi.

Don Arias.

Voici Dorothée.

Le Roi.

Pourquoi vient-elle ?

Le grand Maître.

Pour se plaindre sans doute.

Le Roi.

Elle en aurait bien le droit.

Entrent DOROTHÉE, THÉODORA et L’ÉCUYER.

Dorothée.

Sire, je supplie votre majesté d’accorder toute son estime à l’infant, comme à l’amant le plus généreux qui ait jamais existé. — Je ne viens pas me plaindre de lui !

Le Roi.

Pourquoi venez-vous donc ?

Dorothée.

Pour mon mariage.

Le Roi.

Votre mariage ?

Dorothée.

Oui, sire.

Le Roi, montrant don Henri.

Et qui donc épousez-vous ? Est-ce lui, par hasard ?

Dorothée.

Ah ! sire. Je n’ai pas d’aussi ambitieuses pensées. Je désire seulement qu’il rende témoignage en ma faveur.

Le Roi.

C’est ce qu’il a déjà fait, madame.

Le grand Maître.

Et nous le félicitions.

Dorothée.

Voici mon époux.

Entrent DON JUAN, LE VINGT-QUATRE, LÉONEL, CHACON et MARCÈLE.

Le Vingt-quatre.

Approchons-nous tous deux, mon fils.

Don Juan, à Marcèle.

Venez, vous aussi, avec nous.

Le Vingt-quatre.

Après avoir baisé les pieds du roi, mon fils, dis que tu étais marié avec Marcèle, et donne-lui la main.

Don Juan, à part.

Pourvu qu’on ne connaisse point Marcèle, et que l’on ne croie pas que c’est une chose arrangée entre nous.

Henri.

Voilà le prétendu avec son père.

Le Vingt-quatre.

Puisque nous sommes devant sa majesté, à qui je présente mon humble hommage, je veux, généreux infant don Henri, honneur et gloire de l’Espagne, m’excuser de vous avoir donné trop légèrement ma parole. Mais lorsque votre altesse est venue en ma maison, j’ignorais l’état des choses.

Henri.

Que voulez-vous dire ?

Le Vingt-quatre.

Vous m’avez ordonné de marier mon fils avec Dorothée, que l’on appelle la Perle de Séville, en me disant que c’était pour vous un moyen de récompenser les services de son frère don Félix.

Henri.

Cela est vrai.

Le Vingt-quatre.

Vous lui donniez en dot vingt-quatre mille ducats…

Henri.

Cela est vrai, quoiqu’elle n’ait pas besoin d’autre dot que sa vertu.

Le Vingt-quatre.

J’ai sur-le-champ consenti, en vous exprimant de mon mieux ma profonde reconnaissance. Puis j’ai envoyé chercher mon fils pour lui apprendre son bonheur. Mais, monseigneur, il m’a répondu qu’une dame de qualité, une dame à moi connue, était son épouse ; qu’il avait pris des engagements, et qu’il aimerait mieux mourir plutôt que d’y manquer. Cela m’a vivement affligé ; et afin que votre altesse ne puisse pas m’accuser d’avoir manqué à ma parole, je vous les amène tous deux.

Henri.

Que dites-vous ?

Le Vingt-quatre.

Ce qui s’est passé et ce qui m’afflige.

Henri.

C’est vous qui êtes don Juan ?

Don Juan.

Oui, seigneur.

Henri.

Et vous êtes marié ?

Marcèle.

Non, prince, cela n’est pas. Mon amant, mon époux, c’est don Félix, le frère de Dorothée. — Ils ne savaient pas, sans doute, votre projet, et ils m’ont amenée avec eux pour s’exempter de faire ce que vous désiriez.

Le Roi.

Eh quoi, Vingt-quatre, est-ce ainsi que vous vous jouez d’un roi qui vous honore de ses bontés ? Est-ce ainsi qu’on me trompe ? Et si Henri voulait donner un établissement à cette jeune dame, ne deviez-vous pas l’accepter avec joie ? — Mon frère est un autre moi-même, et vous, vous n’êtes rien ! Vive Dieu ! je suis capable de vous faire trancher la tête à tous deux sur la place publique.

Le Vingt-quatre.

Sire, daignez entendre nos motifs ; vous les approuverez sans doute. Cette nuit mon fils, accompagné de ces gens ici présents, se trouvait dans la rue de cette dame, lorsqu’il a vu l’infant entrer dans la maison et n’en sortir qu’au point du jour. — Le Grand maître et don Arias savent si je vous trompe… Et dès lors, l’honneur…

Henri.

Eh bien ! puisqu’on parle si ouvertement, je dirai, moi aussi, toute la vérité ; et je suis prêt à la soutenir en champ clos contre mon égal ou tout autre gentilhomme. Dorothée est aussi noble et sage que quelque dame que ce soit de Séville ou de toute l’Espagne. Je suis entré, il est vrai, dans sa maison, dont mes séductions m’ont fait ouvrir la porte ; mais elle n’en savait rien. Arrivé auprès d’elle, ses larmes ont arrêté mon audace, et j’ai écouté ses prières. Elle m’a expliqué l’état de son cœur, m’a dit qu’elle aimait don Juan, qu’elle en était aimée ; et comme elle voulait se tuer, j’ai arrêté son bras, en lui promettant de la marier selon ses désirs. — Voilà ce qui s’est passé. Je le jure sur la croix de cette épée ; et à quiconque oserait penser le contraire, je donne un formel démenti.

Don Juan.

Vous le dites, seigneur, et l’univers doit vous croire ; pour moi, je suis trop heureux de retrouver celle que j’adore.

Le Vingt-quatre.

Eh bien ! mon fils, qu’attendez-vous ? Je ne veux pour vous d’autre dot que sa vertu et sa beauté ; et je préfère à tous les honneurs celui d’avoir une bru aussi sage.

Le Roi.

Non pas ! L’infant a promis vingt-quatre mille ducats ; et moi j’en donne autant.

Le grand Maître.

Moi, je lui donne deux villes.

Don Félix.

Quant à moi, Marcèle, bien qu’il n’y ait pas de princes qui garantissent votre vertu, je dis, l’épée à la main, que je suis votre époux.

Chacon.

Tout le monde se marie et se réjouit ; et moi l’on m’oublie.

Don Juan.

Je te donne mille écus.

Le Roi.

Dès que la reine Blanche sera arrivée, elle et moi nous vous servirons de parrains.

Don Juan.

Ici finit la comédie intitulée : Le Chevalier courtois, ou la Belle aux yeux d’or.

Mas llegó la cofradia
De la sangre, y de la mia
Templaron la tentacion.

Pareceme que has venido
A jugar al escondite.

Si tu, ni cosa por ti
Buelve a esta casa jamas, etc. etc.

La trop courte beauté monta sur des patins.

Adivinando cosas por las manos.

Pues dele un tres, y cessaran las riñas
Que es antiguo remedio para niñas.

Que no huviera muger mala
A no aver buena tercera.

Dexandola preñada de dos consules.

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